
A l’occasion du colloque dédié aux deux espaces jumeaux que sont la francophonie et l’italophonie dont vous trouverez le lien , l’auteur évoque le souvenir de son pays d’origine.
L’Italie comme métaphore L’Italie a exercé et continue d’exercer son influence qui va au-delà du fameux « voyage » qu’ont fait des générations d’artistes et de chercheurs ( de Montaigne à Freud). Voyage initiatique ô combien par lequel se manifestent toutes sortes de phénomènes physiques et spirituels dont ses pèlerins anonymes ou fameux sont invités à rendre compte pour se rapprocher de l’Origine. Car l’Italie et sa capitale Rome contiennent, in noce, l’histoire de l’Europe, pour le meilleur et pour le pire. Histoire collective, mais aussi individuelle dont chacun ici est tributaire. L’avènement en tant qu’état-nation n’est que son dernier avatar. En réalité l’Italie possède dans sa mémoire la nostalgie de l’Europe et de la domination d’un contre tous. À l’origine, la ville jumelle. Les Sabins qui les ont dominés et ensuite qu’ils dominent ainsi que les Étrusques pour ne parler que des tribus les plus connues. Dans le film « Les chimères » ce sont leurs tombes qui sont violées par les « tombaroli » non celle des patriciens romains. Les prédateurs se comportent exactement comme les Romains. Ce sont les agresseurs. Cette réaction peut être interprétée comme une appartenance ethnique à la nation qui soumet et assimile les peuples pour s’approprier l’espace vital.
LE VIEIL ENFANT
L’Italie est comme ce « vieil enfant », une expression allemande utilisée par le philosophe allemand Anders. Elle tend à l’Europe son miroir. Que voit-elle dans son reflet ? La nostalgie de l’Empire ? Ou celui de la république défendue par quelques orateurs brillants ? L’ombre portée de son déclin toujours annoncé, ou l’espérance du Nouveau sans cesse recommencée ? Comme le ressac de la mer. Comme la présence de la Mère. (L’assonance peut sembler facile, convenue mais contient dans ses replis, un savoir populaire qu’il faut savoir déplier)
Miroir, Ô Miroir dis-moi qui est la plus belle !
Le « petit temps » cher à Paul Valéry reconnecte ses deux pôles. Le haut et le bas, la guerre du nord et celles du sud. L’envers et l’endroit. Elles se ressemblent dans la dissemblance. La frontière et la bande. Ukraine et Gaza. Leurs frontières contestées, ravagées, sont les créations tardives de cet Empire qui hante celles et ceux qui en ont la nostalgie, ou ceux qui veulent enfin s’en libérer.
Pour moi, cela commence par une série de grands portraits des héros du Latium dans la grande salle de l’école élémentaire Edmondo De Amicis à Florence. Il y Caius Mucius Scævola ce jeune patricien qui met sa main au feu pour avoir raté Porsenna, roi du Closium marchant contre Rome. Son souvenir gravé dans la lithographie en noir et blanc et le silencieux écho de ce grand écho déserté du chaut des élèves m’impressionna comme on une impressionne la plaque sensible que j’étais devenue. Je ne sais pas pourquoi, mais dans mes souvenirs l’école n’était pas très éloignée du cinéma de quartier où je suis allé voir les premiers grands films de cow-boys américains.
