66e festival de cinéma de Saint-Sébastien: la question sociale sous les projecteurs

 

Le film qui remporte la Coquille d’or du 66e du Festival du cinéma de Saint-Sébastien a pour titre (Entre deux eaux), réalisé par le cinéaste catalan Isaki Lacuesta. Le titre du film reprend une chanson du célébré guitariste andalou Paco de Lucia. Ce choix n’est pas anodin. En fait le film de Lacuesta raconte la vie de deux frères gitans de San Fernando, fameuse localité de la région de Cadix, dans l’Andalousie profonde, marquée depuis toujours par des problèmes de pauvreté, que quarante ans d’aide européenne n’ont pas su, ou voulu résoudre. L’un des frères essaie de s’en sortir en s’engageant comme cuisinier dans la marine militaire, et le seul moyen de payer ses dettes et de garantir un avenir à ses filles, est d’accepter des longues « missions » en mer, telles la protection des bateaux commerciaux contre les attaques pirates dans l’Océan Indien. L’autre frère vient de sortir de prison, passage presque obligatoire pour les jeunes gens, le commerce des drogues, à deux pas de la côte africaine, étant la seule voie pour joindre les deux bouts.

« Entre deux eaux », a expliqué Isaki Lacuesta, « illustre cette tranche de temps intermédiaire entre ce qu’on attend de la vie et sa réalité, entre les deux mers de la cote andalouse, l’Atlantique et la Méditerranée, entre deux continents… » Ce qu’interpelle votre serviteur par contre, et qui démontre bien que “Entre dos Aguas” est le fruit de nos temps, hyper individualiste, c’est l’absence totale de tout projet politique collectif. L’hyper individualisme consumériste, déjà identifié comme le mal absolu par Pier Paolo Pasolini, et dont, a pénètre aussi la terre andalouse, chanté jadis par Lorca dans « Romancero »l.

Dans cette fiction « hyperréaliste », comme l’a défini, son réalisateur, chacun à sa façon, cherche la rédemption et leur place dans la vie, mais une rédemption individuelle, et non collective n’est pas facile dans la vie réelle . Ce prix de la “Concha d’oro”, le confirme.

L’autre grand gagnant du Festival du cinéma de Saint-Sébastien est “Alpha, the right to kill », le droit de tuer du réalisateur philippin Brillante Mendoza, qui a remporté le prix du jury du meilleur réalisateur. L’œuvre est un « docu-drame », mi-documentaire, mi-fiction sur une unité spéciale de la police des Philippines dans le combat contre le trafic de drogue. La dure réalité qui se cache derrière cette guerre sans merci dans les quartiers de Manille, se déploie sans masque. Alpha, est un film courageux, pour trois raisons : la première, parce qu’il ne concède rien aux trafiquants en montrant les ravages provoqués par la drogue, la deuxième parce qu’il n’a pas peur de dénoncer la manière dont les mêmes super flics de l’unité, n’hésitent pas à s’adonner au petit commerce de drogues. La troisième raison, message moins évident, mais clairement subliminal, le film souligne comment le commerce des drogues est désormais partie intégrante de l’économie réelle. Mendoza, le meilleur réalisateur de ce festival, l’a lui même souligné : “ L’histoire a pour objet la société toute entière dont les personnage sont l’expression ». Ce prix, le réalisateur l’a dédié « à tous les philippins qui se battent pour une vie digne ».

Terminons cette chronique en signalant que les prix Donostia (Saint-Sébastien en langue basque) dédiés à la carrière d’artistes sont allés cette année à Danny De Vito, à l’actrice britannique Judi Dench ainsi qu’au réalisateur japonais Hiruzako Koreeda.

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