{"id":4393,"date":"2022-10-10T14:15:28","date_gmt":"2022-10-10T12:15:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/?p=4393"},"modified":"2023-03-07T18:59:23","modified_gmt":"2023-03-07T16:59:23","slug":"__trashed","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/__trashed\/","title":{"rendered":"Festival de cin\u00e9ma de Saint-S\u00e9bastien\u00a0: \u201cGreat Yarmouth\u201d, un chef-d\u2019\u0153uvre ignor\u00e9"},"content":{"rendered":"\r\n<p><a href=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Yarmouth-1.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4395\" src=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Yarmouth-1-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"221\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Yarmouth-1-221x300.jpg 221w, http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Yarmouth-1-260x352.jpg 260w, http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Yarmouth-1-160x217.jpg 160w, http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Yarmouth-1.jpg 310w\" sizes=\"(max-width: 221px) 100vw, 221px\" \/><\/a>Commen\u00e7ons notre chronique avec ce que, d\u2019apr\u00e8s votre serviteur, est le grand perdant de cette 70e\u00a0\u00e9dition du Festival international de Saint-S\u00e9bastien. Il s\u2019agit de <em>Great Yarmouth<\/em>, une production franco-anglo-portugaise du portuguais Marco Martins. Un film percutant sur l\u2019existence sordide des immigr\u00e9s portugais travaillant dans les abattoirs de dindes en Angleterre. Ce chef-d\u2019\u0153uvre aurait d\u00fb remporter un prix. Pas de chance.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n\r\n\r\n\r\n\r\n\r\n\r\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><\/figure>\r\n\r\n\r\n\r\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-2 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><\/figure>\r\n\r\n\r\n\r\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-3 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><\/figure>\r\n\r\n\r\n\r\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-4 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><\/figure>\r\n\r\n\r\n\r\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-5 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><\/figure>\r\n\r\n\r\n\r\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-6 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><\/figure>\r\n\r\n\r\n\r\n\r\n\r\n\r\n\r\n\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Et pourtant ce style du classique film politique militant, ce film est \u00e0 mon avis un chef-d\u2019\u0153uvre. Il d\u00e9passe m\u00eame Ken Loach, le maestro moderne du genre, dans plusieurs aspects. Non seulement la photographie est magnifique, et le c\u00f4t\u00e9 path\u00e9tique d\u2019un r\u00eave anglais inaccessible, la parodie tragique du r\u00eave am\u00e9ricain est exprim\u00e9e sans condescendance, mais aussi le travail de Beatriz Batarda, jouant le r\u00f4le de la \u00ab\u00a0maman\u00a0\u00bb des migrants portugais est remarquable. En fait, l\u2019actrice nous donne une version ajourn\u00e9e et au f\u00e9minin de ce que l\u2019histoire de l\u2019immigration italienne appelle \u00ab\u00a0caporalato\u00a0\u00bb, les interm\u00e9diaires de la m\u00eame langue et nationalit\u00e9 que les immigr\u00e9s qui contr\u00f4lent et ont un pouvoir \u00e9norme sur ces derniers au nom des patrons anglo. Un peu comme le font les caporaux dans les arm\u00e9es de conscrits lorsque les officiers ne veulent pas assumer leur position de responsabilit\u00e9 dans le pouvoir, d\u2019o\u00f9 le mot \u00ab\u00a0caporalato\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Peut-\u00eatre Great Yarmouth a-t-il \u00e9t\u00e9 trop direct, trop fort, trop r\u00e9el pour notre \u00e9poque marqu\u00e9e par le politiquement correct et les st\u00e9r\u00e9otypes raciaux o\u00f9 les immigr\u00e9s en Europe sont toujours des gens venant du sud. Le film met en lumi\u00e8re sans complaisance ni piti\u00e9 le traitement indigne subi par ces Europ\u00e9ens du Sud au nord de l\u2019Europe. La Grande-Bretagne aussi est pr\u00e9sent\u00e9e dans son \u00e9tat brut, sauvage comme un hooligan, froid dans le climat et l\u2019\u00e2me, supr\u00e9matiste par sa culture.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Pour ceux qui, comme votre serviteur, sont n\u00e9s et ont grandi dans l\u2019un des pays d\u2019Europe du Sud connus que caricaturait nagu\u00e8re l\u2019acronyme tr\u00e8s \u00e9loquent PIGS, ce film, s\u2019il \u00e9tait bien distribu\u00e9, pourrait devenir pour les Europ\u00e9ens ce que \u00ab\u00a0La Case de l\u2019Oncle Tom\u00a0\u00bb \u00e9tait pour les esclaves et les abolitionnistes aux \u00c9tats-Unis. \u00c0 savoir, un moment de prise de conscience intellectuelle, car il montre sans acrimonie, une injustice structurelle, li\u00e9e \u00e0 la logique du march\u00e9 qui cr\u00e9e comme jadis un nouveau sous-prol\u00e9tariat aujourd\u2019hui en Europe.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>\u00ab\u00a0Pornomelancolia\u00a0\u00bb lui a eu plus de chance. Cette \u00ab\u00a0M\u00e9lancolie pornographique\u00a0\u00bb de l\u2019Argentin Manuel Abramovich a obtenu le prix de la meilleure\u2026 photo. Et pour cause. Il illustre les fantasmes de notre temps, polaris\u00e9s par toutes les tendances sexuelles qui transgressent le bon vieux st\u00e9r\u00e9otype du couple h\u00e9t\u00e9rosexuel qui, quoi qu\u2019on en dise, a assur\u00e9 la continuit\u00e9 de l\u2019esp\u00e8ce humaine.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Ce film raconte l\u2019histoire de Lalo Santos, un \u00ab\u00a0sex influencer\u00a0\u00bb, selon le n\u00e9ologisme des temps post-modernes et peut-\u00eatre transhumains. Sans vouloir porter un jugement, de ma part, je m\u2019en tiendrai toujours \u00e0 la d\u00e9finition \u00e9prouv\u00e9e et fiable de prostitu\u00e9 masculin avec un petit go\u00fbt pervers pour l\u2019exhibitionnisme sexuel sur vid\u00e9o. <em>\u00a0Pornomelancolia<\/em>\u00a0 est d\u2019une part, un docu-fiction qui essaye de porter sur l\u2019\u00e9cran le sentiment de la m\u00e9lancolie que le personnage principal exprime en postant sur les r\u00e9seaux sociaux ses vid\u00e9os pornos faits maison. D\u2019autre part, une parodie satyrique o\u00f9 l\u2019on voit le jeune prostitu\u00e9 tourner un film porno au Mexique. Il y incarne Emiliano Zapata, rien de moins. Le l\u00e9gendaire leader r\u00e9volutionnaire devient ainsi une ic\u00f4ne gaie.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Abramovich a d\u00e9clar\u00e9 que <em>Pornomelancolia<\/em> aborde des th\u00e8mes \u00ab\u00a0politiques\u00a0\u00bb concernant \u00ab\u00a0les travailleurs du sexe, le VIH, le racisme, le colonialisme et la masculinit\u00e9\u00a0\u00bb. Eh bien, le gay \u00ab\u00a0actif\u00a0\u00bb et moustachu Lalo n\u2019est certainement pas eff\u00e9min\u00e9. C\u2019est un portrait de la masculinit\u00e9 avec m\u00eame un l\u00e9ger fond de macho fanfaron. Quant au VIH, il est vrai que le film met en \u00e9vidence la fa\u00e7on dont ces acteurs du porno g\u00e8rent la maladie avec une m\u00e9lancolie sto\u00efque, et c\u2019est peut-\u00eatre l\u2019aspect le plus inspirant du film.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>D\u2019autre part, regarder des acteurs interpr\u00e9tant Emiliano Zapata et Pancho Villa dans une relation homosexuelle n\u2019est pas neutre historiquement et politiquement parlant. Certains pourront en sourire, mais comment ne pas y voir \u00e0 l\u2019\u0153uvre les grosses ficelles de la provocation grotesque et gratuite\u00a0? Je ne suis pas s\u00fbr que les Mexicains qui ont vu dans \u00ab\u00a0Tierra y Libertad\u00a0\u00bb (terre et libert\u00e9) le grand espoir des pauvres de la r\u00e9volution mexicaine appr\u00e9cieront ce sens de l\u2019humour, mais apparemment le jury de Saint-S\u00e9bastien n\u2019a pas eu le m\u00eame scrupule. Faut-il d&rsquo;ailleurs s\u2019\u00e9tonner si l\u2019acteur interpr\u00e9tant Lalo Santos s\u2019oppose \u00e0 la distribution de ce film dont il d\u00e9nonce \u00ab\u00a0les conditions de tournage\u00a0 qui ont grandement affect\u00e9 l\u2019\u00e9tat de sa propre sant\u00e9 mentale\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Mais ce film n\u2019est pas le seul \u00e0 jouer sur cette ligne de cr\u00eate o\u00f9 la manipulation n\u2019est jamais loin. <em>Sparta<\/em> du r\u00e9alisateur autrichien Ulrich Seidl l\u2019illustre \u00e0 sa mani\u00e8re. Ce film n\u2019est pas pass\u00e9 inaper\u00e7u. Et ce n\u2019est pas seulement \u00e0 cause de son inqui\u00e9tante duplicit\u00e9 p\u00e9dophile. R\u00e9sumons l\u2019histoire. Un quadrag\u00e9naire recrute de jeunes gar\u00e7ons en Roumanie avec lesquels il transforme une vieille \u00e9cole en ruine en une caricature de Sparte, la ville guerri\u00e8re grecque o\u00f9 les conscrits \u00e9taient form\u00e9s \u00e0 la dure. Autant dire que les parents des ados ont protest\u00e9 contre les \u00ab conditions du tournage \u00bb, mais ce n\u2019est pas tout. Car une nostalgie\u00a0\u00bb cryptonazie\u00a0\u00bb est lisible dans l\u2019atmosph\u00e8re d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de ce film qui peine \u00e0 masquer ces tendances militaristes et machistes. Il en va de m\u00eame, Ewald, le protagoniste germanophone aux prises avec sa p\u00e9dophilie qui erre dans la campagne roumaine. En d\u2019autres mots, on ne peut pas \u00e9viter d\u2019y voir une relation coloniale entre l\u2019adulte d\u2019Europe du Nord-Ouest et les enfants d\u2019Europe du Sud-Est. Si ce film Sparta a une vertu, c\u2019est qu\u2019il permet d\u2019identifier les polarisations qui \u00e9cart\u00e8lent les soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes : D&rsquo;une part le clivage cryptocolonial qui travaille le rapport entre le Nord et le Sud, mais aussi entre l\u2019Ouest et l\u2019Est et d&rsquo;autre part la tentation de normaliser la p\u00e9dophilie et la nostalgie nazie sous les oripe militarisme. Peut-\u00eatre pour \u00e9viter ces questions et d\u2019autres, Ulrich Seidl, le r\u00e9alisateur n\u2019est pas venu \u00e0 Saint-S\u00e9bastien affirmant que \u00ab le film se d\u00e9fendra par lui-m\u00eame \u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Cl\u00f4turons cette chronique peut-\u00eatre un peu sombre avec une raison de nous r\u00e9jouir. Le film \u00ab\u00a0Argentine\u00a01985\u00a0\u00bb, r\u00e9alis\u00e9 par Santiago Mitre a a obtenu le prix du Public. Un hommage m\u00e9rit\u00e9 au juge Julio Strassera et \u00e0 sa jeune \u00e9quipe d\u2019avocats qui ont poursuivi la junte militaire argentine pour des crimes commis contre des milliers de victimes innocentes pendant la dictature militaire de 1976 \u00e0 1982. Il y a de l\u2019espoir malgr\u00e9 tout, donc que la lumi\u00e8re triomphe sur les t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Commen\u00e7ons notre chronique avec ce que, d\u2019apr\u00e8s votre serviteur, est le grand perdant de cette 70e\u00a0\u00e9dition du Festival international de Saint-S\u00e9bastien. 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