La convention nationale de l’accueil et des migrations : une « offensive positive » par Olivier Favier

Les 1er et 2 mars derniers, près de 2000 personnes se sont réunies à Grande-Synthe pour la Convention nationale de l’accueil et des migrations, à l’appel de son maire Damien Carême. Parmi les quatre-vingts intervenants, se trouvaient des chercheurs comme Michel Agier, des responsables d’associations nationales ou locales telles que Geneviève Jacques (La Cimade) ou Nan Suel (Terre d’errance à Norrent-Fontes), les journalistes Maryline Baumard (Le Monde) ou Eugénie Barbezat (L’Humanité), ainsi que des élus locaux et des responsables politiques issus de différents courants de la gauche et du centre. « Il s’agissait pour nous de mener une offensive positive » explique Céline Barré, coordinatrice générale du projet, qui a travaillé depuis octobre à sa conception. « Nous avons porté notre attention sur les enjeux du participatif. La parole d’un citoyen vaut autant que celle d’un spécialiste. »

Un dialogue entre acteurs de terrains, journalistes, chercheurs et élus

Pour Damien Carême, cette Convention se devait d’être complémentaire aux États généraux des Migrations lancés en novembre à l’initiative de près de 500 associations. On pourrait aussi dire qu’elle les prolonge, puisqu’il ne s’agit plus seulement d’établir un constat commun par-delà les différences de points de vue, d’approches ou d’échelles, mais de faire se rencontrer et dialoguer les acteurs, les observateurs et les analystes du terrain, avec celles et ceux qui ont été mandatés pour exercer des responsabilités.

Citant Gramsci, Damien Carême évoque ainsi « l’optimisme de la volonté » dans l’adresse précédent le Manifeste qu’il invite à signer pendant et après l’événement. Son corollaire évident, « le pessimisme de la raison », a été mis en sourdine durant ces deux journées. Les mots défi et urgence, associés aux « miracles » opérés quotidiennement par les bénévoles et aux « possibles » entrevus dans de nombreux cas trop souvent ignorés, suffisent à montrer que la politique choisie aujourd’hui n’a rien d’inéluctable.

Il faut dire que ce maire en impose, qui a fait de sa ville un véritable laboratoire de l’écologie solidaire et fait preuve à l’égard des migrants en route vers l’Angleterre d’un sens de l’hospitalité dont beaucoup semblent avoir oublié qu’il est tout simplement normal. Lui-même ne s’y est pas trompé qui répète à l’envi que la « soit disant crise migratoire » est une « crise de l’accueil ».

Céline Barré, coordinatrice générale du projet, a travaillé auparavant à Calais avec le Secours catholique et à Lesbos avec Bibliothèques sans frontières.

Se rassembler face au durcissement de la politique nationale

Comme la session du Tribunal permanent des peuples qui s’est tenue à Paris en janvier, la Convention nationale est aussi une réaction au projet de loi Asile-Migration du gouvernement d’Édouard Philippe et aux différentes circulaires du ministre de l’intérieur Gérard Collomb. L’une d’elles, datée du 12 décembre 2017, instaure la création de « brigades mobiles pour contrôler les personnes hébergées dans les centres sociaux ».

Même s’il s’agit de rappeler à l’état ses devoirs, une attention particulière a été donnée durant ces deux jours à l’échelle locale, aux exemples des villes qui proposent des réponses concrètes, comme Ivry-sur-Seine et son Centre d’hébergement humanitaire. Certains se sont étonnés, dans un demi-sourire, du désistement de dernière minute de la maire de Paris Anne Hidalgo. L’écart entre un plaidoyer vaguement universaliste et lénifiant et une réalité sordide -notamment, mais pas seulement, à l’égard des mineurs non accompagnés- aurait sans doute trouvé en ce lieu trop de personnes à même de le mesurer avec acuité et précision.

La capitale du reste, ses citoyens en premier lieu, brille par son inertie dans ce combat. La manifestation contre la loi Asile-Migration courant février n’a pas rassemblé davantage de personnes que cette belle initiative montée dans une ville de 23 000 habitants de la banlieue de Dunkerque. Il conviendrait de se faire une raison. Grande-Synthe est l’un de ces lieux prétendument périphériques où se conjuguent aujourd’hui réel et imaginaire, lucidité et créativité, loin des peurs et des fantasmes qui rendent les catastrophes possibles.

Damien Carême parmi les spectateurs du concert de HK et les Saltimbanks, au soir du 1er mars.

SIGNER LE MANIFESTE ISSU DE LA CONVENTION

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