{"id":498,"date":"2012-05-17T15:37:46","date_gmt":"2012-05-17T13:37:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/?p=498"},"modified":"2014-05-05T13:59:54","modified_gmt":"2014-05-05T11:59:54","slug":"les-langues-africaines-loral-et-lecrit","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/les-langues-africaines-loral-et-lecrit\/","title":{"rendered":"Les langues africaines : l\u2019\u00e9chec du passage \u00e0 l\u2019\u00e9crit"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em> <a href=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/afrique-carte.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-502\" title=\"afrique carte\" src=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/afrique-carte.jpg\" alt=\"c\" width=\"264\" height=\"176\" \/><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Par <strong>G\u00e9rard Galtier<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Cet article assez critique sur les politiques men\u00e9es en faveur des langues africaines est\u00a0suivi d\u2019un autre article : \u00ab\u00a0Le cas de Mayotte\u00a0\u00bb. L\u2019auteur,\u00a0G\u00e9rard Galtier, est professeur au d\u00e9partement Afrique de l\u2019Inalco (Paris). La r\u00e9f\u00e9rence du texte d\u2019origine figure au bas de l\u2019article. Courriel : gerardgaltier@noos.fr<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question des langues en Afrique peut \u00eatre abord\u00e9e de multiples mani\u00e8res. Il existe d&rsquo;abord les langues officielles (exemples, le fran\u00e7ais au Mali, l&rsquo;anglais et le swahili en Tanzanie)\u00a0; ce sont g\u00e9n\u00e9ralement des langues europ\u00e9ennes parfois associ\u00e9es \u00e0 des langues africaines. Il existe aussi les diverses langues maternelles (exemple, le s\u00e9r\u00e8re au S\u00e9n\u00e9gal). Il existe enfin des langues africaines de grande extension adopt\u00e9es comme moyen d\u2019intercommunication par des communaut\u00e9s diff\u00e9rentes. On les appelle souvent \u00ab\u00a0langues v\u00e9hiculaires\u00a0\u00bb (exemple, le wolof au S\u00e9n\u00e9gal, qui est parl\u00e9 dans tout le pays, y compris en Casamance).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est essentiellement dans les pays anglophones que les langues africaines ont un statut officiel (exemple, le tswana au Botswana). Dans les pays francophones, le fran\u00e7ais est g\u00e9n\u00e9ralement la seule langue officielle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant aux \u00ab\u00a0langues v\u00e9hiculaires\u00a0\u00bb, elles se sont r\u00e9pandues soit parce qu&rsquo;elles \u00e9taient les langues d&rsquo;anciens royaumes de la p\u00e9riode pr\u00e9-coloniale (l&rsquo;ancien Mali ou l&rsquo;ancien Kongo), soit parce qu&rsquo;elles \u00e9taient des langues commerciales utilis\u00e9es par les n\u00e9gociants sur les march\u00e9s (le swahili), soit parce qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es par les arm\u00e9es des pouvoirs coloniaux (le lingala au Congo-Kinshasa), soit parce qu&rsquo;elles \u00e9taient la langue de la capitale des nouveaux Etats africains, soit plusieurs de ces raisons \u00e0 la fois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi ces langues v\u00e9hiculaires, on peut citer\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 A l&rsquo;ouest, le wolof qui se r\u00e9pand dans tout le S\u00e9n\u00e9gal, car il est la langue majoritaire du pays et celle de la capitale, Dakar.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Puis le mandingue (bambara du Mali, malink\u00e9 de Guin\u00e9e, dioula du B.F et de C.I.), qui continue \u00e0 se propager. Ce fut la langue de grands empires ou royaumes dans le pass\u00e9\u00a0; c&rsquo;est une langue commerciale au Burkina Faso et en C\u00f4te d&rsquo;ivoire\u00a0; c&rsquo;\u00e9tait la langue la plus utilis\u00e9e dans les troupes coloniales fran\u00e7aises\u00a0; c&rsquo;est la langue de Bamako, la capitale du Mali.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Le haoussa, qui est son \u00e9quivalent plus \u00e0 l&rsquo;Est. Il n&rsquo;a pas encore achev\u00e9 son expansion et tend \u00e0 recouvrir l&rsquo;ensemble du Niger et tout le Nord-Nigeria.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Le sango, qui est la langue v\u00e9hiculaire de la Centrafrique. Il s&rsquo;est form\u00e9 \u00e0 partir du yakoma (ou ngbandi) qui \u00e9tait pratiqu\u00e9 par les riverains du fleuve Oubangui et \u00e9tait devenu une langue commerciale. Il fut adopt\u00e9 par les militaires de l&rsquo;arm\u00e9e coloniale fran\u00e7aise et se r\u00e9pandit dans tout le territoire de la Centrafrique et m\u00eame au sud du Tchad. Le sango est la langue courante de Bangui, la capitale de la Centrafrique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 De m\u00eame, le lingala qui \u00e9tait une langue pratiqu\u00e9e par les riverains du fleuve Congo au nord de Brazzaville et Kinshasa. Il fut encourag\u00e9 par les autorit\u00e9s belges en tant que langue commune des forces arm\u00e9es. Actuellement, le lingala est la langue courante de Kinshasa et d&rsquo;une grande partie de Brazzaville, ce qui favorise son expansion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Le swahili, qui \u00e9tait la langue de Zanzibar et de la c\u00f4te orientale de l&rsquo;Afrique. Il \u00e9tait utilis\u00e9 comme langue commerciale avant la colonisation\u00a0; par la suite, il fut encourag\u00e9 par diff\u00e9rentes puissances coloniales, ce qui a permis son extension actuelle. D&rsquo;autant que le gouvernement de la Tanzanie (gr\u00e2ce au pr\u00e9sident Nyerere) a adopt\u00e9 une position de soutien syst\u00e9matique au swahili. Cela fut favoris\u00e9 par le fait que les autres langues de la Tanzanie n&rsquo;\u00e9taient pas assez importantes num\u00e9riquement pour le concurrencer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les langues v\u00e9hiculaires s&rsquo;imposent comme moyen de communication privil\u00e9gi\u00e9 dans les grandes villes de l\u2019Afrique noire moderne. Ces m\u00eames langues se diffusent, par la suite, dans les campagnes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut, par ailleurs, citer le peul qui est une langue tr\u00e8s r\u00e9pandue, \u00e0 cause des migrations de ses locuteurs, des pasteurs nomades qui avaient cr\u00e9\u00e9 de nombreux Etats dans l&rsquo;Afrique occidentale pr\u00e9coloniale. Mais le d\u00e9veloppement actuel du peul est entrav\u00e9 par le fait qu&rsquo;il se retrouve g\u00e9n\u00e9ralement en concurrence avec d&rsquo;autres langues africaines, et qu&rsquo;il ne constitue la langue commune d\u2019aucune capitale africaine. Le peul a donc essentiellement un r\u00f4le de langue r\u00e9gionale, par exemple au Nord-Cameroun.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9ducation<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous la colonisation, il y eut deux politiques linguistiques diff\u00e9rentes selon les Etats colonisateurs. On peut distinguer la politique \u00ab\u00a0latine\u00a0\u00bb et la politique \u00ab\u00a0germanique\u00a0\u00bb. La politique latine fut celle des Fran\u00e7ais et des Portugais\u00a0; la politique germanique fut celle des Anglais, des Belges, des Blancs d&rsquo;Afrique du Sud et des Allemands.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La politique latine, pratiqu\u00e9e par les Fran\u00e7ais et les Portugais, consistait \u00e0 n&rsquo;utiliser que la langue europ\u00e9enne dans l&rsquo;\u00e9ducation scolaire et l&rsquo;administration. C&rsquo;est-\u00e0-dire que la seule langue \u00e9crite \u00e9tait le fran\u00e7ais ou le portugais. Les langues africaines restaient exclusivement orales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La politique germanique, pratiqu\u00e9e par les Anglais, les Belges, les Blancs d&rsquo;Afrique du Sud et les Allemands, consistait \u00e0 associer les langues africaines et les langues europ\u00e9ennes. Dans les \u00e9chelons de base, les langues africaines \u00e9taient privil\u00e9gi\u00e9es, que ce soit dans l&rsquo;\u00e9ducation primaire ou dans l&rsquo;administration locale. Par ailleurs, on favorisa certaines langues qui semblaient \u00eatre en expansion ou num\u00e9riquement plus importantes. C&rsquo;est ainsi que les Belges choisirent quatre langues africaines pour leur colonie du Congo\u00a0: le kikongo, le lingala, le tshiluba et le swahili. Le fran\u00e7ais \u00e9tait peu utilis\u00e9 par les Belges, d&rsquo;autant que la majorit\u00e9 des missionnaires et des colons \u00e9taient flamands.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au moment de l&rsquo;ind\u00e9pendance, les anciennes colonies fran\u00e7aises gard\u00e8rent le fran\u00e7ais comme langue administrative et d&rsquo;enseignement pour diff\u00e9rentes raisons\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Les nouvelles \u00e9lites \u00e9taient scolaris\u00e9es en fran\u00e7ais, et elles \u00e9taient plus d\u00e9sireuses de diffuser la science moderne que de pr\u00e9server les cultures africaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Le mod\u00e8le \u00e0 imiter \u00e9tait la France. La priorit\u00e9 \u00e9tait donc d&rsquo;adopter la langue fran\u00e7aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Il existait souvent plusieurs langues africaines concurrentes entre lesquelles il semblait difficile de choisir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Les langues africaines n&rsquo;\u00e9taient pas assez \u00e9tudi\u00e9es ou codifi\u00e9es pour permettre leur enseignement ou leur utilisation officielle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">De leur c\u00f4t\u00e9, les nouvelles autorit\u00e9s du Congo belge (devenu Za\u00efre par la suite) choisirent d&rsquo;abandonner les langues africaines en faveur du fran\u00e7ais, car elles estimaient que les colonisateurs avaient utilis\u00e9 ces langues pour maintenir les populations locales dans l&rsquo;ignorance et le sous-d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 60, la politique linguistique est donc g\u00e9n\u00e9ralement identique dans les pays francophones d&rsquo;Afrique (qu&rsquo;ils aient \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9s par la France ou la Belgique)\u00a0: le fran\u00e7ais est la seule langue utilis\u00e9e dans l\u2019administration et l&rsquo;enseignement officiel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame, les pays lusophones, apr\u00e8s leur ind\u00e9pendance, utiliseront presque uniquement le portugais comme langue administrative et d&rsquo;enseignement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les pays anglophones, l&rsquo;Afrique du Sud et la Namibie continueront pour leur part \u00e0 associer les langues africaines et l&rsquo;anglais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, dans les pays francophones, on s&rsquo;est aper\u00e7u au cours des ann\u00e9es que l&rsquo;utilisation exclusive du fran\u00e7ais dans l&rsquo;enseignement causait de graves difficult\u00e9s. En effet, les personnes scolaris\u00e9es en fran\u00e7ais se retrouvaient d\u00e9cultur\u00e9es par rapport \u00e0 leur milieu d&rsquo;origine et, lorsqu&rsquo;elles avaient bien r\u00e9ussi leurs \u00e9tudes, elles voulaient quitter le village pour la ville afin d\u2019obtenir des postes de fonctionnaires. On s&rsquo;est aper\u00e7u que l&rsquo;utilisation exclusive du fran\u00e7ais comme langue officielle et d&rsquo;enseignement est un facteur de sous-d\u00e9veloppement\u00a0: elle provoque l&rsquo;exode rural et d\u00e9truit l&rsquo;\u00e9conomie locale. En fait, les personnes bien scolaris\u00e9es sont tr\u00e8s souvent improductives (que ce soit des fonctionnaires ou des ch\u00f4meurs)\u00a0; les v\u00e9ritables producteurs (paysans, p\u00eacheurs et artisans) sont soit illettr\u00e9s, soit mal scolaris\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9ducation vise en principe \u00e0 apporter \u00e0 l&rsquo;enfant des connaissances et une formation qui lui permettront de devenir un adulte responsable et autonome. Mais l&rsquo;\u00e9ducation scolaire en Afrique francophone, bien souvent, ce n&rsquo;est pas \u00e7a. C&rsquo;est essentiellement apprendre la langue fran\u00e7aise, et r\u00e9citer ses le\u00e7ons par c\u0153ur sans les comprendre. L&rsquo;ensemble du syst\u00e8me \u00e9ducatif est copi\u00e9 sur le mod\u00e8le fran\u00e7ais et il forme des personnes qui veulent ressembler \u00e0 des Fran\u00e7ais, mais non des personnes qui font \u00e9voluer leur milieu de l&rsquo;int\u00e9rieur en se fondant sur les r\u00e9alit\u00e9s locales. Le but pratique des \u00e9tudes scolaires est essentiellement d&rsquo;obtenir des postes de fonctionnaires, et vu que d\u00e9sormais il n&rsquo;en reste plus, l&rsquo;Afrique noire est remplie de ch\u00f4meurs dipl\u00f4m\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les pays africains qui sont les plus scolaris\u00e9s et o\u00f9 l&rsquo;on conna\u00eet le mieux le fran\u00e7ais sont en fait les plus d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s. C&rsquo;est le cas du Congo-Brazzaville qui a connu des guerres civiles et des massacres inou\u00efs ces derni\u00e8res ann\u00e9es (notamment en 1999).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut encore remarquer que la non-utilisation des langues africaines emp\u00eache les notions modernes de p\u00e9n\u00e9trer dans la vie de tous les jours, contrairement aux pays asiatiques o\u00f9 la modernit\u00e9 s&rsquo;int\u00e8gre dans les cultures locales. Par exemple, les programmes visant \u00e0 filtrer l&rsquo;eau, les campagnes de lutte contre l&rsquo;excision ou le sida, ou les actions en faveur de la protection de l&rsquo;environnement sont totalement inefficaces si elles sont men\u00e9es en fran\u00e7ais et non dans les langues locales. Elles apparaissent aux yeux des populations comme une lubie des \u00e9trangers, et on dit \u00ab\u00a0oui-oui\u00a0\u00bb pour ne pas avoir d&rsquo;histoires et obtenir une aide financi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est vrai maintenant que les Africains souhaitent eux-m\u00eames conna\u00eetre des langues europ\u00e9ennes afin de s&rsquo;ouvrir sur le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;id\u00e9al serait donc d&rsquo;associer les langues africaines et une langue internationale telle que le fran\u00e7ais. C&rsquo;est une id\u00e9e qui est souvent \u00e9voqu\u00e9e dans les pays francophones. Il y a eu des tentatives dans ce sens dans certains pays africains. En particulier au Mali, pays o\u00f9 il y a des programmes d&rsquo;alphab\u00e9tisation en langues africaines et des classes primaires exp\u00e9rimentales. Cependant, ces projets sont, en partie, des \u00e9checs pour des raisons rarement \u00e9voqu\u00e9es, qui sont expos\u00e9es ci-dessous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des alphabets modernes en caract\u00e8res latins ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7us depuis une trentaine ou une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es pour \u00e9crire les langues africaines des pays francophones (notamment au Mali). Or, ces alphabets ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7us par des personnes ayant une triple caract\u00e9ristique\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 C&rsquo;\u00e9taient des sp\u00e9cialistes de linguistique, qui utilisaient syst\u00e9matiquement l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international pour transcrire les langues africaines, comme on leur avait appris durant leur cursus universitaire. Alors que cet alphabet a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour faire des recherches de phon\u00e9tique et non pour cr\u00e9er des alphabets. Le r\u00e9sultat est que la majorit\u00e9 des langues africaines des pays francophones sont \u00e9crites avec des caract\u00e8res phon\u00e9tiques sp\u00e9ciaux qui sont absents de la plupart des polices de caract\u00e8res en usage chez les imprimeurs et sur Internet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Ces linguistes \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9nu\u00e9s de tout sens pratique. Ils ne connaissaient rien aux techniques de la presse, de l&rsquo;\u00e9dition et de l&rsquo;imprimerie, et ils s\u2019imaginaient que les industriels allaient construire du mat\u00e9riel d\u2019impression conforme \u00e0 leurs d\u00e9sirs et leurs directives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 C\u2019\u00e9taient souvent des nationalistes culturels qui voulaient totalement rompre avec l&rsquo;influence fran\u00e7aise, et qui donc ne se posaient pas le probl\u00e8me de la coexistence du fran\u00e7ais et des langues africaines (paradoxalement, ils furent soutenus par certains milieux politiques qui voulaient entraver l\u2019usage \u00e9crit des langues africaines et les cantonner dans le simple domaine de la recherche universitaire).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9sultat est que le syst\u00e8me graphique con\u00e7u pour les langues africaines est parfois si \u00e9loign\u00e9 du fran\u00e7ais, qu&rsquo;un bachelier est incapable de lire sa propre langue maternelle, qu&rsquo;il n&rsquo;arrive pas \u00e0 reconna\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour qu&rsquo;il y ait un d\u00e9veloppement des langues africaines, il faut des syst\u00e8mes graphiques plus proches des conventions habituelles de l&rsquo;alphabet latin, de fa\u00e7on \u00e0 ce que les personnes scolaris\u00e9es puissent avoir acc\u00e8s directement \u00e0 ces langues sans nouvel apprentissage, et de fa\u00e7on \u00e0 ce que les \u00e9diteurs et imprimeurs locaux puissent travailler sans probl\u00e8me. Quant aux paysans qui ont suivi des programmes d&rsquo;alphab\u00e9tisation dans leurs langues maternelles, ils peuvent \u00eatre capables d&rsquo;\u00e9crire des lettres personnelles\u00a0; mais ils n&rsquo;ont aucun livre \u00e0 lire, vu que les \u00e9diteurs et les imprimeurs ont trop de difficult\u00e9s \u00e0 publier dans ces langues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019une des raisons du succ\u00e8s du swahili en Afrique orientale est justement que sa graphie ne cr\u00e9e pas une rupture insurmontable avec celle de l&rsquo;anglais. Il est facile d&rsquo;\u00eatre alphab\u00e9tis\u00e9 en swahili et de passer ensuite \u00e0 l&rsquo;anglais. En ce qui concerne les langues africaines, un pays anglophone tel que la Tanzanie montre la voie \u00e0 suivre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les ann\u00e9es 1990 au Mali, sous la pr\u00e9sidence d&rsquo;Alpha Oumar Konar\u00e9, il y eut une tentative de r\u00e9former le syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9ducation primaire, selon deux principes\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Faire un enseignement adapt\u00e9 aux r\u00e9alit\u00e9s locales et fournissant des connaissances pratiques utiles, qui ne soient pas purement livresques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Associer la langue africaine locale et la langue fran\u00e7aise, avec passage progressif de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette r\u00e9forme a \u00e9t\u00e9 un \u00e9chec complet. D&rsquo;abord pour les raisons que l\u2019on vient d&rsquo;expliquer (l&rsquo;incompatibilit\u00e9 entre les alphabets officiels africains et le syst\u00e8me fran\u00e7ais). Ensuite, pour d&rsquo;autres raisons :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 L&rsquo;opposition des instituteurs qui avaient le sentiment que leur profession \u00e9tait rabaiss\u00e9e, si on leur demandait d&rsquo;enseigner les langues africaines. Cela les remettait totalement en cause.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 L&rsquo;opposition des parents d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves pour qui le but de l&rsquo;\u00e9cole \u00e9tait effectivement d&rsquo;apprendre le fran\u00e7ais, moyen de promotion sociale (m\u00eame illusoire).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Le fait que simultan\u00e9ment Alpha Oumar Konar\u00e9 essayait d&rsquo;introduire Internet un peu partout, alors qu&rsquo;il est impossible d&rsquo;\u00e9crire les langues africaines sur un email avec la transcription qui avait \u00e9t\u00e9 choisie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 La difficult\u00e9 d&rsquo;imprimer dans les langues africaines avec le syst\u00e8me officiel du Mali.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si, dans l&rsquo;enseignement scolaire, l&rsquo;on veut associer le fran\u00e7ais et les langues africaines, de fa\u00e7on harmonieuse, il est indispensable de repenser le syst\u00e8me graphique de ces langues et il faut cesser de les consid\u00e9rer avec m\u00e9pris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais actuellement, la situation est totalement bloqu\u00e9e. En fait, elle ne fait qu&#8217;empirer. Partout, on dit qu&rsquo;il faut plus d&rsquo;\u00e9ducation pour sauver l&rsquo;Afrique. Mais si le syst\u00e8me scolaire n&rsquo;\u00e9volue pas, plus il y aura d&rsquo;\u00e9cole, plus y aura de ch\u00f4meurs dipl\u00f4m\u00e9s. Et plus il y aura de ch\u00f4meurs dipl\u00f4m\u00e9s, plus il y aura de guerres civiles, pour s&#8217;emparer des quelques malheureux postes de fonctionnaires (comme on l&rsquo;a vu au Congo-Brazzaville, et comme on le voit maintenant en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Les probl\u00e8mes pos\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9dition par la graphie des langues africaines<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Prenons comme premier exemple n&rsquo;importe quel magazine du Kenya ou de Tanzanie, \u00e9crit en swahili. On constate qu&rsquo;il ne pose aucun probl\u00e8me d&rsquo;impression.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Prenons ensuite un petit journal \u00e9crit en \u00e9w\u00e9 litt\u00e9raire du Togo et produit par le service de l&rsquo;Alphab\u00e9tisation de ce pays. Cela semble tr\u00e8s africain avec tous ces jolis caract\u00e8res termin\u00e9s par des boucles\u00a0; mais il est clair qu&rsquo;une telle graphie emp\u00eache toute utilisation r\u00e9elle de l&rsquo;\u00e9w\u00e9, \u00e0 part dans des secteurs tr\u00e8s marginaux. Certes, l&rsquo;on dira que l&rsquo;existence de ce journal prouve <em>ipso facto<\/em> qu&rsquo;il est possible d&rsquo;avoir une production litt\u00e9raire utilisant les caract\u00e8res phon\u00e9tiques. Mais c&rsquo;est parce qu&rsquo;effectivement il existe une imprimerie officielle au Togo poss\u00e9dant ces caract\u00e8res\u00a0; or, ce n&rsquo;est pas le cas de l&rsquo;ensemble des autres imprimeries, qui sont des entreprises priv\u00e9es peu int\u00e9ress\u00e9es par le militantisme culturel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Prenons maintenant tel ouvrage sur la culture du B\u00e9nin \u00e9crit par un ancien cadre de l&rsquo;Agence de la Francophonie et publi\u00e9 aux \u00e9ditions Pr\u00e9sence Africaine. A la fin de cet ouvrage, figure un tableau de l&rsquo;alphabet des langues nationales du B\u00e9nin. Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;on constate\u00a0? C&rsquo;est que tous les caract\u00e8res phon\u00e9tiques ont saut\u00e9. Pr\u00e9sence Africaine et l&rsquo;Agence de la Francophonie qui pr\u00e9tendent travailler pour les langues africaines sont incapables d&rsquo;imprimer sur une page les sept ou huit caract\u00e8res phon\u00e9tiques dont elles font la promotion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Prenons enfin tel livre de contes sonink\u00e9 publi\u00e9 par une linguiste tr\u00e8s connue. Il existe un caract\u00e8re sp\u00e9cial phon\u00e9tique en sonink\u00e9 (le N\u00a0v\u00e9laire). L\u00e0 aussi, cette linguiste a \u00e9t\u00e9 incapable de faire \u00e9diter correctement son ouvrage, et le N\u00a0v\u00e9laire est remplac\u00e9 par un dessin un peu bizarre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9sespoir de cause, tournons-nous vers l&rsquo;Unesco qui a propos\u00e9 en 1980 un \u00ab\u00a0Alphabet africain de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0\u00bb, suite \u00e0 une r\u00e9union tenue \u00e0 Niamey. Cet alphabet pr\u00e9sente cinq vari\u00e9t\u00e9s de \u00ab\u00a0d\u00a0\u00bb\u00a0: d\u00a0normal, d\u00a0emphatique, d\u00a0r\u00e9troflexe, d\u00a0implosif, d\u00a0spirant. Alors, on s&rsquo;attendrait \u00e0 ce que l&rsquo;Unesco fasse la promotion de ce syst\u00e8me si complet. Justement, en 1995, l&rsquo;Unesco a \u00e9dit\u00e9 une <em>Anthologie de la po\u00e9sie d&rsquo;Afrique au sud du Sahara<\/em> o\u00f9 devaient figurer des po\u00e9sies en de nombreuses langues africaines, avec la traduction en fran\u00e7ais. Or, que s&rsquo;est-il pass\u00e9\u00a0? Le service \u00e9dition de l&rsquo;Unesco a jug\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait trop compliqu\u00e9 d&rsquo;imprimer des textes en langues africaines \u00e0 cause de la pr\u00e9sence des caract\u00e8res phon\u00e9tiques. Seules les traductions en fran\u00e7ais ont donc \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9es. Conclusion\u00a0: l&rsquo;Unesco est incapable d&rsquo;appliquer les d\u00e9cisions qu&rsquo;elle a elle-m\u00eame prises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;un magazine africain de mode tel que <em>Divas<\/em> ne peut pas \u00eatre publi\u00e9 actuellement dans une langue africaine. Si l&rsquo;on persiste \u00e0 vouloir utiliser les caract\u00e8res phon\u00e9tiques, on ne pourra jamais faire mieux qu&rsquo;imprimer des petites brochures d&rsquo;un style m\u00e9diocre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, les diverses propositions faites par des sp\u00e9cialistes en informatique pour encoder les caract\u00e8res phon\u00e9tiques ne font que cr\u00e9er de faux espoirs (\u00e0 la suite, notamment, du \u00ab\u00a0Sommet mondial sur la soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;information\u00a0\u00bb de Tunis en novembre 2005). Lorsqu\u2019elles sont appliqu\u00e9es dans deux ou trois polices de caract\u00e8res, elles contribuent \u00e0 maintenir les langues africaines dans une sorte de ghetto ethnologique \u00e0 l&rsquo;usage de quelques africanistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On constate justement une offensive de certaines soci\u00e9t\u00e9s telles que Microsoft qui proposent des polices de caract\u00e8res phon\u00e9tiques \u00ab\u00a0adapt\u00e9es\u00a0\u00bb aux langues africaines. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une pure action publicitaire visant \u00e0 conqu\u00e9rir de nouveaux march\u00e9s en Afrique. L\u2019achat et l\u2019utilisation de quelques polices de caract\u00e8res phon\u00e9tiques par une administration ne peuvent que saboter une politique de promotion des langues africaines. En effet, la plupart des usagers ne poss\u00e8dent pas ces polices sp\u00e9ciales et estiment suffisant d\u2019utiliser les centaines de polices d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes sur leurs ordinateurs. Lorsqu\u2019un exp\u00e9diteur \u00e9crira, de bonne foi, un email contenant des lettres phon\u00e9tiques, le destinataire recevra dans presque tous les cas un message o\u00f9 ces caract\u00e8res auront \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des petits carr\u00e9s, des points d\u2019interrogation ou des hi\u00e9roglyphes divers et vari\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<h1 style=\"text-align: justify;\">Conclusion g\u00e9n\u00e9rale<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">La conclusion \u00e0 laquelle nous arrivons est \u00e9vidente. Il est indispensable d&rsquo;associer le fran\u00e7ais et les langues africaines dans l&rsquo;\u00e9ducation scolaire comme dans les autres secteurs. Mais, pour que cela soit possible, il est n\u00e9cessaire que l&rsquo;on r\u00e9forme l\u00e9g\u00e8rement les alphabets des langues africaines en supprimant les caract\u00e8res phon\u00e9tiques et en les rempla\u00e7ant par des caract\u00e8res latins normaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, il est probable que si les langues africaines se d\u00e9veloppent dans l&rsquo;usage \u00e9crit, il y aura de nombreuses publications avec des m\u00e9langes de langues (europ\u00e9ennes et africaines). Il ne faut donc pas cr\u00e9er des syst\u00e8mes graphiques trop antagonistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;on arrive \u00e0 simplifier la graphie des langues africaines, il sera possible de cr\u00e9er une interface entre elles et les langues europ\u00e9ennes, et de d\u00e9velopper une collaboration mutuelle. Tout le syst\u00e8me scolaire s&rsquo;en trouvera am\u00e9lior\u00e9. Il sera alors possible d&rsquo;avoir une \u00e9ducation scolaire qui ne coupe plus l&rsquo;enfant de son milieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les seuls pays africains o\u00f9 il existe actuellement une utilisation r\u00e9elle et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des langues locales dans l\u2019\u00e9ducation et l\u2019administration sont les Etats anglophones de la zone bantou. Leurs langues nationales se contentent des caract\u00e8res latins normaux et, gr\u00e2ce \u00e0 cela, elles sont aussi largement pr\u00e9sentes sur des sites Internet. Il s\u2019agit de pays tels que la Tanzanie, le Kenya, le Zimbabwe ou le Botswana. Esp\u00e9rons qu\u2019ils serviront de mod\u00e8les aux pays francophones.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>2e partie<\/em><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le cas de la transcription des langues de Mayotte<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00eele de Mayotte poss\u00e8de deux langues maternelles locales\u00a0: le shimaore, langue bantou, tr\u00e8s proche du shindzuani d&rsquo;Anjouan (deux tiers de la population)\u00a0; le kibushi, vari\u00e9t\u00e9 de malgache apparent\u00e9e au sakalave (un tiers de la population). En outre, les locuteurs kibushi pratiquent g\u00e9n\u00e9ralement le shimaore en seconde langue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les langues de Mayotte sont maintenant bien \u00e9tudi\u00e9es. Parmi les principaux travaux, il faut notamment citer la th\u00e8se de doctorat de Marie-Fran\u00e7oise Rombi, <em>Premi\u00e8re approche du parler Shimaore de la langue comorienne<\/em> (Universit\u00e9 de Paris II, 1981, S\u00e9laf, 1983), le <em>Lexique du dialecte malgache de Mayotte<\/em> de No\u00ebl-Jacques Gueunier (Inalco, 1986), ainsi que la th\u00e8se de doctorat de Haladi Madi, <em>Contribution \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;une description de r\u00e9f\u00e9rence du shimaor\u00e9<\/em> (Universit\u00e9 Lumi\u00e8re &#8211; Lyon II, 2005).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon ce qui a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, l&rsquo;orthographe des langues de Mayotte (shimaore et kibushi) doit respecter plusieurs contraintes\u00a0: \u00eatre exacte d&rsquo;un point de vue scientifique\u00a0; permettre un passage ais\u00e9 vers le fran\u00e7ais (afin que les enfants puissent \u00e9tudier ensemble les deux langues \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole et que les lettr\u00e9s en fran\u00e7ais abordent sans difficult\u00e9 leur langue maternelle)\u00a0; ne pas poss\u00e9der de caract\u00e8res phon\u00e9tiques sp\u00e9ciaux (afin de pouvoir \u00eatre imprim\u00e9e sans probl\u00e8me)\u00a0; pour le shimaore, permettre une lecture ais\u00e9e des textes \u00e9crits en swahili et dans les langues des autres \u00eeles comoriennes (shindzuani d&rsquo;Anjouan, shingazidja de la Grande-Comore, shimwali de Moh\u00e9li)\u00a0; pour le kibushi, faciliter l&rsquo;approche des textes \u00e9crits en malgache officiel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;un des meilleurs codes graphiques pour le shimaore nous semble \u00eatre celui qui avait \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 pour l&rsquo;ensemble des langues comoriennes par Mohamed Ahmed-Chamanga, Michel Lafon et Jean-Luc Sibertin-Blanc (\u00ab\u00a0Projet d&rsquo;orthographe pratique du comorien\u00a0\u00bb, <em>Etudes Oc\u00e9an Indien<\/em>, n\u00b0\u00a09, Inalco, 1988, pp. 7-34). Il respecte l\u2019ensemble des crit\u00e8res \u00e9nonc\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette orthographe, plusieurs sons particuliers sont not\u00e9s par des digraphes (s\u00e9quences de deux lettres). La fricative chuintante sourde (\u00ab\u00a0ch\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0cheval\u00a0\u00bb) est not\u00e9e \u00ab\u00a0sh\u00a0\u00bb. La fricative interdentale sourde (\u00ab\u00a0z\u00a0\u00bb castillan ou \u00ab\u00a0th\u00a0\u00bb de l&rsquo;anglais \u00ab\u00a0thing\u00a0\u00bb) est not\u00e9e \u00ab\u00a0th\u00a0\u00bb. La fricative interdentale sonore (\u00ab\u00a0th\u00a0\u00bb de l&rsquo;anglais \u00ab\u00a0that\u00a0\u00bb) est not\u00e9e \u00ab\u00a0dh\u00a0\u00bb. Le [t] r\u00e9troflexe est not\u00e9 \u00ab\u00a0tr\u00a0\u00bb. La nasale palatale (\u00ab\u00a0gn\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0signal\u00a0\u00bb) est not\u00e9e \u00ab\u00a0ny\u00a0\u00bb. L&rsquo;occlusive chuintante sonore (\u00ab\u00a0dj\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0djinn\u00a0\u00bb) est not\u00e9e \u00ab\u00a0dj\u00a0\u00bb (il faut noter qu&rsquo;il existe en comorien une fricative chuintante sonore, transcrite \u00ab\u00a0j\u00a0\u00bb comme en fran\u00e7ais). Enfin, I&rsquo;occlusive chuintante sourde (\u00ab\u00a0tch\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0tch\u00e8que\u00a0\u00bb) est not\u00e9e \u00ab\u00a0tsh\u00a0\u00bb (comme en tshiluba du Congo-Kinshasa).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant au son fricatif bilabial sonore (\u00ab\u00a0b\u00a0\u00bb intervocalique de l&rsquo;espagnol \u00ab\u00a0saber\u00a0\u00bb) qui, en comorien, est distinct de l&rsquo;occlusive bilabiale sonore [b], il est not\u00e9e \u00ab\u00a0pv\u00a0\u00bb par Michel Lafon (pour le shingazidja) et \u00ab\u00a0v\u00a0\u00bb par Mohamed Ahmed-Chamanga (pour le shindzuani).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce code graphique, les lettres \u00ab\u00a0b\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0d\u00a0\u00bb servent \u00e0 noter aussi bien les sons normaux explosifs [b] et [d] que leurs \u00e9quivalents implosifs. L&rsquo;utilisation des lettres \u00ab\u00a0cross\u00e9es\u00a0\u00bb pour les implosives n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 retenue pour de nombreuses raisons\u00a0: \u00e9viter les caract\u00e8res sp\u00e9ciaux\u00a0; la prononciation implosive est la plus courante, la prononciation explosive existant surtout dans des emprunts \u00e0 des langues \u00e9trang\u00e8res (notamment \u00e0 l&rsquo;arabe)\u00a0; il n&rsquo;y a gu\u00e8re de paires minimales opposant explosives et implosives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La transcription d\u00e9crite ci-dessus est celle utilis\u00e9e dans le <em>Lexique fran\u00e7ais &#8211; comorien (shingazidja)<\/em> de Michel Lafon (\u00e9d. L&rsquo;Harmattan, 1991), de m\u00eame que dans le <em>Lexique comorien (shindzuani) &#8211; fran\u00e7ais<\/em> de Mohamed Ahmed-Chamanga (\u00e9d. L&rsquo;Harmattan, 1992).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son <em>Dictionnaire fran\u00e7ais &#8211; comorien (dialecte shindzuani)<\/em> (\u00e9d. L&rsquo;Harmattan, 1997), Mohamed Ahmed-Chamanga a voulu perfectionner son orthographe en utilisant les lettres \u00ab\u00a0cross\u00e9es\u00a0\u00bb pour le [b] implosif et le [d] implosif. Si cela peut se justifier pour un dictionnaire dans lequel la prononciation exacte doit \u00eatre consign\u00e9e, c&rsquo;est en revanche nullement indispensable pour l&rsquo;orthographe courante \u00e0 cause des raisons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut maintenant mentionner le <em>Dictionnaire mahorais &#8211; fran\u00e7ais et fran\u00e7ais &#8211; mahorais<\/em> de Sophie Blanchy. Ce dictionnaire de shimaore fut publi\u00e9 une premi\u00e8re fois \u00e0 Mayotte en 1987 et il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9 chez L\u2019Harmattan en 1996. Il utilise la m\u00eame transcription de base que les lexiques pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9s, ce qui montre bien que la plupart des sp\u00e9cialistes sont d\u2019accord sur l\u2019essentiel quant \u00e0 l\u2019\u00e9criture des langues des Comores, et qu&rsquo;ils ont r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9viter les \u00e9cueils auxquels se sont heurt\u00e9es les langues des autres pays francophones d&rsquo;Afrique. Sophie Blanchy a, elle aussi, choisi de ne pas noter la distinction entre explosives et implosives, et elle \u00e9crit \u00ab\u00a0b\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0d\u00a0\u00bb dans tous les cas. De plus, elle transcrit, comme Mohamed Ahmed-Chamanga, la fricative bilabiale sonore avec la lettre \u00ab\u00a0v\u00a0\u00bb (de la m\u00eame fa\u00e7on que la fricative labio-dentale sonore [v]).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Actuellement, il existe \u00e0 Mayotte une organisation tr\u00e8s active, l&rsquo;association SHIME (shimaore m\u00e9thodique) qui milite pour la promotion et l&rsquo;utilisation \u00e9crite du shimaore et du kibushi, et qui collabore avec le CCEEM (Conseil de la culture, de l&rsquo;\u00e9ducation et de l&rsquo;environnement de Mayotte). Ces deux organismes ont pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la presse, le 22 f\u00e9vrier 2006, une proposition d&rsquo;alphabet que l&rsquo;on peut retrouver sur le site Internet de l&rsquo;association SHIME (shime.free.fr). Cet alphabet est proche des conventions d\u00e9j\u00e0 adopt\u00e9es dans les travaux de Michel Lafon, Mohamed Ahmed-Chamanga et Sophie Blanchy.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malheureusement, on constate que, dans ce nouvel alphabet shimaore, le [b] implosif et le [d] implosif sont not\u00e9s avec les trop fameuses lettres \u00ab\u00a0cross\u00e9es\u00a0\u00bb, tandis que la fricative bilabiale sonore est not\u00e9e avec une forme modifi\u00e9e de la lettre \u00ab\u00a0v\u00a0\u00bb (un \u00ab\u00a0v\u00a0\u00bb surmont\u00e9 d\u2019un tiret) pour la distinguer du \u00ab\u00a0v\u00a0\u00bb normal. Cela semble parfaitement inutile et dangereux. Dans le futur, la pr\u00e9sence de ces lettres, absentes des claviers courants, sera le plus s\u00fbr moyen pour d\u00e9truire tous les efforts de promotion du shimaore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour sa part, le linguiste Haladi Madi, originaire de Mayotte, a propos\u00e9 un autre alphabet, tr\u00e8s proche des diverses conventions d\u00e9crites ci-dessus. Lui aussi est partisan de l&rsquo;utilisation de digraphes tels que \u00ab\u00a0sh\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0th\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0dh\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0tr\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0dj\u00a0\u00bb, etc.,\u00a0 ce qui montre bien que tout le monde est d&rsquo;accord sur l&rsquo;essentiel (y compris, la transcription \u00ab\u00a0tsh\u00a0\u00bb pour l&rsquo;occlusive chuintante sourde). N\u00e9anmoins, la graphie de Haladi Madi pr\u00e9sente quelques particularit\u00e9s\u00a0: il transcrit les implosives avec des lettres g\u00e9min\u00e9es (\u00ab\u00a0bb\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0dd\u00a0\u00bb) pour les distinguer des explosives (not\u00e9es avec les lettres simples \u00ab\u00a0b\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0d\u00a0\u00bb)\u00a0; il transcrit l&rsquo;occlusive palatale sonore ([dy]) avec le digraphe \u00ab\u00a0yy\u00a0\u00bb, en faisant ainsi une distinction avec l&rsquo;occlusive chuintante sonore not\u00e9e \u00ab\u00a0dj\u00a0\u00bb\u00a0; il transcrit la fricative bilabiale sonore avec le digraphe \u00ab\u00a0bv\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, comme on le voit, les diff\u00e9rences entre ces diverses syst\u00e8mes sont minimes. Pour les d\u00e9partager, il faut d&rsquo;abord constater que l&rsquo;exp\u00e9rience des autres pays africains nous indique qu&rsquo;il faut rejeter toute lettre phon\u00e9tique sp\u00e9ciale (voir la premi\u00e8re partie de cet article).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui concerne la distinction entre [b] et [d] implosif et explosif, il nous semble qu&rsquo;il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire de la noter pour les raisons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9es (c&rsquo;est du reste aussi le cas en swahili, o\u00f9 cette distinction n&rsquo;est point indiqu\u00e9e dans la graphie). N\u00e9anmoins, si l&rsquo;on estime qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un contraste phonique fondamental, il convient de conserver les lettres simples pour les sons les plus fr\u00e9quents et d&rsquo;utiliser des lettres sp\u00e9ciales ou des digraphes pour les sons les plus rares. Or, il appara\u00eet que les sons les plus fr\u00e9quents sont les implosives, alors que les explosives sont beaucoup plus rares. Si une distinction devait \u00eatre not\u00e9e, nous sugg\u00e9rons donc d&rsquo;utiliser les lettres simples \u00ab\u00a0b\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0d\u00a0\u00bb pour les implosives, et les g\u00e9min\u00e9es \u00ab\u00a0bb\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0dd\u00a0\u00bb pour les explosives (c&rsquo;est-\u00e0-dire la proposition de Haladi Madi, mais invers\u00e9e).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est de l&rsquo;occlusive sonore palatale qu&rsquo;on trouve dans le verbe [udya] (manger), nous ne voyons pas pourquoi il faudrait la noter \u00ab\u00a0yy\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0uyya\u00a0\u00bb). La notation \u00ab\u00a0dy\u00a0\u00bb d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9e dans le dictionnaire de Sophie Blanchy nous para\u00eet beaucoup plus simple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 la fricative bilabiale sonore (qui est en alternance grammaticale avec [b] et [p]), le principal est qu&rsquo;elle ne soit pas not\u00e9e avec une lettre phon\u00e9tique sp\u00e9ciale. Comme le font Mohamed Ahmed-Chamanga et Sophie Blanchy, une solution serait de la confondre dans la graphie avec la fricative labio-dentale sonore, en la transcrivant \u00ab\u00a0v\u00a0\u00bb (exemple\u00a0: \u00ab\u00a0vavo\u00a0\u00bb, l\u00e0). Si l&rsquo;on estime que l&rsquo;opposition entre ces deux sons doit \u00eatre not\u00e9e, une autre solution serait d&rsquo;utiliser un digraphe\u00a0: \u00ab\u00a0vh\u00a0\u00bb, ou \u00e9ventuellement \u00ab\u00a0pv\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0bv\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0bh\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, en ce qui concerne le [a] nasalis\u00e9, il est not\u00e9 avec un tilde par l&rsquo;association SHIME\u00a0 et Sophie Blanchy (\u00a0\u00e3\u00a0) et avec un accent circonflexe par Haladi Madi et Mohamed Ahmed-Chamanga (\u00a0\u00e2\u00a0). Ces deux formules sont tr\u00e8s proches graphiquement. La notation avec un tilde est plus esth\u00e9tique et plus exacte\u00a0; d&rsquo;autre part, elle est facile \u00e0 r\u00e9aliser, car le \u00ab\u00a0\u00e3\u00a0\u00bb figure sur la plupart des claviers d\u2019ordinateurs gr\u00e2ce \u00e0 sa pr\u00e9sence en portugais. N\u00e9anmoins, il peut sembler plus pratique d&rsquo;utiliser l&rsquo;accent circonflexe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le [e] nasalis\u00e9, not\u00e9 \u00ab\u00a0i\u00a0\u00bb surmont\u00e9 d\u2019un tilde ou d&rsquo;un accent circonflexe, la chose est diff\u00e9rente. Tout d\u2019abord, le choix de \u00ab\u00a0i\u00a0\u00bb \u00e0 la place de \u00ab\u00a0e\u00a0\u00bb est un peu \u00e9trange. Il s\u2019agit sans doute l\u00e0 d\u2019une influence indirecte du fran\u00e7ais dans lequel [e] nasalis\u00e9 est fr\u00e9quemment not\u00e9 \u00ab\u00a0in\u00a0\u00bb (exemple, fin)\u00a0; n\u00e9anmoins ce n\u2019est pas le cas dans \u00ab\u00a0examen\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Agen\u00a0\u00bb. De plus, en utilisant les ordinateurs courants, on ne peut ajouter un tilde ni \u00e0 \u00ab\u00a0i\u00a0\u00bb, ni \u00e0 \u00ab\u00a0e\u00a0\u00bb. Enfin, le [e] nasalis\u00e9 est assez rare en shimaore. Nous proposons donc de noter ce son \u00ab\u00a0\u00ea\u00a0\u00bb (exemple\u00a0: \u00ab\u00a0\u00eah\u00ea\u00a0\u00bb, oui).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;alphabet du kibushi (dialecte malgache de Mayotte), propos\u00e9 \u00e0 la r\u00e9union du 22 f\u00e9vrier 2006 par l&rsquo;association SHIME, pr\u00e9sente les m\u00eames probl\u00e8mes que le shimaore. Trois lettres phon\u00e9tiques y figurent\u00a0: \u00ab\u00a0b cross\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0d cross\u00e9\u00a0\u00bb pour les implosives, ainsi que N\u00a0v\u00e9laire (not\u00e9 provisoirement \u00ab\u00a0n\u00a0\u00bb surmont\u00e9 de deux points). En ce qui concerne les implosives du kibushi, la solution n&rsquo;est pas forc\u00e9ment la m\u00eame que pour le shimaore. Il faudrait d&rsquo;abord examiner la fr\u00e9quence de ces sons et la pr\u00e9sence de paires minimales \u00e9ventuelles. La solution pourrait \u00eatre soit de ne pas noter la distinction entre explosives et implosives, soit d&rsquo;utiliser dans l\u2019un des deux cas les g\u00e9min\u00e9es \u00ab\u00a0bb\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0dd\u00a0\u00bb ou les digraphes \u00ab\u00a0bh\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0dh\u00a0\u00bb (il faut, du reste, noter qu&rsquo;en shona du Zimbabwe, les digraphes \u00ab\u00a0bh\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0dh\u00a0\u00bb servent \u00e0 transcrire les explosives et non pas les implosives, \u00e0 cause de la plus grande fr\u00e9quence de ces derni\u00e8res). En ce qui concerne la notation du N\u00a0v\u00e9laire, il y a plusieurs possibilit\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0ng\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0nh\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0nw\u00a0\u00bb. L&rsquo;examen des mots correspondants en malgache officiel pourrait \u00e9ventuellement indiquer la meilleure solution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du reste, il est facile de constater concr\u00e8tement les probl\u00e8mes multiples que procureraient les quelques caract\u00e8res phon\u00e9tiques sp\u00e9ciaux du shimaore et du kibushi. Ils n&rsquo;apparaissent que sur certains \u00e9crans lorsque l&rsquo;on se connecte sur le site Internet de l&rsquo;association SHIME (et de fa\u00e7on incompl\u00e8te), et ils sont remplac\u00e9s par des points d&rsquo;interrogation sur la plupart des ordinateurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9finitive, l&rsquo;option que nous pr\u00e9coniserions pour le shimaore serait de rester tr\u00e8s proche de l&rsquo;orthographe propos\u00e9e dans les dictionnaires de Sophie Blanchy et de Mohamed Ahmed-Chamanga (sauf pour les lettres \u00ab\u00a0cross\u00e9es\u00a0\u00bb qu&rsquo;il convient d&rsquo;abandonner). Les quelques probl\u00e8mes orthographiques qui peuvent sembler actuellement difficiles \u00e0 r\u00e9soudre (\u00e0 cause de la sp\u00e9cificit\u00e9 du shimaore) devraient trouver facilement leur solution dans le cadre d\u2019une comparaison avec les parlers des autres \u00eeles comoriennes. Quant au kibushi, tout comme le shimaore, il peut \u00eatre \u00e9crit d\u00e8s maintenant \u00e0 condition que l&rsquo;on fasse preuve d&rsquo;un peu de r\u00e9alisme et sans que l\u2019on ait besoin de commander de nouveaux moyens informatiques pr\u00e9tendument adapt\u00e9s \u00e0 la situation locale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>R\u00e9f\u00e9rence exacte :<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">G\u00e9rard GALTIER, \u00ab\u00a0Les langues africaines, l&rsquo;\u00e9ducation et l&rsquo;\u00e9dition\u00a0<em>suivi de<\/em> Le cas de Mayotte\u00a0\u00bb, in Foued LAROUSSI (dir.),\u00a0<em>Mayotte, une \u00eele plurilingue en mutation<\/em>, Les Editions du Baobab, Mayotte, 2009, pp. 49-66.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Par G\u00e9rard Galtier Cet article assez critique sur les politiques men\u00e9es en faveur des langues africaines est\u00a0suivi d\u2019un autre article : \u00ab\u00a0Le cas de Mayotte\u00a0\u00bb. L\u2019auteur,\u00a0G\u00e9rard Galtier, est professeur au&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/les-langues-africaines-loral-et-lecrit\/\">Lire plus &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[39],"tags":[106,110,108,105,107,109],"class_list":["post-498","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-essais","tag-africaines","tag-continent-noir","tag-ecrit","tag-langues","tag-oral","tag-politique-linguistique"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/498","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=498"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/498\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=498"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=498"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=498"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}