Démocratie et mondialisation

Hannah Feinstein

Plus de 2000 ans après son invention, la démocratie demeure toujours le moteur du développement social et économique de notre monde. Elle sera au cœur des discussions qui auront lieu à Porto Alegre au Brésil- ces jours-ci pour la 4e édition du Forum social mondial. Gouvernée depuis quinze ans, par une coalition de gauche sous la houlette du Parti des travailleurs (PT), cette ville du sud brésilien a réussi un développement social exceptionnel.

 

La clef de sa réussite réside dans le « budget participatif » qui accorde aux résidents de divers quartiers la possibilité de définir démocratiquement l’affectation des fonds municipaux. Ainsi les citoyens peuvent-ils non seulement décider quel type d’infrastructures ils désirent mais également suivre les travaux et les étapes du financement, réduisant d’autant la corruption. Il n’est pas étonnant si cette autre manière de gérer la vie politique locale fasse des émules en France depuis sa fondation en 2001. On a tout dit et son contraire sur la démocratie participative.Mais chaque fois il nous faut la réinventer. Aujourd’hui elle nous invite à reconsidérer les mécanismes mêmes de la représentativité démocratique tels que nous les avons hérités du XVIII e siècle.

 

L’Etat demeure-t-il toujours l’interlocuteur privilégié pour dénouer les problèmes de plus en plus complexes auxquels nous sociétés désormais mondialisées se confrontent ? Le débat sur la Constitution européenne et l’échec de la conférence sur l’environnement à Buenos Aires démontrent à l’évidence la nécessité de renouveler le dialogue social là où il se trouve : dans l’espace public. Or cet espace public s’est considérablement diversifié depuis dix ans sous la double pression des NTIC et de la mondialisation. De nouveaux dispositifs démocratiques sont désormais nécessaires pour rendre permanente cette vox populi autrement que tous les quatre ans à travers la sanction des élections. Tel est bien le défi à relever. L’élaboration commune d’un nouveau contrat social afin de rendre visible ce « peuple introuvable » (selon l’expression de Pierre Rosanvallon) a comme condition sine qua non la réhabilitation de l’imagination.

Depuis Platon, on a considéré que la raison était la faculté souveraine qui devait présider à la conduite de la chose publique. On sait aujourd’hui jusqu’à quel excès meurtriers la raison d’Etat peut conduire. L’imagination donne un nouveau statut au temps citoyen consacré aux activités publiques mais plus encore il intègre la contestation, cette « révolte logique » (l’homme qui dit non de Camus) dans le processus même de le création des nouvelles valeurs sociales et économiques. C’est dans la mesure où nous pourrons comprendre cette nouvelle donne que nous pourrons ensemble « créer la prospérité et réaliser le potentiel humain ».

 

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