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Festival de Saint-Sébastien : « Neds » du britannique Peter Mullan remporte le Prix meilleur film 28 septembre 2010 Le jury du 58e Festival International du cinéma de Saint-Sébastien a décerné au film britannique « Neds » de Peter Mullan sa Concha de Oro, la Coquille d’Or. Un verdict qui ne recueille pas l’unanimité chez les membres du jury présidé par le serbe Goran Paskaljevic et composé par les britanniques Jo Allen et Lucy Walker, l’espagnol José Coronado la péruvienne Claudia Llosa, le philippin Raya Martin et l’argentin Pablo Trapero. On peut deviner pourquoi certains des jurés ont hésité à couronner ce film à Saint-Sébastien. Neds se passe en Ecosse, patrie du réalisateur, sous un paysage gris et pluvieux et évoque les problèmes de pauvreté, d’abus d’alcool chez les déclassés. Le film dénonce l’incapacité de l’école en premier lieu et de la société dans son ensemble à donner aux jeunes des moyens de sortir de la « poverty trap » qui finit par happer les jeunes des quartiers pauvres. Neds n’est certes pas un mauvais film. Sa composition est excellente et traversée par une conscience sociale qui est souvent la marque de la programmation du festival mais à notre avis il ne méritait pas cette distinction.
Pourquoi ? Rappelons d’abord le contexte. Le film se situe bien avant l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher, en 1979, vrai fléau de Dieu pour la classe ouvrière britannique. En fait l’œuvre de Peter Mullan rappelle les films de Ken Loach sans renouveler le genre du film engagé. Au contraire, le fait que l’histoire se passe en 1973 à Glasgow permet à l’auteur d’une part, de ne pas interroger les nouvelles problématiques de la pauvreté urbaine en Grande- Bretagne tout en laissant entendre que c’est déjà de l’histoire ancienne comme si le film évoquait un roman de Dickens ! Faut-il rappeler que les conditions de vie de la classe ouvrière en Grand Bretagne sont allées de mal en pis après les radicales transformations libérales instituées par la « dame de fer » ? Or Mullan n’en parle pas. Nous sommes certes dans la lignée de Loach mais son regard et ses intuitions. La victoire contestable de Neds ne devrait pas porter ombrage au film Amigo, une coproduction amercano-philippine, de John Sayles, « le grand-père » des cinéastes américains indépendants. Amigo se situe durant l’occupation des Philippines par les Etats-Unis juste après la guerre hispano-américaine à la fin du XIXe siècle. C’est le premier film authentique sur cette guerre après celui, convenu, où Gary Cooper joue le rôle du héros et un comédien du théâtre russe, « le méchant philippin ». Vrai film, Amigo parce que les protagonistes ont leur propre voix et leur propre langue. Dans l’œuvre de John Sayles, la langue tagalog des paysans philippins répond à l’espagnol du curé et des anciens colonisateurs ibériques, au cantonnais des coolies chinois et enfin à l’anglais des soldats de l’armée américaine. Ce multilinguisme confère au film une modernité de bon aloi. Même si la traque de l’armée américaine à l’égard des rebelles indépendantistes philippins du légendaire Emilio Aguinaldo est bien plus ancienne que les problèmes des banlieues écossaises des premiers années 70, Amigo est plus actuel que Neds. M Sayles a bien présenté comment les populations civiles ont été piégées par la guerre d’occupation : le cœur des philippins est avec Aguinaldo, mais ils doivent survivre sous la botte de l’oncle Sam ce qui implique des compromis, de la souffrance mais aussi des rapports entre occupants et occupés. La problématique de la population philippine pourrait se transposer en Irak, en Afghanistan, où dans les territoires palestiniens occupés ; l’histoire est ancienne mais le message est d’une brûlante actualité. Le réalisateur a souligné que s’il voulait rappeler la guerre des Philippines, c’est parce que, à ce moment, l’impérialisme américain, a franchi là un seuil. Dorénavant il ne se limitera plus à intervenir militairement dans le périmètre déterminé par la Doctrine Monroe mais là où ses intérêts seront considérés « menacés » laissant aux politiques et aux lobbies financiers le choix d’apprécier cette dite menace. Mais le triomphe de Neds dans la ville basque ne se limite pas à la Coquille d’or du meilleur film : Connor McCarron le jeune protagoniste du film a remporté la Coquille d’argent du meilleur acteur. La principale qualité de Connor McCarron qui joue le rôle du jeune et bon écolier qui devient délinquant, est sa spontanéité. La même question s’impose : si le jury cherchait à saluer la fraîcheur dans l’interprétation, alors pourquoin’ont-il pas privilégié le « vieux » protagoniste masculin d’Addicted to Love, un véritable petit bijou chinois réalisé par Liu Hao
Les souvenirs se transforment en un regard sur les transformations de la Chine le long des décennies et sont racontés avec simplicité par ceux qui les ont vécues en premier personne. Cet amour chinois au temps d’Alzheimer est un beau, original, digne et discret péan à l’amour mais a du se contenter de deux prix mineurs (Prix Signis et de l’association des donneurs de sang du Guipúzcoa, la région de Saint-Sébastien), il méritait bien plus… le prix de la meilleure interprétation masculine au moins. La Coquille d’argent de la meilleure interprétation féminine est allé à Nora Navas, interprète du film catalan Pa Negre, pain noir réalisé par Augusti’ Villaronga, un récit sur les mensonges, les haines, les vengeances et les relations de pouvoir dans un petit village catalan au lendemain de la fin de la guerre civile espagnole. Mme Navas interprète le rôle de l’épouse d’un homme engagé avec les perdants républicains et de la mère d’un enfant qui découvre avec horreur un monde d’adultes sans foi ni loi. Le prix se comprend : que ce soit par le moyen des livres ou du grand écran les thématiques liées à la guerre civile espagnole sont à la mode en Espagne et on entend pourquoi. Inspiré par un roman du même titre, Pa Negre dans lequel participe l’acteur Sergi Lopez dans le rôle du méchant maire franquiste met sur l’écran l’effort des enfants de se libérer de l’époque féroce de leurs parents. Les petits protagonistes de Pa Negre semblent parler au nom des générations d’espagnols qui essayent à tout prix de tourner la page sur les effets d’un des plus sanglants épisodes fratricides du 20-ième siècle. A’ suivre : Saint-Sébastien les prix : les gagnants du Prix spécial du jury, Prix de la Coquille d’argent pour le meilleur réalisateur, Prix de la meilleure photographie, Prix des horizons Latino-américains et Mention spéciale du jury. Répondre à cet article
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