LES MARCHES DE LA SOLIDARITÉ : UN MOUVEMENT CIVIQUE EUROPÉEN. APPEL DU 15 MAI 2015.

Nous reprenons ici le texte que notre ami et collaborateur signait vendredi le 15 mai 2015 avec Pierre Henry, directeur de France, terre d’asile.

En quarante ans tout a changé. À un point tel qu’il devient exceptionnel que soient entendues et écoutées avec succès les voix qui, à l’instar de celles de Jean Paul Sartre et de Raymond Aron, plaidaient, à la fin des années 70, auprès de l’opinion publique et du Président de la République pour que la France accueille les boat people du sud-est asiatique .Earthlights_2002-533x451

Autre temps, autres mœurs, celles qui traversent l’Europe nous inquiètent au plus haut point. Elles disent l’exclusion, la haine de l’autre, un repli sur soi mortifère. Elles cultivent volontiers le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie plutôt que la bienveillance, la bientraitance, l’accueil organisé de l’autre .
En quinze ans, c’est-à-dire depuis le début du siècle, rien n’a changé. Si l’on regarde du coté de Patras, de Lampedusa, de Calais -du centre de Sangatte aux jungles successives- les politiques migratoires européennes ont le plus souvent échoué. Impuissance, incohérence, égoïsme semblent être les maîtres mots aux frontières de l’espace Schengen, à Bruxelles comme dans la majorité des capitales Européennes. Mais les images de ces migrants, souvent réfugiés, délaissés, esseulés, maltraités nourrissent et alimentent le rejet de ces populations, esquissent les grandes peurs contemporaines, posant des bornes identitaires comme autant de fermetures et d’affrontements à venir.

Le grand remplacement est en marche, disent certains parmi ceux qui hurlent au débarquement des « étrangers » sur nos côtes et à leur déversement en dépit de toute vraisemblance dans nos campagnes. On devrait plutôt s’étonner que ceux-là mêmes qui prétendent s’inquiéter du déclin de l’Europe ne comprennent pas qu’à l’inverse, dans un continent vieillissant, l’immigration devrait être perçue pour ce qu’elle est : à savoir l’un des moyens de compenser le vieillissement de nos populations et une courbe démographique inquiétante.

Depuis trois ans, les citoyens européens ont pris conscience des dangers des voies migratoires irrégulières. la mort rode en Méditerranée comme sur l’ensemble des routes, mais les dirigeants des États membres font la sourde oreille. Comme la majorité de leur opinion publique ils ne veulent pas voir, entendre, analyser et prendre les mesures adéquates ou alors sous la contrainte et de manière partielle.

Tout cela provoque un sentiment de honte et de grand danger pour le projet européen humaniste, soucieux de l’effectivité des droits, et de la dignité de tous que nous appelons de nos vœux.

« Il n’est plus question de vaines paroles, mais d’un acte, d’un acte hardi, d’un acte constructif. » disait Robert Schuman, le 9 mai 1950, il y a 55 ans, dans un discours qui fut la première pierre vers l’élaboration d’une Europe politique, économique et sociale.

Fidèles à cet esprit volontaire et humaniste, à cet esprit de solidarité et d’accueil, nous, citoyens européens venus des 28 pays de l’Union européenne, appelons à l’organisation de marches de solidarité dans toute l’Europe.

Il s’agit :

de montrer que la politique actuelle, loin d’apporter des solutions, est nuisible pour les migrants, pour les réfugiés pour les pays de départ comme pour les citoyens des pays d’accueil.
 d’appeler au respect du droit d’asile et à son application dans des conditions dignes et dans des délais raisonnables pour les demandeurs sur l’ensemble du territoire de l’UE ainsi qu’une juste répartition de l’accueil au nom de la solidarité dans les pays concernés.
d’initier un changement de regard médiatico-politique où les termes « appel d’air », « flux », « stocks », « clandestins »  sont désormais utilisés pour évoquer des groupes de personnes récemment arrivées sur nos territoires.
d’informer nos concitoyens sur l’apport qu’ont représenté, représentent et représenteront demain plus que jamais les populations immigrées.
– de débattre de politiques européennes migratoires alternatives.
d’inciter à la mise en place par des mesures concrètes d’un principe de solidarité dans l’accueil des populations étrangères.
d’exiger sans délai et de manière pérenne que soit assurée la sécurité des personnes présentes sur la mer Méditerranée, dans et hors les eaux territoriales.
Les formes que prendront ces marches demeurent à inventer et nous avons toute confiance en de nouvelles initiatives citoyennes pour le faire.
Pour notre part, nous appelons à l’organisation d’une première marche au départ de Paris, laquelle rejoindra Calais puis Bruxelles entre août et septembre 2015.

Mais cela ne peut rester un élan isolé. La force de ces marches en sera dans le nombre et leur diffusion dans l’Europe entière, elle reposera sur des initiatives locales et citoyennes et sur la mise à distance de tous les lieux communs sur les migrations aujourd’hui délivrés en Europe.

L’Europe ne peut se cadenasser dans ses frontières, elle a le devoir d’organiser les migrations, de les penser en imaginant les mobilités et les protections nécessaires.

Dès septembre 2015 donc, « les marches de la solidarité » doivent initier un nouveau mouvement civique en Europe, pour une Europe de la paix et de l’ouverture au Monde.

Pierre Henry, Directeur général de France terre d’asile, phenry@france-terre-asile.org
Olivier Favier, dormirajamais@dormirajamais.org

(Nous publierons de nouveau cet appel avec les noms et qualités des personnes qui nous auront donné leur accord à l’une des adresses ci-dessus le 22 mai prochain.)

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