Qu’est-ce que la beauté ? Quelles sont les conditions de son apparition ? Car elle apparaît puisqu’elle a toujours été là et que nous l’avions pas vue ! Pour la voir, il faut se déplacer, faire un pas. Ce pas n’est pas celui que l’on fait devant pour avancer, pour sortir du « rang des assassins » (Kafka) mais celui que l’on exécute sans l’air d’y toucher : un pas de côté. C’est la parodie. C’est de la sorte que la beauté sort de son invisibilité ou plutôt que de nos yeux tombent les écailles qui en empêchaient la vue. Rester sur place contribue à la masquer. On ne voit pas ce qui nous apparaît familier. C’est pourquoi il importe de bouger. Car la qualité de la beauté c’est sa diversité, son chatoiement, l’intensité qu’elle déploie lorsqu’elle se manifeste.
SE DÉPLACER
Il convient donc de parti, de se déplacer. En général l’on part lorsqu’on est obligé de la faire à cause de la guerre ou des épidémies ou des catastrophes naturelles et que l’on ne peut pas revenir. C’est l’exil. La condition de l’exilé permet de voir la nouveauté de l’environnement qui l’entoure qui lui rappelle en écho celui qu’il a quitté. L’ancien et le nouveau se croisent, se fécondent et s’associent pour donner naissance à une forme nouvelle, un style nouveau, un « dolce stil novo ». Dans le mot « douceur » , et l’adjectif « doux », il y a toute la nostalgie du paradis perdu : celui que nous avons quitté la première fois en naissant. Cette douceur en allée se combine à la terreur violente et lumineuse du nouveau : le monde dans lequel nous tombons, mis bas littéralement.
CHUTER
Le souvenir de la chute qui évoque le bannissement du Paradis est une condition de la beauté consciente de sa fragilité, de sa répudiation. Le beauté rentre ainsi dans le cycle du temps de la terre qui est binaire. Il y a le jour et il y a la nuit. Il y a le solstice d’été et celui de l’hiver et leurs variantes ( les équinoxes). Ce qu’ont peut voir le jour devient invisible la nuit. Il en va de même pour les « époques » qui est une manière pour les homme de métaboliser le temps terrestre et de le comprendre pour ne plus en avoir peur, Pour « l’apprivoiser » aurait dit le Petit Prince. Il ne vous pas échappé que nous sommes dans cette sorte de nuit, de cette fin d’époque, comme la fin d’une série où dans les boutiques l’on solde à tout va. Tout doit disparaître ! Vraiment ? Attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain! C’est là où il fut être vigilant et que la beauté réapparaît comme la fée bienveillante se penchant sur le berceau du nouveau-né.
REGARDER
Elle était là et on ne l’avait pas vue ! Elle nous faisait signe en silence. C’est la surprise.Le choc. La vivacité de l’attention qu’elle suscite nous arrache du sommeil dans lequel nous avait plongé la nuit et nous oblige à nous demander qui est devant nous, à côté de nous. Est-bien elle ? Ou est- ce encore une illusion, un vestige du rêve dont nous sortons ? Les hommes ont souvent tendance à projeter leur illusion de beauté sur la femme et son corps et nu, désirable, qui les mettent en mouvement pour la prendre avec les bouffées de l’hybris que cela suppose trop souvent hélas. La beauté n’est pas un corps , une chose que l’on s’approprie. C’est un mouvement partagé ,une vibration qui met en mouvement les électrons du désir et fait découvrir le goût amer mais nourricier de l’intériorité. Comme au premier jour. Voilà pourquoi la beauté dans sa nouveauté à le goût amer dont la langue française par son assonance fait ressortir la merveilleuse polyphonie.
L’AMER
L’amertume est la nostalgie du nouveau qui aussitôt goûté se transforme en passé. Le spectateur du beau en est le curseur, il fait la navette entre les deux temps non seulement parce qu’il est vivant mais aussi parce qu’à travers la quête du beau il tisse la toile de sa réalité. Pour la suit c’est le 11 septembre.
