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Vente à la criée du lot 49

22 décembre 2009

Sur l’océan de la littérature, certains auteurs se font connaître à l’avance, comme ces icebergs qui dérivent. Tout aussi dangereux et énigmatiques. Thomas Pynchon est de ceux là : pour toujours un jeune homme laid aux oreilles décollées, et maintenant un vieillard sans visage, disparu dans la tornade grise de sa gloire.

Un grand auteur, comme l’on dirait d’un grand criminel. Et certainement nous sommes dans la même logique spectaculaire, dans la même quête de célébrité dans l’anonymat. Tuer, c’est toujours écrire, c’est toujours signer de tout son être. Malheureusement, nous devons parler aujourd’hui d’un assassinat faiblard, d’un manque de pulsion homicide.

Vente à la criée du lot 49 est un livre assez mince, avec en bas de quatrième de couverture ces mots en italique « Attention ! Chef d’oeuvre… ». Je crois que le terme d’attention est particulièrement indiqué pour cet ouvrage, car le fil de l’histoire y est emmêlé à dessein, pour alimenter une apparence de profusion, un semblant de folie. Oedipa Maas, l’héroïne, se retrouve exécuteur testamentaire de Pierce Inverarity, un multimillionnaire avec qui elle a eu une liaison, quelques années auparavant. Aidée par un avocat, elle découvre le monde totalement délirant de l’économie contemporaine où les sociétés concurrentes sont en relations secrètes, où une poste parallèle crée ses propres timbres, où les ingénieurs sont broyés dans un système de production de masse des idées. Les éléments de l’absurde se présentent en un carrousel rapide, et l’esprit d’Oedipa vacille, incapable de stabiliser un instant un quelconque point de vue.

Nous suivons, mais de loin, cet itinéraire peu crédible, et surtout bien trop distancié. Le lecteur ne peut en effet s’accrocher sentimentalement à ces personnages esquissés, ces situations formelles, ces élucubrations sans profondeur. La surface du style et son bouillonnement ne suffisent pas à provoquer l’émotion, et le surgissement de l’imaginaire. L’esthétique de Chirico s’appliquerait aisément à ce livre, labyrinthe de rues désertes, de places grandioses où nul être humain ne circule. Une totale absence de psychologie.

Thomas Pynchon travaille dans la dimension onirique, un peu à la manière de Boris Vian, mais sans l’urgence et la force dramatique de ce dernier : il reste un chroniqueur maniaque du fantastique, là où l’on attend un mage aux visions bouleversantes. Malgré quelques qualités (le livre est intemporel, bien qu’il ait été publié en 1966) et un prix très modeste qui permettra aux lecteurs de tester par eux-mêmes, Vente à la criée du Lot 49 est donc un livre décevant, l’équivalent des premiers romans de Queneau : un texte très construit, au style souvent brillant, mais d’une superficialité dommageable. « Attention ! Dommage… »

Okuba Kentaro

Thomas Pynchon, Vente à la criée du lot 49, traduction de Michel Doury, Editions du seuil, 216 p., 2000, 6 €

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