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« Los Pasos Dobles », un film transculturel triomphe au festival de Saint-Sébastien 24 septembre 2011 Un film dirigé par un jeune réalisateur catalan, produit en coopération avec la Suisse, tourné au Mali avec des acteurs africains non-professionnels recrutés dans les villages et les marchés, une recherche au tour d’un peintre écrivain français presque inconnu, voilà les ingrédients de « Los Pasos Dobles » le film qui remporte la Concha, la Coquille d’or du meilleur film de la 59ème édition du Festival international du cinéma de Saint-Sébastien. L’œuvre du jeune réalisateur Isaki Lacuesta est d’une grande originalité. Né de son intérêt pour l’histoire de François Augiéras, peintre et écrivain mort dans les premiers années 70 en Afrique après avoir, selon la légende, peint des fresques les murs d’un bunker. Le lien entre l’aventurier français, né en 1925, et le film, c’est le peintre Miquel Barcelo qui réside au Mali. Le film suit une série de personnages maliens dans leur recherche des légendaires peintures cachés d’Augéras et se termine par un regard sur les toiles de Barcelo qui a trouvé au Mali une source d’inspiration non seulement pour les couleurs mais aussi pour les aux formes , comme celles laissées par exemple dans le bois à la suite du passage des termites. Ce croisement est parfois difficile à suivre, mais peu importe, la vertu du film est ailleurs. D’abord, les acteurs africains qui en dépit de cette absence de culture audiovisuelle, bougent sur l’écran avec une spontanéité exceptionnelle, la preuve peut-être que la technologie n’est pas nécessairement un atout dans la recherche artistique. Mais la grande vertu de ce film est surtout d’être un essai, une tentative de créativité transculturelle sur grand écran. Le prix du Jury est allé au film français le Skylab de la réalisatrice française July Delpy. La réalisatrice nous raconte ses souvenirs des réunions de famille en Bretagne. Repas de famille donc, discussions entre cousins, jeux d’adultes et d’enfants, mais la famille élargie se réunit lors de l’anniversaire de la grand-mère en 1979, une époque importante pour la génération de la réalisatrice, enfant à l’époque, car c’est un moment de transition entre mai 68 et la victoire socialiste à la présidentielle qui marque un changement de la société française. Mais le Skylab n’est pas un film politique, et le labo spatial qui devait « tomber sur la France occidentale » à l’époque ne représente pas une épée de Damoclès. Mme Delpy a dit vouloir casser toute barrière entre le public et l’écran pour faire participer les spectateurs directement à l’histoire. Triomphe grec pour la meilleure interprétation masculine et le prix pour le meilleur réalisateur. Antonis Kafetzopoulos, le flic au profond sentiment éthique à remporté la Coquille d’argent du meilleur acteur et Filippos Tsitos, réalisateur du Le monde injuste (voir chronique précédente) a obtenu la coquille du meilleur réalisateur. Ce succès grec est important non seulement parce que le jury présidé par Frances McDormand a couronné u film qui parle d’éthique mais aussi parce que n’étant pas un sujet commercial le film avait été tourné avec très peu de moyens, et les acteurs ont travaillé comme l’a expliqué M Tsitos en tant que « coproducteurs » ; en d’autres mots sans salaire, difficile d’imaginer une plus douce revanche pour ces deux messieurs grecs. Maria de Léon la protagoniste de « Pepita » dans La voz dormida (voir chronique précédente) a reçu la coquille pour la meilleure interprétation féminine. Un prix mérité par cette jeune actrice espagnole dont on parle beaucoup ici comme d’une star naissante du cinéma ibérique. Le prix pour la meilleur photo a été decerné au film suédois Happy End (voir chronique précédente) et Ulf Brantás son directeur de photo et élève de l’italien Storaro a recueilli le prix au nom de l’équipe dirigé par Bjorn Runge. Le prix pour le meilleur scénario est allé au japonais Hirozako Kore-eda pour le film I wish (voire chronique précédente). Le réalisateur a accepté en disant que bonne partie du prix va les deux petits frères séparés sous un volcan qui crache le ceindre. Terminons avec le Prix du Public. Les spectateurs de la ville de Saint-Sébastien ont plébiscité The Artist, « l’artiste » du réalisateur français Michel Hazanavicius, un émouvant et courageux hommage au film muet en blanc et noir. Le film parle de la tombé dans l’oubli et la faillite d’un acteur de film muet d’Hollywood avec l’arrivé de la voix sur le grand écran des années 1920. Déjà primé à Cannes sous la forme de la meilleure interprétation masculine pour l’acteur Jean Dujardin, le choix du public de Saint-Sébastien est importante non seulement parce qu’il couronne un film que comme le soulignait son réalisateur personne ne voulait financer, mais justement parce que on peut percevoir une tendance dans les gouts de la critique et du public qui donne de l’espoir. Sans cacher les différences entre eux, les films primés à Saint-Sébastien ont le mérite d’avoir étés faits avec un budget très bas (Los Pasos Dobles, Unfair World, The Artist), d’avoir étés interprétés par des acteurs non professionnels (Pasos Dobles) ou bien par des professionnels qui n’ont pas perçu du salaire (Unfair World), ou bien par des professionnels qui ont fait une importante recherche sur le langage (La voz dormida). Il serait peut être naïf d’interpréter ce festival de Saint-Sébastien comme l’indication d’une révolte des créateurs d’image et du peuple des cinéphiles du public contre le « patronat » de l’industrie cinématographique. Mais il semble quand même que dès qu’ils ont un choix réel, le peuple des deux côtés du grand écran choisit la qualité des messages de fond sur les produits superficiels que le marché impose. Voilà le message inconscient et sublimé qui vient de Saint-Sébastien et qui devrait s’appliquer et s’étendre :alors que la mondialisation transforme la démocratie en ploutocratie, il est de plus en plus nécessaire de proposer des hypothèses à contre-courant du discours dominant puisqu’il y a encore de l’espoir pour la victoire de l’éthique et de la spontanéité. Répondre à cet article |
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