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Un magazine eurocanadien, pourquoi faire ?

2 janvier 2006

Trop d’information tue l’information, dit l’adage de l’ère numérique. Avant, l’information était une rareté et l’apanage du pouvoir. Aujourd’hui, sa surabondance est aussi une manifestation de pouvoir. Dans ce maquis où une chatte y perdrait ses petits, nous avons donc voulu redonner un sens, une hiérarchie et surtout un contenu au manque étonnant et néanmoins rédhibitoire d’information générale sur les relations entre l’Europe et le Canada.

Car si les études spécialisées et de qualité foisonnent (je pense ici aux excellentes recherches des Centres d’études canadiennes ou celles encore de l’Association internationale des études québécoises), elles restent très souvent cantonnées dans le seul réseau académique. En revanche les synthèses thématiques, les grandes enquêtes généralistes, les analyses journalistiques qui permettraient de mettre en relation les besoins convergents de ces deux régions du monde brillent par leur absence. Mis à part Paris et Londres où se trouve concentrée la majorité des correspondants de la presse nationale, le reste du continent est pour ainsi dire "terra incognita". Pourtant il y aurait beaucoup à dire, à enquêter, à analyser, à commenter sur la manière dont se tissent ces relations. C’est pour pallier à cette pénurie que ces pages web vous sont offertes en exclusivité. Elles ne prétendent pas être exhaustives, tant s’en faut. Elles sont néanmoins l’amorce de ce qui pourrait devenir un site web exclusivement consacré aux relations eurocanadiennes dans toutes ses composantes y compris, bien sûr, québécoises.

Temporairement accueillie dans combats-magazine, cette initiative qui prendra la forme d’abord d’un magazine puis d’une agence de presse, entend ici tester grandeur nature son dispositif. La plupart de ces articles sont inédits ; certains ont été publiés dans les pages du quotidien basque DEIA que nous remercions d’autant plus qu’il exemplifie l’intérêt que les Basques portent au Canada.

Une nouvelle ère

L’idée de créer cette publication s’est imposée au fil des ans à force d’observer les besoins de mise en relation de la part des Eurocanadiens qui ne se retrouvent plus dans les associations par trop spécialisées que reconduisent les traditionnelles partitions socioprofessionnelles ou territoriales.

Ces distinctions découlent de deux époques révolues : les années 1950 et les années 70. Dans le premier cas, les associations canadiennes ont bénéficié du formidable capital de sympathie de la Libération. Dans le second, de la reconnaissance des identités minoritaires où le Québec joua un rôle leader. L’ère qui commence est d’un autre tonneau. Elle annonce la naissance d’une société civile globalisée qui se fédère autour des affinités électives, pour reprendre une notion chère à Goethe,laquelle, pour individuelle qu’elle soit, forme néanmoins des communautés virtuelles. L’axe de ces appartenances est de ne pas avoir d’appartenances ou plus précisément de les décliner toutes à travers la conscience de leurs différences. Les identités canadiennes (dont la québécoise est un récent avatar (1)) permettent justement cette liberté identitaire comme peu de cultures politiques nationales, peuvent le faire. Parce que c’est une ancienne colonie, traversée par d’importantes vagues migratoires, voisine de surcroît de la plus grande puissance planétaire, le Canada a dû assez tôt tenir compte de sa diversité. C’est pourquoi ce pays s’est très tôt engagé dans la bataille pour la reconnaissance de la diversité culturelle. Mais le multiculturalisme dont il a fait son modèle d’intégration est aussi le miroir de ses contradictions. Paradoxe qui peut être pressenti comme une faiblesse mais peut aussi constituer une véritable force. La force de celui qui se sait de passage.

C’est donc conscient de cette puissance avec l’humble lucidité du funambule que nous nous engageons sur le fil de fer qui nous tient lieu de route. Ces pages que nous vous invitons à visiter vous donneront un avant-goût de ce que peut être ce magazine, cette agence de presse d’un genre nouveau : un euromagazine indépendant de tout parti politique qui traitera en priorité des relations entre l’Europe et le Canada. Les articles publiés peuvent l’être dans une ou l’autre langue de l’Union, accompagnés d’un résumé en français ou en anglais. Les problématiques eurofrontalières seront traitées avec une particulière attention notamment en ce qui a trait à la question des minorités.

Cinq grandes rubriques scandent ces rendez-vous que nous souhaitons nouer avec vous. Il y a d’abord la rubrique « affaire publiques » qui rassemblera les papiers, enquêtes et analyses à caractère politique, transpolitique. L’approche comparatiste sera essentielle. L’économie, les finances et les nouvelles technologies bénéficieront d’un coup de projecteur spécial. L’on mettra en lumière les entreprises qui, d’une rive à l’autre de l’océan, inventent le futur. Nous nous pencherons sur les arts et la culture avec des portraits, des enjeux et des analyses notamment sur l’économie culturelle en faisant ressortir comment les cultures se mondialisent. Enfin un entretien et un agenda compléteront le tout.

Je vous souhaite bonne lecture. Mettez d’ores et déjà ces pages dans vos favoris. Mieux, créez un lien sur vos sites avec nos pages. Bonne lecture.

***

1) Les Canadiens, devenus Canadiens-français, s’affirmeront en tant que Québécois autour des années 1970, sous l’impulsion de certaines élites politiques.

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