{"id":604,"date":"2012-10-02T22:16:04","date_gmt":"2012-10-02T20:16:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/?p=604"},"modified":"2014-05-05T14:35:03","modified_gmt":"2014-05-05T12:35:03","slug":"festival-de-biarritz-la-colombie-et-les-maya-en-tete","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/festival-de-biarritz-la-colombie-et-les-maya-en-tete\/","title":{"rendered":"Festival de Biarritz : la Colombie et les Maya en t\u00eate"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le Festival du cin\u00e9ma et des cultures latino-am\u00e9ricaines de Biarritz s\u2019est distingu\u00e9 cette ann\u00e9e en mettant l\u2019accent \u00a0sur le cin\u00e9ma colombien et un focus sur l\u2019une des plus anciennes et complexes cultures de l\u2019h\u00e9misph\u00e8re occidental\u00a0: \u00a0les Maya.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-605 alignleft\" title=\"Gustavo Trivi\u00f1o\" src=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/gustavo-trivi\u00f1o-300x202.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"202\" srcset=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/gustavo-trivi\u00f1o-300x202.jpg 300w, http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/gustavo-trivi\u00f1o.jpg 448w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Ce choix a ainsi mis en lumi\u00e8re les effets d\u2019une nouvelle loi du cin\u00e9ma qui a fait faire\u00a0 au cin\u00e9ma colombien un bond exponentiel. Les responsables d\u2019un fonds pour le d\u00e9veloppement du cin\u00e9ma colombien, pr\u00e9sents \u00e0 Biarritz, ont expliqu\u00e9 la volont\u00e9 du pays de se doter d\u2019une v\u00e9ritable industrie nationale du cin\u00e9ma et ont soulign\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de coop\u00e9rer avec tous ceux qui veulent filmer en Colombie. \u00ab\u00a0En 2001 nous avions produit trois films, et gr\u00e2ce \u00e0 la nouvelle loi cette ann\u00e9e 2012 nous avons acc\u00e8s \u00e0 22 films\u00a0\u00bb a expliqu\u00e9 Adelfa Martinez, responsable du dit fond. Pour faciliter la t\u00e2che la nouvelle l\u00e9gislation colombienne pr\u00e9voit aussi des remboursements int\u00e9ressants. \u00ab\u00a0Nous attendons une invasion de cin\u00e9astes qui viendront tourner en Colombie\u00a0\u00bb a-t elle ajout\u00e9 en soulignant que la loi pr\u00e9voit des \u00ab\u00a0remboursements allant jusqu\u2019au 40% pour les d\u00e9penses cin\u00e9matographiques et de 20% pour les d\u00e9penses logistiques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019est pas anodin d\u2019ouvrir cette chronique sur le cin\u00e9ma par cette information d\u2019int\u00e9r\u00eat sp\u00e9cifique pour les agents de l\u2019industrie du cin\u00e9ma, mais qui peut para\u00eetre secondaire aux yeux du grand public. En fait il est important de souligner que la Colombie semble avoir compris ce que beaucoup en Europe ont oubli\u00e9 (voire notre derni\u00e8re chronique sur le Festival de Saint-S\u00e9bastien)\u00a0: le cin\u00e9ma n\u2019est pas seulement une expression culturelle, un miroir des r\u00eaves et des d\u00e9mons d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, mais il est aussi une industrie qui cr\u00e9e emplois qualifi\u00e9s et par cons\u00e9quent de la richesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pr\u00e9cisons deux points qui sautent \u00a0aux yeux \u00a0quand on voit ce qu\u2019en fait le cin\u00e9ma colombien produit sur les \u00e9crans\u00a0et sa r\u00e9ception \u00e0 Biarritz . D\u00e9complex\u00e9 de la guerre et de la violence\u00a0 de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, les films touchent une gamme de sujets auparavant presque in\u00e9dits\u00a0; deux films colombiens ont remport\u00e9 les principaux prix de la comp\u00e9tition biarrote. Il s\u2019agit d\u2019Op\u00e9ration E, r\u00e9cipiendaire du prix de la \u00a0meilleure interpr\u00e9tation masculine et \u00ab\u00a0Sofia y el terco\u00a0\u00bb\u00a0ou Sophie et le t\u00eatu gagnant du prix du public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Op\u00e9ration E (comme Emmanuel) s\u2019inspire \u00e0 un fait r\u00e9el\u00a0: Clara Rojas, otages des FARC a un fils n\u00e9 en captivit\u00e9 que les gu\u00e9rilleros confient \u00e0 la force \u00e0 un pauvre paysan qui gagne sa vie comme \u00ab\u00a0raspach\u00edn\u00a0\u00bb, petit fabricant de p\u00e2te de coca. La vie du paysan interpr\u00e9t\u00e9 par Luis Tosar se transforme en enfer et peut clairement symboliser la vie des couches pauvres de la soci\u00e9t\u00e9 colombienne pris entre l\u2019arbre et l\u2019\u00e9corche des parties en guerre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans Sofia et le t\u00eatu, celui ci \u00e9tant son mari, homme fig\u00e9 et incapable d\u2019\u00e9couter sa femme, le r\u00e9alisateur Andres Burgo Vallejo met en sc\u00e8ne l\u2019actrice espagnole Carmen Maura dans le r\u00f4le d\u2019une femme qui veut voir la mer. Le personnage f\u00e9minin ne parle jamais et se limite \u00e0 communiquer avec les gestes. Le film parfois lance des clins d\u2019\u0153il \u00e0 Thelma et Louise. Selon le r\u00e9alisateur le d\u00e9sir de la femme protagoniste de voir la mer symbolise son combat pour se faire entendre, mais ce message est donn\u00e9 plut\u00f4t par un personnage secondaire du film, une fille du village qui s\u2019\u00e9chappe de la maison pour travailler un temps dans un bordel. Recherch\u00e9 comme \u00ab\u00a0disparue\u00a0\u00bb ce qui est fort grave dans un pays en guerre, la fille d\u00e9fend son choix face \u00e0 l\u2019ambiance de son village. L\u2019amalgame subliminal de la libert\u00e9 avec la prostitution nous semble dans le meilleur des cas l\u00e9ger\u2026 trop l\u00e9ger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le gagnant de l\u2019<em>Abrazo<\/em> ou l\u2019accolade du meilleur film a \u00e9t\u00e9 l\u2019argentin <em>\u00ab\u00a0De martes a martes <\/em>\u00bb ou de mardi \u00e0 mardi, r\u00e9alis\u00e9 par Gustavo Trivi\u00f1o. Le film raconte une semaine dans la vie d\u2019un g\u00e9ant taciturne passionn\u00e9 de musculation qui vit une petite vie d\u2019ouvrier pleine d\u2019abus. L\u2019halt\u00e9rophile silencieux se trouve \u00e0 assister \u00e0 un viol d\u2019une jeune fille et arrivera \u00e0 faire justice. La trame peut para\u00eetre banale, mais le film est originel, les images et la colonne sonore accompagnent les \u00e9tats d\u2019\u00e2me des personnages. D\u00e9di\u00e9 aux victimes de viol d\u2019Argentine ce journal visuel d\u2019une semaine a bien m\u00e9rit\u00e9 le premier prix du Festival de Biarritz.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le prix pour la meilleure interpr\u00e9tation f\u00e9minine est all\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0La demora\u00a0\u00bb ou L\u2019attente coproduction du Mexique et d\u2019Uruguay sign\u00e9 par le r\u00e9alisateur Rodrigo Pla et interpr\u00e9t\u00e9 par Roxana Blanco. Il s\u2019agit de l\u2019histoire d\u2019une femme d\u00e9pass\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements qui d\u00e9cide dans un moment de faiblesse d\u2019abandonner le vieux p\u00e8re. Le prix pour l\u2019interpr\u00e9tation f\u00e9minine est bien m\u00e9rit\u00e9 parce que Roxana Blanco nous introduit dans les diff\u00e9rentes dimensions d\u2019une femme seule\u00a0: l\u2019ouvri\u00e8re int\u00e9rimaire dans un contexte de d\u00e9localisation de la production et de conflits syndicaux, la m\u00e8re avec trois petits \u00e0 la charge, la fille d\u2019un p\u00e8re \u00e2g\u00e9 en train de perdre la m\u00e9moire. Le film est \u00e9galement une \u00e9vocation de la difficult\u00e9 de l\u2019accueil des personnes \u00e2g\u00e9s et au m\u00eame temps un \u00e9mouvant rappel de l\u2019importance des relations entre g\u00e9n\u00e9rations diff\u00e9rentes. L\u2019interminable attente du p\u00e8re pour sa fille se terminera parce qu\u2019au fond les petits font comprendre \u00e0 la m\u00e8re qu\u2019ils veulent revoir p\u00e9p\u00e8re \u00e0 la maison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La comp\u00e9tition pour le prix du meilleur documentaire a \u00e9t\u00e9 remport\u00e9e par \u00ab\u00a0El etn\u00f3grafo\u00a0\u00bb de l\u2019argentin Ulises Rosell, l\u2019histoire de John Palmer un ethnographe britannique parti il y a 30 ans \u00e9tudier le peuple wichi de la r\u00e9gion du Chaco \u00e0 la fronti\u00e8re entre Paraguay et Argentine et qui termine par y rester vivre sa vie. L\u2019ethnographe britannique ne \u00ab\u00a0danse pas avec les loups\u00a0\u00bb comme l\u2019avait fait Kevin Kostner dans la peau de cet officier de la chevalerie am\u00e9ricaine qui devient indien, mais il d\u00e9montre que le fantasme de \u00ab\u00a0l\u2019homme blanc\u00a0\u00bb r\u00eavant de se joindre aux \u00ab\u00a0sauvages\u00a0\u00bb est bien vivant pour le meilleur et pour le pire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On disait en ouverture de cette chronique que les protagonistes de cette \u00e9dition du Festival de Biarritz ont \u00e9t\u00e9 les Maya. Deux guides spirituels ayant travaill\u00e9 avec Rigoberta Menchu, le prix Nobel de la paix en 1992, se trouvaient dans la ville basque. Do\u00f1a Faviana et Don Pedro, ont pr\u00e9sent\u00e9 les principes de leur \u00ab\u00a0cosmovision\u00a0\u00bb et ont d\u00e9nonc\u00e9 la commercialisation de leurs croyances. Par rapport \u00e0 la funeste proph\u00e9tie apocalyptique qui pr\u00e9voit la fin du monde le 12\/12\/2012 par exemple, Faviana et Pedro se veulent rassurants \u00ab\u00a0la vie continuera\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Festival de Biarritz confirme la vitalit\u00e9 culturelle d\u2019un continent. Vue d\u2019une Europe en crise, il faut esp\u00e9rer que l\u2019Am\u00e9rique latine tienne bon, et puisse apprendre des erreurs commis de cette cot\u00e9 \u00e0 nous de l\u2019Atlantique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce sens le mot de la fin nous a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9 par un film qui n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 Biarritz, mais \u00e0 Saint-S\u00e9bastien\u00a0: \u00ab\u00a0P\u00e9rou\u00a0: cuisine arme social\u00a0\u00bb, le film raconte le voyage fait par le fameux chef espagnol Ferran Adri\u00e1 dans le pays andin et souligne la red\u00e9couverte de la part de la population de ses produits de la terre, l\u2019essor des produits des diff\u00e9rents terroirs du pays, relate le boom des \u00e9coles de cuisine et l\u2019envie des jeunes de devenir cuisiniers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que la cuisine, comme le cin\u00e9ma d\u2019ailleurs soit in arme sociale nous nous n\u2019en doutons pas. Mais l\u2019image d\u2019une paysannerie heureuse et des jeunes cuisiniers enthousiastes sent un peu le roussi de l\u2019image publicitaire. Sauront-ils les latino-am\u00e9ricains se d\u00e9fendre mieux que les europ\u00e9ens de la malbouffe et de l<em>\u2019agro-business<\/em>, de la dictature de la grande distribution\u00a0? Nous esp\u00e9rons que oui, mais dans la cuisine comme sur le grand \u00e9cran l\u2019enjeu est de durer sur les longs temps.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Festival du cin\u00e9ma et des cultures latino-am\u00e9ricaines de Biarritz s\u2019est distingu\u00e9 cette ann\u00e9e en mettant l\u2019accent \u00a0sur le cin\u00e9ma colombien et un focus sur l\u2019une des plus anciennes et&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/festival-de-biarritz-la-colombie-et-les-maya-en-tete\/\">Lire plus &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":605,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[38],"tags":[159,160,161],"class_list":["post-604","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cinema-critique","tag-festival-de-cinema-de-biarritz","tag-le-cinema-colombien","tag-les-mayas"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/604","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=604"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/604\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/605"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=604"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=604"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=604"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}