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Législatives italiennes : les expatriés du Canada font la différence 14 avril 2006 Il s’agit d’une première depuis la consolidation des processus démocratiques en Europe : le vote de la diaspora, des expatriés, des émigrés et de leurs descendants a été décisif pour la victoire de la coalition de gauche en Italie. Romano Prodi le gagnant des élections italiennes, l’homme qui par quelques votes a désarçonné du pouvoir le « Cavaliere », le Chevalier Berlusconi, a une dette politique avec les Italiens « de l’étranger. » Ce qui c’est passé au vote pour le Sénat italien surtout mérite une mention. Les citoyens italiens résidents hors des frontières d’Italie ont permis à la coalition anti-Berlusconi de faire élire 4 sénateurs contre un seul pour la coalition du « Chevalier » et un indépendant d’Amérique latine. C’est grâce à ce vote expatrié que les citoyens italiens peuvent exiger démocratiquement que M Berlusconi fasse ses adieux en tant que Premier ministre. 158 sénateurs pour Prodi contre 156 pour Berlusconi, plus un sénateur indépendant d’Argentine qui a donné son appui à Prodi. Mais ceci n’est pas nouveau. En effet, comme le savent les lecteurs de Combats et d’Eurocan, il y avait un précédent que nous avons signalé, lors des élections dans la communauté autonome de Galice en juin 2005, quand les Galiciens d’Argentine ont eu leur mot à dire dans l’issue électorale dans cette communauté autonome d’Espagne. (Voir Galice juillet 2005). Le vote L’Union de Romano Prodi a remporté plus de 380, 000 votes, c’est-à-dire 44% du total du million et demi d’expatriés italiens dans le monde ayant le droit de vote. La situation devient plus intéressant si l’on considère le vote dans la circonscription « Amérique du Nord et Amérique centrale » au Sénat italien. En Amérique du Nord, l’Union de Romano Prodi a remporté 37,9% des votes, plus de 32, 000 votes contre les 25,000 de Forza Italia de Silvio Berlusconi (30,5%). Il est fort intéressant de remarquer pour le bénéfice d’une réflexion politique au Canada que Romano Prodi a remporté ses élections en Amérique du Nord grâce notamment au vote des Italo-Canadiens. Au Canada le résultat du vote était nettement plus tranché : les électeurs ont vote pour Prodi à 44% et 24% pour Berlusconi. Ce qui saute aux yeux, c’est la différence des préférences politiques des Italiens du Canada par rapport à leurs « cousins » des Etats-Unis. Au pays de George Bush, c’est en effet Silvio Berlusconi qui a remporté de justesse avec le 34,65% contre le 33,95% de Romano Prodi. Le résultat à la Chambre des députés est une copie presque conforme de ceux du Sénat. Dans l’ensemble de la circonscription d’Amérique du Nord, Prodi remporte 38,9% des suffrages contre 30,82% à Berlusconi ; Mais aux Etats-Unis M. Berlusconi dame le pion à son adversaire avec 34,43% contre le 32,84%. À la Chambre, c’est encore le vote « canadien » qui sauve la mise du centre-gauche en Amérique du Nord : 48,12% pour Romano Prodi contre 24,89% pour M. Berlusconi. Les raisons de la différence entre Italo-canadiens et Italo-américains La première explication du succès de Prodi au Canada est de nature « stratégique » : le centre-gauche a décidé de se présenter uni sous la bannière de « l’Union de Romano Prodi » alors que les forces de droite se sont présentées en rangs dispersés : soit des néo-fascistes jusqu’à Forza Italia, le parti de Berlusconi en passant par les sécessionnistes des Ligua Nord qui prône le désengagement politique et fiscal des régions riches d’Italie du nord. Il est important de souligner ce choix stratégique pour la gauche - une grande coalition - parce que les électeurs nord-américains ont l’habitude de voter dans le cadre d’un système majoritaire qui privilège les grands partis ou grandes alliances. Le choix d’une grande coalition de la part du centre gauche n’explique pas cependant la différence nette de préférence des « Canadiens » de souche italienne par rapport à leurs compatriotes « américains » puisque les Etats-Unis sont aussi habitués à un scrutin majoritaire qui bénéficie les grands partis ou coalitions. Rappelons également qu’au nord comme au sud de la frontière, ceux qui ont le droit de vote en Italie appartiennent aux mêmes classes sociales qui se partagent en deux grands segments : d’une part les anciens immigrés de l’après-guerre et leurs descendants ; de l’autre une catégorie plus récente et plus restreinte que les Italiens appellent les « cerveaux en fuite » : des cadres, des chercheurs, des intellectuels qui ont trouvé un mode de vie plus intéressant au Canada et aux Etats-Unis. « Tutto il mondo è paese » La seconde explication est de nature politique. Les Italo-canadiens ont voté majoritairement en syntonie avec la culture politique de leur pays d’accueil, un pays qui a refusé de se joindre à l’occupation de l’Irak, un pays qui s’accroche à son système de santé public, qui se veut plus solidaire socialement et plus ouvert par rapport aux différences culturelles. Un pays, le Canada, qui vu d’Europe a un centre politique « plus à gauche » que son voisin du sud. Les Italiens qui font partie du Canada se sont tourné vers « la gauche » justement parce qu’ils vivent et participent à la vie sociale et politique d’un pays perçu comme plus progressiste. Les Italiens d’Etats-Unis ont suivi la même pente par rapport à leur pays d’accueil et ont voté « à droite » comme il leur semblait logique d’appuyer un parti néo-libéral qui soutenait les Etats-Unis dans la guerre en Irak et souhaite faire voter des projets de loi contre les immigrants, etc. Faut-il rappeler à titre d’exemple que Romano Prodi veut retirer les troupes italiennes d’Irak, les mêmes que Berlusconi a envoyé participer à la « coalition » voulue par M. Bush ? L’avènement d’une culture politique métisse Si on lit les discussions sur Internet, on peut dire que ces législatives ont été un tournant dans la vie politique de ces expatriés votant de par le monde (sauf aux Etats-Unis et à quelques petites exceptions, ici et là). La confrontation avec d’autres cultures politiques leur ont fait prendre la mesure du décalage qui les séparait avec la nouvelle classe politique affairiste qui s’est emparé du pouvoir voici cinq ans. Devenant eux-mêmes culturellement métissés, ces Italiens de l’étranger sont de moins en moins disposés à accepter ce que l’on appelle « l’anomalie italienne » où un homme seul contrôle 80% des médias. À cela s’ajoute le fait de vivre à l’étranger qui les a en partie préservé du battage médiatique berlusconien, obligé de tenir compte du regard de la presse de leur pays-hôte pour se faire une opinion. Répondre à cet article
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