Génération perdue ?

Jamais on a autant parlé des jeunes qu’aujourd’hui. Qu’est-ce qui a changé par rapport aux générations précédentes et qui conduirait la majorité d’entre eux selon une étude IFOP révélée par Le Monde le 3 mai, à ne pas voter pour François Hollande lors des prochaines élections présidentielles ouvrant grande la porte au Front National ? Pourquoi le candidat Hollande qui, paradoxalement, avait axé toute sa campagne de 2012 sur les jeunes, n’est-il pas parvenu à relever le pari ?

C’est pour tenter de répondre à ces questions que France Culture a consacré toute une matinale le mardi 4 mai où deux spécialistes sont intervenus.

Ludivine Bantigny, historienne, a d’abord dressé un portrait d’une jeunesse subissant une grande violence à l’image de celles observées lors des récentes manifestations. La violence de la répression, dit-elle, fait écho à la violence du monde social où les inégalités sont vertigineuses, et comme exemple elle cite le fait que les cordons de police ont encerclé et séparé les jeunes de la manifestation.

À ce propos, l’historienne rectifie l’idée d’une jeunesse révoltée uniquement tentée par la violence urbaine, les fondamentalistes ou le je-m’en-foutisme qui se concrétise par leur absence de participation à la vie politique. Ce qui expliquerait le taux d’abstention élevé ou le vote pour le Front National.

La cause profonde, selon elle, réside dans l’accroissement des inégalités sociales depuis vingt ans, touchant surtout les jeunes, et non dans l’éternel conflit entre générations. Mais ajoute-t-elle, la révolte chez les jeunes se traduit également par l’engagement associatif, la réflexion politique, les places de Nuit Debout où sont organisées des commissions de partage des savoirs.

Depuis les années 80, précise de son côté Hervé Lebras, démographe, la France semble entretenir une culture de la précarité qui touche principalement les jeunes. Des contrats sont réservés à cette tranche d’âge pour un salaire dérisoire et souvent en contradiction totale avec leurs qualifications. On note une institutionnalisation de la précarité des jeunes dans la société des années 2000.

C’est ainsi que le France possède un taux de pauvreté chez les jeunes atteignant les 20%, autrement dit 1 jeune sur 5 de moins de 29 ans vit sous le seuil de pauvreté. « Quand nous parlons de statistiques et de chiffres nous pouvons facilement déduire des problèmes intergénérationnels, cependant, en tenant compte du facteur humain, la problématique se pose plus en terme de classe sociale. »(Ludivine Bantigny). Aujourd’hui, le revenu moyen d’un retraité est supérieur à celui d’une personne active. Il semblerait donc que les politiques soit en faveur des individus les plus âgés.

Hervé Lebras explique également ces propos en citant Bourdieu : “La jeunesse n’est qu’un mot” c’est une commodité de langage, il y a une mutation dans la société, le passage à l’âge adulte n’est plus le même. En 1970 nous devenions adulte à 23 ans, âge du premier enfant et de la création d’un foyer alors qu’aujourd’hui cette étape se produit plus souvent à 29 ans. En outre, les jeunes dépendent de plus en plus de leur famille, la sécurité familiale remplace ainsi peu à peu la sécurité sociale “c’est dangereux d’être jeune en France aujourd’hui”.

H. Lebras nous indique que les jeunes représente 15% de la population des grandes villes, telles que Rennes ou Montpellier alors qu’ils ne sont que 2% dans un département comme la Creuse. Il dénonce également les inégalités liées aux territoires, les jeunes sont majoritairement concentrés dans les grandes villes.

En France comme en Italie, la majorité de la population qui part s’installer à l’étranger est jeune. Ainsi, 85 000 Français quittent le territoire tout les ans. Alors quel choix pour la jeunesse ?

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