Sidération-Désir : un couple infernal ?

On n’a jamais autant utilisé le terme de  « sidération ». Et pour cause, les évènements qui se précipitent  dans l’actualité depuis le début cette décennie  nous sidèrent à grandeur de journée . Que ce soit  Le Covid, l’invasion  de l’Ukraine,  « la dernière frontière » , le 7 octobre  et la  vengeance ubuesque d’Israël,  les  pantalonnades délirantes de Trump… les continuelles répressions iraniennes  sans compter les guerres endémiques africaines, ou extrêmes orientales… Mais d’où vient ce terme ; que désigne-t-il ? Et qui nous dit-il de notre époque, de ce temps «  qui reste » ?   

C’est pourquoi  que j’ai entrepris  cette chronique  que j’espère régulière et  décalée   car elle n’appartient à   aucun temps  si ce n’est  au  premier- le printemps :  celui que nos ancêtres  du néolithique et plus encore  du paléolithique, il y a 100,000 ans .  Ils l’attendaient  en levant la nuit la tête au ciel, fixant certaines constellations  – les sidéra-   car leur disparition  annonçait  le  printemps  alors le seul temps qui comptait vraiment.  Il était à la fois  celui des semailles de la vie, des naissances, mais aussi celui  de l’amertume , du regret , du souvenir,  de la mélancolie et de la nouveauté.

Car l’amer, met  à l’épreuve le goût dans la bouche du nouveau-né aveuglé par l’éblouissement d’un monde où il est jeté bas.  La nouveauté  et la beauté  qui nous saisissent  a le goût de l’amer.   Et c’est leur amertume qui sera chanté plus tard par le poète.

Désormais, c’est à partir de ce corps frêle, immobile et dépendant  que l’époque  va se lover,   s’enrouler   autour de lui, tel un  tourbillon  que ce dernier va absorber en  tétant au sein  de la mère. Plus tard  il restituera  par le langage , son corps dressé  dans  la marche, son  façonnage du monde et ses  ersatz : objets, livres, ruines, vestiges.  Il  convient de repenser  ce laps de temps comme  la sédimentation  d’un  coquillage  que chaque génération  secrète à son image et selon son goût . 

La mienne , ce que l’on a surnommée à juste  raison  la génération du  « Baby-boom »  , née dans l’après-guerre et qui est en train de s’éteindre  que va-t-elle laisser  en héritage  ?  Le rêves ou les ruines ? Le rêve et les ruines ? Essayons d’expliquer   ce que Pascal Quignard , il y a près de 30 ans  démontrait magistralement dans son livre  Vie secrète  où il opposait sidération -dé sidération ou plus précisément  Fascination-désir. La fascination désigne  en latin  le  fascinus, le pénis,  et sa divinité antique , le pénis volant, omniprésent  comme  amulette dans la Rome de jadis. -Aujourd’hui il a été remplacé  par phallus  dont la masse symbolique occulte la fascination-. Celle-ci  décrit la symbiose, l’attachement du nouveau-né à sa mère. Son regard, sa voix, son odeur, son goût,  le contact de sa peau, littéralement  le  fascinent. Sous son emprise , totalement et indistinctement. Plus  tard , la fascination de l’autre exercera son pouvoir pour le meilleur – la reconduction du même  à  travers l’accouplement  et sa reproduction – et pour le pire : sa séparation par le  fantasme  violent  de ses retrouvailles.  Au niveau politique, le fascisme surgira de la  quête  fantasmée de cette origine collective perdue  et vécue comme injustice et ressentiment. Le fascisme  est une fascination.  Ce n’est pas un hasard s’il est né à Rome. Il agite  l’étendard du combat pour retrouver sa place imaginée au sein de la mère-patrie, du couple originel. Ce qui le met en branle, en marche, pour la reconquérir  c’est le désir.

Le désir lui aussi  vient du latin  desideratum ;  il désigne ainsi le détachement de la sidera – nos bonnes étoiles, notre mère- qui a présidé  à notre  naissance.  Les sidera sont des constellations d’étoiles qui règnent sur la voûte céleste  tout le long de l’hiver .  Le froid  fixe et engourdit la nature  sidérée.   C’est l’ éternel retour   de ces constellations qui scande le temps  et les mythes  qui vont  se déployer pour en rendre compte.  Dans ces constellations d’étoiles, il y a les pléiades, les sept compagnes d’Artémis  poursuivi par le chasseur Orion ; elles seront les dernières à disparaîtras dans le ciel  hivernal.   La figure qu’elles représentent  comme  ces dessins que l’on traçait en reliant  des point entre elles par des lignes dessineront   les figures   de notre futur ; elles influenceront  notre destin sur cette terre

Le désir est négatif

Le désir  fonctionne comme la clef  qui  nous libère de la stance de l’autre en nous en nous assujétissant  en retour à sa  recherche.   Son absence,  il s’agit de la combler  et  reprendre  la place perdue que le sexe de l’homme a laissé dans  celui de femme devenue mère.  Voilà pourquoi  le désir participe  d’un polarité opposée bien que symétrique à la fascination. Sa charge électrique est  négative tandis que celle de la fascination  primordiale est  positive. Ils s’attirent et se complètent .

 Fils de l’homme

Le  fils de l’homme,  titre christique s’il en , d’un film d’Alfonso Cuaron , sorti en 2006, n’est pas étranger à ces considérations.  Tiré, d’une dystopie de P.D. James, il met en scène  une société… en 2027 qui à la suite d’une étrange épidémie,  ne parvient plus à avoir d’enfants.   stérile ,  est condamnée à disparaître.  C’est une société prolétarisé ; misérabiliste , devenue terroriste qui  s’attaque aux immigrés, les clans s’affrontent  dans un Etat devenu fasciste. Mais c’est une jeune refugiée  noire, qui est la nouvelle Marie ;Il s’agira de l’exfiltrer hors d’Angleterre  par le biais d’un groupe de résistants qui la protègent des  agressions des divers groupes  qui veulent récupérer  son enfant.   Les scènes sont d’un réalisme troublant et nous montre à quel point  la fascination, la naissance et sont intimement liés.  D’où viendra le nouveau messie ?

 

 

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