Cinéma

Brèves

Editorial

Agenda

Exocet

Agora

Itinéraires

Poema/Prosa

Nous/We

Hyperliens

Contact

Diversité culturelle

Eurocan

Vidéodc

 

 

 

 

 

 

 

Festival du nouveau cinéma italien : la guerre des sentiments

16 novembre 2006

La guerra di Mario est un film de grande actualité, sensible, bien construit.

Le savoir-faire et le sens d’observation d’Antonio Capuano dont c’est le 6e long métrage, n’y sont pas étrangers. Cependant il nous laisse un indéfinissable arrière-goût d’amertume dont convient le réalisateur même. Pourquoi ? Disons d’abord que le sujet est symptomatique de notre époque : c’est l’histoire d’une adoption qui tourne court. Mario, 8 ans et demi, né dans la banlieue napolitaine, est un enfant difficile que le Tribunal des Mineurs place auprès d’un couple de bobos sans enfant des quartiers chics de la ville en vue de son adoption. Attaché à ses racines populaires, Mario fera les 400 coups pour marquer sa différence à l’égard de ce milieu aisé où il se sent prisonnier. Sa mère virtuelle, magnifiquement interprétée par Valeria Golino, déploiera des trésors de patience et d’ingéniosité pour gagner l’amour de l’enfant (remarquable Marco Grieco) et conserver sa garde. Pour ce faire, elle ira jusqu’à sacrifier sa relation avec son compagnon, campé avec sobriété par Andrea Renzi. Malgré ces efforts, elle perdra à la fois la garde de cet enfant-enfermé dans son monde peuplé de jeux-vidéos et de héros extra-terrestres- et de son conjoint. Il faut être gré à Capuano d’avoir montré avec pudeur et justesse la crise du couple contemporain qui recoupe aussi celle de la famille, leur incommunicabilité ; certaines séquences rappellent avec bonheur les premiers Antonioni.

Là où le bât blesse, c’est que ce film se contente d’observer la réalité -le scénario est tiré d’une histoire vraie- dont le réalisateur s’est attaché à restituer scrupuleusement le déroulement. Ce parti pris qui est de ne pas en avoir, empêche le metteur en scène d’explorer à fond le nœud du problème : l’absence et les défaillances de l’autorité paternelle. D’où un certain flottement et une longueur du film dont la durée n’excède pourtant pas les 100 minutes habituelles. Or la fonction de l’œuvre d’art et à fortiori du cinéma, n’est-il pas justement de se confronter à ce qui dérange, ce qui n’est pas dit ? En refusant de le faire, Capuano succombe à la fascination et aux manipulations émotives du "politiquement correct" dont notre monde contemporain est si prodigue.

Gide disait qu’on ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments. Cela s’applique aussi au cinéma. Les bonnes intentions de cette belle et brillante professeur de beaux-arts, sont certes légitimes mais elles font écran au sens propre et figuré en nous cachant la révolte qu’elle n’a pas eu le courage d’assumer à l’égard de son propre milieu et qu’elle vit désormais par procuration. Ce non-dit qui affleure néanmoins, est comme un abcès qui n’est pas crevé. Et qui finit par se répercuter sur l’ensemble du film. La guerra de Mario illustre de manière éloquente ce « mammismo soft », très tendance qui règne aujourdhui sur nos sociétés contemporaines et dont le cinéma d’art et d’essai, comme on l’appelait naguère, se fait le relais. La bonne fortune du dernier Almodovar en témoigne aussi à sa manière.

Il est vrai que les sociétés latines, et la société italienne en particulier, assommée par quatre années de berlusconisme, sont plus que d’autres enclines à développer la confusion des sentiments : un terreau idéal pour les futurs petits dictateurs. Le mérite principal de ce film, s’il en est, c’est de nous l’avoir montré de manière plus riche et plus pertinente que bon nombre de réalisateurs. Ce qui n’est pas rien.

***

Durée : 100’ Scénario : Antonio Capuano Directeur de la Photographie : Luca Bigazzi Photographe de scène : Sergio Varriale Décors : Lino Fiorito Costumes : Daniela Ciancio Musique : Pasquale Catalano Montage : Giorgio Franchini Production : Fandango et Indigo Film Distribution : Medusa

Répondre à cet article


Les autres articles de la rubrique Cinéma :

 

6 octobre 2011 :

"Las acacias" est couronné lors du 20e Festival de Biarritz
Robert Scarcia

 

6 octobre 2011 :

Cuba : illusions perdues
Robert Scarcia

 

2 octobre 2011 :

Biarritz, le Festival d’Amérique latine a 20 ans
Robert Scarcia

 

24 septembre 2011 :

CSS : l’éthique grecque, l’amour portugais et l’espoir basque
Robert Scarcia

 

20 septembre 2011 :

FICSS : le cinéma au féminin
Robert Scarcia

 

19 septembre 2011 :

Festival de S-S. Le méchant flic espagnol et la solitude de la jeunesse chilienne
Robert Scarcia

 

19 septembre 2011 :

"Intruders" ouvre le 59e Festival de cinéma de Saint-Sébastien
Robert Scarcia

 

2 octobre 2010 :

Biarritz : des prix, miroir du clivage entre l’élite et le public
Robert Scarcia

 

28 septembre 2010 :

"Barney’s Version" film transculturel et Prix du public de Saint-Sébastien
Robert Scarcia

 

1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 |>

Cinéma

Littérature

Musique et Arts de la scène

Musique

 
Qui sommes-nous ?  | Contact  | Les auteurs  |  Hyperliens  |  Publication