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Montréal et la tentation conservatrice 10 février 2006 Les récentes législatives canadiennes ont révélé des mutations de fond au sein de l’électorat de Montréal. Radioscopie. Très bientôt, un autre vote métropolitain sera ausculté : Vancouver. La première surprise est de constater que
Avec ce corollaire politiquement délicat : autant l’une que l’autre ont empêché la vague conservatrice de Stephen Harper de devenir un raz-de-marée. À Toronto ce sont les libéraux et les néo-démocrates qui se sont partagés l’essentiel de la députation. Les deux partis revendiquaient avec des nuances diverses le même héritage politique ; celui de Pierre Elliott Trudeau : à savoir un libéralisme certes centralisateur quant au fonctionnement de la fédération canadienne mais doté d’une forte conscience sociale. À Montréal cependant ce fut différent. Le Bloc Québécois et le Parti libéral du Canada se sont répartis à égalité ou presque le vote populaire (35%) et les sièges de la ville. Le Bloc souverainiste est en faveur de l’autonomie du Québec ; quant au Parti libéral fédéral, il défend bec et ongles le centralisme canadien. Gilles Duceppe, leader des forces souverainistes au Parlement fédéral, est un ancien marxiste ; Paul Martin, le premier ministre libéral battu le 23 janvier dernier, est un ex-armateur. Sous la houlette de monsieur Duceppe, le Bloc a pris un virage à gauche par rapport aux positions de Lucien Bouchard, fondateur de cette formation. Monsieur Martin est par contre l’homme qui a réussi à réduire le déficit fédéral chronique par des coupes franches dans les programmes sociaux du fédéral alors qu’il était ministre des finances du gouvernement de Jean Chrétien. Les mutations électorales Alors pourquoi cette défaite ? L’explication de la cause de l’hémorragie de votes libéraux ne se limite pas seulement au notoire scandale des commandites. L’analyse du vote dans la circonscription montréalaise de Jeanne le Bar où se concentre le vote populaire et qui a coûté son siège à Liza Frulla, personnalité médiatique et ex-ministre du patrimoine, est révélateur d’un changement de fond. Ce vote populaire, touché de plein fouet par les politiques néo-libérales, a accordé ses voix à la formation qui affirmait le plus des préoccupations sociales : ce qui fut le cas de la formation souverainiste. On peut également inférer que les couches économiquement plus fragiles de l’électorat montréalais, ont aussi voulu exprimer leur désaccord à l’égard d’une politique de droite dure à l’américaine dont Stephen Harper est perçu à tort ou à raison comme le porte-étendard. Contrairement à Toronto, il est un signe qui montre que les libéraux sont en train de perdre du terrain auprès d’un électorat qui leur était traditionnellement acquis : les nouveaux immigrants. Ces « fils de la loi 101 » qui sont surtout originaires des pays francophones ont scolarisé leurs enfants en français comme les y oblige la Charte de la langue française. Cette loi qui date de 1977 a fini par transformer le paysage politique traditionnel. Désormais une jeunesse québécoise de souche non canadienne française partage la même culture politique que les Québécois de vieille souche. Ce qui n’était pas le cas pour les générations précédentes. Y voir mécaniquement un vote en faveur de l’indépendance, serait imprudent. En tout état de cause ce vote manifeste désormais l’autonomie des nouvelles communautés immigrantes par rapport à leur traditionnel parti de référence ; il exprime également ses protestations à l’égard d’un pays d’accueil qui tarde à les intégrer à leur juste valeur. Encore une fois l’analyse d’une circonscription électorale l’illustre éloquemment. Dans le compté de Papineau, la candidate du Bloc a battu Pierre Pettigrew, le ministre des affaires Etrangères. Une femme de souche haïtienne a fait tomber le parrain du sommet des Amériques de Québec de 2001. Le poids des « communautés diasporiques » Il est cependant nécessaire de souligner un détail qui ouvre la porte à d’autres analyses sur cette victoire : l’implication directe de deux associations d’expatriés haïtiens contre Pettigrew. Le ministre avait été jugé responsable d’une politique extérieure canadienne trop proche du gouvernement actuellement en place à Haïti. Comme l’on se souviendra, l’actuel gouvernement de Port-au-prince est le responsable de l’exil forcé de l’ancien président Aristide qui bénéficie d’appuis considérables dans la diaspora haïtienne de Montréal. Le fait est intéressant en soi parce qu’il met en lumière le poids croissant sur le plan intérieur des « communautés diasporiques ». Ces hommes et ces femmes se trouvent dans un nouvel espace politique issu des métissages migratoires et que peinent désormais à représenter les vieilles formations. Qui a voté conservateur ? Il faut néanmoins souligner que le vote conservateur existe bel et bien à Montréal. Il s’agit d’un vote québécois de classe moyenne, souvent lié au milieu des affaires. Celui-ci n’apprécie pas l’électoralisme gauchiste de monsieur Duceppe et il est fatigué de l’opposition que le Bloc implique de par sa nature même de parti souverainiste (qui ne présente pas des candidats dans les autres provinces du pays). D’autre part, échaudé par le scandale des commandites, cet électorat ne pouvait plus se tourner vers les libéraux. Il ne restait donc plus qu’une option plausible : les conservateurs. La décentralisation fiscale que le fédéralisme d’ouverture suppose et l’application de la doctrine Gérin-Lajoie sur la scène internationale sont des promesses conservatrices fort intéressantes pour cette couche de la population à la recherche de plus de visibilité sur la scène politique. En conclusion, si les classes populaires et les nouveaux immigrants se sont tournés massivement vers le Bloc Québécois, c’est que les uns souhaitaient une meilleure protection sociale et les autres voulaient exprimer leur mécontentement. Cette situation indique là comme ailleurs une tendance forte qui est celle de voter pour des partis qui affichent une position plus radicale face à l’establishment. Malgré cette situation, Stephen Harper peut retourner la situation à son avantage. D’ici peu les souverainistes se mobiliseront à nouveau autour du Parti québécois lors des prochaines législatives de l’an prochain, avec comme échéance un troisième referendum sur la souveraineté politique de la province. Si Harper maintient ses promesses sur le fédéralisme d’ouverture (décentralisation fiscale, rôle accru du Québec sur la scène internationale...), le parti conservateur pourrait devenir alors le parti de référence du vote fédéraliste montréalais, un rôle qui était jusqu’alors dévolu au seul Parti libéral. La nouvelle donne Mais plus généralement la leçon la plus intéressante est sans doute la montée du vote diasporique. Bien que d’un poids politique relatif, la diaspora haïtienne a démontré qu’elle pouvait exercer son influence ciblée. Cette influence immigrante ou métissé ira grandissant dans un univers globalisé marqué par l’immigration où les nouvelles du pays d’origine parviennent aisément soit par chaînes câblées soit par internet. Nous ne sommes évidemment pas à une situation à l’américaine où les communautés diasporiques influent directement sur la politique internationale des Etats souverains comme c’est le cas pour les Cubains de Floride, ou les irlando-américains en faveur du processus de paix en Irlande du nord mais la tendance est là. Rien ne dit qu’il ne sera pas demain une tendance dominante dans toutes les grandes villes occidentales. Répondre à cet article
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