{"id":5074,"date":"2025-12-27T18:09:26","date_gmt":"2025-12-27T16:09:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/?p=5074"},"modified":"2026-01-21T19:52:34","modified_gmt":"2026-01-21T17:52:34","slug":"zzzac-la-vie-est-belle","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/zzzac-la-vie-est-belle\/","title":{"rendered":"Zzzac\u00a0: \u00a0La vie est belle\u00a0!"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000000;\"> <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-5075\" src=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/41qJYHgc1aL._SX195_.jpg\" alt=\"\" width=\"195\" height=\"284\" srcset=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/41qJYHgc1aL._SX195_.jpg 195w, http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/41qJYHgc1aL._SX195_-124x180.jpg 124w, http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/41qJYHgc1aL._SX195_-103x150.jpg 103w, http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/41qJYHgc1aL._SX195_-82x120.jpg 82w\" sizes=\"(max-width: 195px) 100vw, 195px\" \/>Hier encore, la dystopie participait de la litt\u00e9rature d\u2019anticipation, voire du conte philosophique. Aujourd\u2019hui, les romans, les films et les s\u00e9ries qui se r\u00e9clament de cette cat\u00e9gorie se rapprochent plus que jamais du r\u00e9alisme fantastique sinon du r\u00e9alisme tout court tant la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9crite dans leurs pages ou sur leurs \u00e9crans est le miroir de notre actualit\u00e9 la plus br\u00fblante. Dans ZZZAC Fr\u00e9d\u00e9ric Castaing pousse le rapprochement un cran plus loin en faisant <em>d\u2019Ystopie,<\/em> un centre de num\u00e9risation qui \u00ab\u2009num\u00e9rise \u00e0 tour de bras\u2009\u00bb ce qui reste encore du patrimoine mondial de l\u2019humanit\u00e9. \u00ab\u2009On comptait fin d\u00e9cembre, quarante-huit guerres humanitaires, huit cent cinquante millions de r\u00e9fugi\u00e9s, un million de morts directes dont cinq cent mille enfants, cinq millions de d\u00e9c\u00e8s indirects dus \u00e0 la malnutrition ou maladies infectieuses et vingt pour cent de terres \u00e9merg\u00e9es contamin\u00e9es par l\u2019uranium appauvri contenu dans les obus\u2009\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">On croirait entendre notre journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. Le tour de force de l\u2019auteur, expert des manuscrits anciens (ce qui n\u2019est pas anodin) consistera \u00e0 fracasser le plafond de verre qui maintient s\u00e9par\u00e9e notre propre actualit\u00e9 du flot des trag\u00e9dies qui secouent le monde. C\u2019est le fameux \u00ab\u2009effet d\u2019apocalypse\u2009\u00bb, marque de de la fiction dystopique dont Evgueni Zamiatine en 1920 avait trac\u00e9 les contours dans son roman,<em>\u2009Nous autres<\/em>, le bien nomm\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Depuis, le roman dystopique a connu de nombreux avatars ou permutations dont les plus connus sont <em>Le meilleur des mondes<\/em>\u00a0d\u2019Aldous Huxley, <em>Fahrenheit\u00a0451<\/em>\u00a0de Ray Bradbury, et bien s\u00fbr <em>1984<\/em> de George Orwell sans parler des d\u00e9clinaisons les plus r\u00e9centes comme <em>la Servante \u00e9carlate<\/em> de Margareth Atwood 1985, <em>Soumission<\/em> de Michel Houellebecq ou <em>2084 <\/em>de Boualem Sansal tous deux parus en 2015 et qui d\u00e9peignent un monde islamis\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Dix ans plus tard, Fr\u00e9d\u00e9ric\u00a0Castaing y ajoute la sienne en pratiquant ce que le philosophe Giorgio Agamben appelle la \u00ab\u2009parodie froide\u2009\u00bb. La parodie froide ou s\u00e9rieuse, qui \u00e9tymologiquement, veut dire, le pas de c\u00f4t\u00e9, \u00ab\u2009ne remets pas en question, comme le fait la fiction, la r\u00e9alit\u00e9 de son objet \u2014 au contraire, il est tellement insupportablement r\u00e9el qu\u2019il s\u2019agit, bien plus plut\u00f4t, de le tenir \u00e0 distance\u2009\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Ce r\u00e9el insupportable, monstrueux, Castaing le tient \u00e0 distance au double sens du terme puisqu\u2019il en fait un journal vol\u00e9 dans la maison que l\u2019auteur, un vieil homme, aurait abandonn\u00e9 lorsqu\u2019il dispara\u00eet en nageant dans la mer. Incipit on ne peut plus litt\u00e9raire dans le droit fil du roman picaresque. D\u2019embl\u00e9e l\u2019auteur pr\u00e9sum\u00e9 et son \u00e9poque\u00a0sont donn\u00e9s comme lointains et fabuleux. Or ce temps imaginaire n\u2019est autre que le n\u00f4tre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le roman-journal commence \u00e0 la veille de l\u2019hiver, un 18\u00a0d\u00e9cembre, et se termine deux ans plus tard presque jour pour jour en comptant les heures. Dans l\u2019intervalle se d\u00e9ploie la vie de son narrateur, le \u00ab\u2009professeur\u2009\u00bb, qui vient tout juste de sortir d\u2019une cellule de neuf m2 apr\u00e8s dix ann\u00e9es d\u2019emprisonnement pour apologie du terrorisme. Il est lib\u00e9r\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019influence d\u2019une personnalit\u00e9 haut plac\u00e9e et pas des moindres, c\u2019est la ministre de la Culture et de la mode, \u00ab\u2009une belle femme \u00e9nergique, lunettes rouges, sneakers rouge sang\u2009\u00bb qui le fait d\u00e9corer de la L\u00e9gion d\u2019honneur par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique lui confie la direction de l\u2019institut de num\u00e9risation et dans la foul\u00e9e en fait son amant. Le professeur qui, curieusement on ne sait jamais l\u2019\u00e2ge exact, consent sans mot dire. A-t-il des sentiments pour sa patronne\u2009? Pas s\u00fbr. Les liens \u00e9troits qui les rattachent l\u2019un \u00e0 l\u2019autre sont d\u2019un autre nature\u00a0: un pass\u00e9 commun.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Celui-ci surgit toujours inopin\u00e9ment comme chez Winston Smith dans 1984, tel un paradis perdu. Une phrase l\u2019annonce \u00e9nigmatique comme un mantra. \u00ab\u2009zzac\u00a0: les doigts dans la prise\u2009\u00bb. L\u2019\u00e9lectrocution est aussi une mani\u00e8re de s\u2019absenter du pr\u00e9sent et d\u2019entrer violemment de plain-pied dans le souvenir. \u00ab\u2009Qu\u2019est-ce qui ne va pas\u2009? \u2026 J\u2019ai mal au ventre, madame\u2026 c\u2019est la troisi\u00e8me fois en deux mois, vous exag\u00e9rerez. Vos parents sont \u00e0 Champhol\u2009?&#8230; Elle me laisse avec un thermom\u00e8tre que je pose sur le radiateur\u2026\u00a039,8, comme la semaine derni\u00e8re\u2026 Mes respects monsieur le maire\u2026 Et je m\u2019allonge dans ce lit refuge\u2026\u2009\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Car la m\u00e9moire de l\u2019enfance demeure le seul rep\u00e8re dans l\u2019actualit\u00e9 d\u2019un monde sans dessous dessus. Si les sentiments sont incongrus\u2009; les personnages, eux, sont r\u00e9duits \u00e0 leurs allures ou leur fonction \u2014 le grand-dadais, l\u2019\u00e9vanescente, le linguiste, la ministre, la gamine\u00a0: Ils n\u2019ont pas de noms\u00a0: \u00c0 quoi cela servirait-il la r\u00e9alit\u00e9 change si vite, comme la mode\u00a0: \u00ab\u2009Sur le Pont-Neuf, ils ont remplac\u00e9 la statue d\u2019Henri\u00a0IV par une montagne de smartphones compress\u00e9s\u2009; devant la Samaritaine, un gigantesque sac de luxe en dur flirte avec le dernier \u00e9tage du magasin, et un gorille, facette bleue, est accroch\u00e9 \u00e0 la tour Eiffel\u2026 Une tulipe g\u00e9ante qui clignote surplombe un petit square\u2009\u00bb. C\u2019est notre r\u00e9alit\u00e9 qui est d\u00e9crite comme un film d\u2019\u00e9pouvante dont nous serions les spectateurs sid\u00e9r\u00e9s par les sc\u00e8nes banales et grotesques que l\u2019actualit\u00e9 (p\u00e9nuries, guerres, manipulations, hold-up, escroqueries, r\u00e9voltes, r\u00e9pressions\u2026) nous injecte. De quoi vomir. Et le h\u00e9ros narrateur vomit plus souvent qu\u2019\u00e0 son tour \u00e0 cause la ti\u00e9deur qui s\u2019installe imperceptiblement\u2026<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Car \u00e0 la diff\u00e9rence des discours dystopiques pr\u00e9c\u00e9dents mettant en cause le totalitarisme induit par une forme d\u2019id\u00e9ologie \u2014 soit le capitalisme, le communisme, le masculinisme o\u00f9 l\u2019islamisme, \u2014 ici nulle id\u00e9ologie apparente. Celle-ci s\u2019est fondue dans la masse comme fond la banquise\u2026, nul horizon d\u2019attente n\u2019est propos\u00e9. L\u2019id\u00e9ologie fonctionne \u00e0 vide dans sa forme chimiquement pure, id\u00e9ologie d\u00e9sid\u00e9ologis\u00e9e, sid\u00e9ration d\u00e9sid\u00e9rante qui nous donne \u00e0 voir notre propre vacuit\u00e9 qui n\u2019est plus un horizon lointain, mais un \u00e9ternel pr\u00e9sent avec ses guerres plus nombreuses et sanguinaires, ses jacqueries, ses IA, ses ch\u00f4mages, ses r\u00e9pressions, ses p\u00e9nuries, ses r\u00e9pressions, ses injonctions\u2026\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><em>La vie est belle\u2009<\/em>de Frank Capra sorti en 1946, a aussi sa variante dystopique r\u00e9alis\u00e9e un demi-si\u00e8cle plus tard par Roberto\u00a0Begnigni. Ce dernier y joue le r\u00f4le d\u2019un p\u00e8re juif italien. Emprisonn\u00e9 avec son jeune fils dans un camp de la mort, il entend le distraire et ainsi le sauver en lui faisant croire qu\u2019ils se trouvent tous deux enferm\u00e9s dans une vaste com\u00e9die loufoque. Dans l\u2019original de 1946 toutefois il y a \u00e9galement une sc\u00e8ne dystopique o\u00f9 George, le personnage principal, endett\u00e9 et d\u00e9prim\u00e9, d\u00e9cide de mettre fin \u00e0 ses jours\u2009; il voit par l\u2019intercession de son ange gardien\u2009; ce que serait devenue sa ville si lui-m\u00eame n\u2019avait pas exist\u00e9. Cette r\u00e9v\u00e9lation lui dessille les yeux et peut donc affronter sereinement la r\u00e9alit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Dans <em>Zzzac <\/em>Il ne reste que le pass\u00e9\u00a0: \u00ab\u2009Le dimanche \u00e0 Champhol, j\u2019ai mon arbre. Un sapin majestueux ajust\u00e9 aux branches comme une \u00e9chelle, qui jouxte la maison. Je grimpe jusqu\u2019au dernier barreau et je reste des heures \u00e0 l\u2019abri.\u2009\u00bb<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Hier encore, la dystopie participait de la litt\u00e9rature d\u2019anticipation, voire du conte philosophique. 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