{"id":328,"date":"2012-01-05T22:36:01","date_gmt":"2012-01-05T20:36:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/?p=328"},"modified":"2024-03-23T13:16:01","modified_gmt":"2024-03-23T11:16:01","slug":"daniel-cohn-bendit-haut-parleur-commentateur-icone-mediatique","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/daniel-cohn-bendit-haut-parleur-commentateur-icone-mediatique\/","title":{"rendered":"Daniel Cohn-Bendit : Haut-parleur, commentateur\u2026 ic\u00f4ne m\u00e9diatique ?"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/mai-68.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-377\" title=\"mai 68\" src=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/mai-68.jpg\" alt=\"\" width=\"87\" height=\"117\" \/><\/a>Publi\u00e9 \u00a0le 3 juin 2008<\/em><\/p>\n<div><a href=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/spip.php?auteur46\">Andr\u00e9 Gattolin<\/a>,\u00a0<a href=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/spip.php?auteur88\">Thierry Lefebvre<\/a><\/div>\n<div>\n<p>Article extrait du num\u00e9ro hors s\u00e9rie n\u00b0\u00a04 de la revue M\u00e9diamorphoses, \u00ab\u00a0Les empreintes de Mai 68\u00a0\u00bb, sous la direction d\u2019Andr\u00e9 Gattolin et de Thierry Lefebvre, co-\u00e9dit\u00e9e par l\u2019INA et Armand Colin, mai 2008.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><em>N\u00e9 \u00e0 Montauban en 1945, Daniel Cohn-Bendit vit en Allemagne de 1952 \u00e0 1965, avant de revenir en France pour y \u00e9tudier la sociologie. Inscrit \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Nanterre, il est \u00e2g\u00e9 d\u2019\u00e0 peine 23 ans au moment des \u00e9v\u00e9nements qui le voient s\u2019imposer aux yeux du monde comme la figure embl\u00e9matique de Mai 68. \u00c0 travers le mouvement du 22 mars qu\u2019il anime avec quelques amis, il participe activement aux premiers soubresauts qui agitent l\u2019universit\u00e9 fran\u00e7aise, puis embrasent le pays dans une grande vague de contestation politique et sociale. Surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0Dany-le-rouge\u00a0\u00bb en raison de sa chevelure rousse et pr\u00e9sent\u00e9 par le pouvoir comme<\/em><\/p>\n<p><em> <\/em><\/p>\n<dl><em> <\/p>\n<dt><a title=\"JPEG - 4.6 ko\" type=\"image\/jpeg\" href=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/IMG\/jpg\/images-2.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/local\/cache-vignettes\/L87xH117\/images-2-acd5d.jpg\" alt=\"JPEG - 4.6 ko\" width=\"87\" height=\"117\" \/><\/a><em>l\u2019agent en chef de la subversion, il est expuls\u00e9 vers l\u2019Allemagne le 21 mai 1968. Revenu clandestinement \u00e0 Paris le 28 du m\u00eame mois, il quitte peu de temps apr\u00e8s un pays o\u00f9 il restera interdit de s\u00e9jour jusqu\u2019en 1978. Install\u00e9 \u00e0 Francfort, il se lie alors d\u2019amiti\u00e9 avec Joschka Fischer, futur vice-chancelier et ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res de l\u2019Allemagne de 1998 \u00e0 2005. Acteur du mouvement alternatif outre-Rhin, il participe en 1976 \u00e0 la cr\u00e9ation de Pflasterstrand (litt\u00e9ralement, la \u00ab\u00a0la plage des pav\u00e9s\u00a0\u00bb), journal contestataire qu\u2019il dirige jusqu\u2019en 1984. Cette m\u00eame ann\u00e9e, il rejoint les Gr\u00fcnen, le parti des \u00e9cologistes allemands. En 1989, Volker Hauff, maire SPD de Francfort, le nomme adjoint en charge des questions multiculturelles dans une ville o\u00f9 les conflits intercommunautaires, notamment entre populations turque et kurde, sont fr\u00e9quents. S\u2019acquittant avec un certain brio de cette t\u00e2che, il choisit en 1994 de se pr\u00e9senter \u00e0 la d\u00e9putation europ\u00e9enne sur les listes vertes allemandes. \u00c9lu pour une premi\u00e8re l\u00e9gislature, Cohn-Bendit d\u00e9cide en 1999 de prendre la t\u00eate de la liste des Verts fran\u00e7ais aux Europ\u00e9ennes\u00a0: il recueille 9,72\u00a0% des voix. En 2002, il devient co-pr\u00e9sident du groupe vert au Parlement europ\u00e9en, fonction qu\u2019il occupe encore aujourd\u2019hui apr\u00e8s sa r\u00e9\u00e9lection en Allemagne en 2004. Dans cet entretien accord\u00e9 \u00e0 M\u00e9diamorphoses en d\u00e9cembre dernier, Daniel Cohn-Bendit revient sur les \u00e9v\u00e9nements de 68, le r\u00f4le qui fut le sien \u00e0 cette \u00e9poque. Il s\u2019exprime \u00e9galement sur le rapport particulier qu\u2019il entretient depuis avec les m\u00e9dias, le milieu journalistique et la m\u00e9diatisation de son personnage.<\/em><\/dt>\n<p> <\/em><em> <\/em><\/p>\n<\/dl>\n<p><em> <\/em><em> <\/em><strong>Andr\u00e9 Gattolin<\/strong> \u2013 De toutes les figures de la contestation qui \u00e9mergent en Mai 68 vous \u00eates la plus atypique par votre profil \u2013 vous \u00eates plus jeune et ne provenez d\u2019aucun des courants traditionnels de l\u2019extr\u00eame gauche fran\u00e7aise \u2013 et en m\u00eame temps vous devenez rapidement le personnage le plus embl\u00e9matique de ce mouvement. Comment expliquez vous ce paradoxe\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Daniel Cohn-Bendit<\/strong> \u2013 C\u2019est justement parce que j\u2019\u00e9tais diff\u00e9rent des autres qu\u2019on m\u2019a pr\u00eat\u00e9 ce r\u00f4le. Le moteur de la r\u00e9volte, au d\u00e9but, a \u00e9t\u00e9 quelque chose de compl\u00e8tement diff\u00e9rent du politique et de la r\u00e9flexion classique de l\u2019extr\u00eame gauche de l\u2019\u00e9poque. Mon c\u00f4t\u00e9 atypique a \u00e9t\u00e9 un avantage. Je n\u2019\u00e9tais pas scotch\u00e9 \u00e0 ces histoires de l\u2019extr\u00eame gauche, du syndicalisme \u00e9tudiant traditionnel et aussi du langage r\u00e9volutionnaire marxiste de l\u2019\u00e9poque.<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/IMG\/jpg\/Dylan-Baez.jpg\" alt=\"\" width=\"350\" height=\"246\" \/>Je me rappellerai toujours de Joan Baez venue \u00e0 Paris en 1967 pour parler de la guerre du Vietnam avec les \u00e9tudiants fran\u00e7ais. C\u2019\u00e9tait \u00e0 la salle Bullier, en face de la Closerie des Lilas. Elle \u00e9tait pacifiste et elle expliquait sa r\u00e9volte contre la guerre. Tous les syndicalistes, toute l\u2019extr\u00eame gauche \u00e9tait l\u00e0 affirmant que la non-violence n\u2019\u00e9tait pas possible, qu\u2019au Vietnam c\u2019\u00e9tait la lutte de classe. J\u2019\u00e9tais le seul \u00e0 la d\u00e9fendre, je disais\u00a0: \u00ab\u00a0Arr\u00eatez de nous casser les pieds\u00a0! Ils ont peut-\u00eatre un mouvement contre la guerre qui s\u2019inscrit dans la logique de la constitution am\u00e9ricaine, mais il faut reconna\u00eetre que ce mouvement est bien plus fort que ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 ici l\u2019opposition \u00e0 la guerre d\u2019Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb. Face au langage extr\u00eamement typ\u00e9 de l\u2019extr\u00eame gauche, mon discours d\u00e9tonnait. J\u2019\u00e9tais \u00e0 contre-pied du concert ambiant. D\u00e8s ce moment-l\u00e0, les journalistes se sont dit\u00a0: \u00ab\u00a0il parle autrement, il est diff\u00e9rent\u00a0\u00bb. Cette diff\u00e9rence les int\u00e9ressait er leur permettait aussi d\u2019\u00e9crire un peu autre chose.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 En 1968, vous \u00eates \u00e9tudiant en sociologie \u00e0 Nanterre. Avant les \u00e9v\u00e9nements, \u00e0 quoi vous destinez-vous\u00a0? \u00c9tiez-vous tent\u00e9 par le journalisme et les m\u00e9dias\u00a0?<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Non, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, je voulais faire de la planification scolaire, de la recherche dans l\u2019\u00e9ducation. Quand j\u2019\u00e9tais encore au lyc\u00e9e en Allemagne, j\u2019avais assist\u00e9 \u00e0 des r\u00e9unions cherchant \u00e0 d\u00e9finir le syst\u00e8me scolaire de demain. Cela m\u2019int\u00e9ressait, je voulais travailler dans ce domaine.<\/p>\n<p>Thierry Lefebvre \u2013 J\u2019ai retrouv\u00e9 un article de Jean Durieux paru en juin 1968 dans Paris Match. Durieux raconte beaucoup de choses sur vous\u00a0: il vous demande des photos, vous acceptez et il dit que vous en n\u00e9gociez le prix avec son journal. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que vous aviez des rapports de cette nature avec des journalistes\u00a0?<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Mes premiers contacts avec les m\u00e9dias datent du moment o\u00f9 j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9merger \u00e0 partir de l\u2019automne 67. Je n\u2019\u00e9tais pas coutumier du genre, mais mon c\u00f4t\u00e9 anar et libertaire me faisait dire\u00a0:\u00ab\u00a0Apr\u00e8s tout, les m\u00e9dias ont de l\u2019argent, s\u2019ils veulent ma photo qu\u2019ils payent\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Thierry Lefebvre \u2013 En relisant cet article de Durieux, j\u2019ai l\u2019impression que vous aviez d\u00e9j\u00e0 tout compris de la modernit\u00e9 et du fonctionnement la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle. Le livre de Debord \u00e9tait sorti un an auparavant. Comment vous positionniez-vous par rapport aux situationnistes\u00a0?<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Nous avons \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s influenc\u00e9s par les situs, par leur petit pamphlet De la mis\u00e8re en milieu \u00e9tudiant et surtout par le Trait\u00e9 de savoir-vivre \u00e0 l\u2019usage des jeunes g\u00e9n\u00e9rations<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/IMG\/jpg\/images-3.jpg\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"116\" \/> de Raoul Vaneigem. Pour nous, c\u2019\u00e9tait une modernisation de la pens\u00e9e libertaire. C\u2019\u00e9taient des gens qui parlaient d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 plus solidaire et en m\u00eame temps il n\u2019y avait pas plus ex\u00e9crables qu\u2019eux. C\u2019\u00e9tait un groupe d\u2019un autoritarisme incroyable. J\u2019ai d\u2019ailleurs toujours dit \u00ab\u00a0Les situs, il faut les lire, surtout pas les c\u00f4toyer\u00a0\u00bb. Plus spontan\u00e9ment dans ma pratique, j\u2019ai, c\u2019est vrai, essay\u00e9 d\u2019instrumentaliser les m\u00e9dias pour moi et mes id\u00e9es. Apr\u00e8s 68, surtout quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire de la politique plus traditionnelle, j\u2019ai eu une conscience plus d\u00e9velopp\u00e9e de tout cela, et compris qu\u2019il fallait quand m\u00eame prendre les journalistes au s\u00e9rieux, qu\u2019il y avait une distance entre eux et moi et que, chacun \u00e0 notre mani\u00e8re, nous d\u00e9cryptions une certaine r\u00e9alit\u00e9. Mais je n\u2019aime pas cacher ce que je pense. Souvent lorsqu\u2019on discute avec des journalistes aujourd\u2019hui, ils vous demandent si c\u2019est \u00ab\u00a0in\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0off\u00a0\u00bb. Je leur r\u00e9ponds que pour moi, cette distinction n\u2019existe pas. Quand je dis quelque chose, c\u2019est \u00e0 la fois in et off. C\u2019est un rapport direct et ils peuvent en faire ce que vous veulent.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 Je crois que vous n\u2019avez jamais poursuivi de journaliste en justice\u2026<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Jamais\u00a0! Je n\u2019ai pas \u00e0 porter plainte contre un journaliste, quoi qu\u2019il dise ou qu\u2019il \u00e9crive. Je suis prudent l\u00e0-dessus, parce que si on commence \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 des journalistes ou \u00e0 les attaquer, on en oublie toujours un, et l\u00e0 les gens se disent\u00a0: \u00ab\u00a0S\u2019il n\u2019a pas r\u00e9pondu c\u2019est que\u00a0\u2026\u00a0\u00bb. Ce que les journalistes \u00e9crivent, ce n\u2019est pas la v\u00e9rit\u00e9\u00a0; chacun a sa v\u00e9rit\u00e9 et sa fiction des choses. C\u2019est comme les documentaires, ce n\u2019est pas la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est un montage qu\u2019un r\u00e9alisateur fait de la r\u00e9alit\u00e9. C\u2019est cela qui a cr\u00e9\u00e9, je crois, un rapport assez bizarre entre les journalistes et moi. Encore aujourd\u2019hui, les journalistes ont du mal \u00e0 savoir ce que je suis\u00a0: je suis \u00e0 la fois un politique et un commentateur, quelque chose entre les deux. Au d\u00e9but, mon c\u00f4t\u00e9 r\u00e9volutionnaire m\u2019incitait \u00e0 instrumentaliser les m\u00e9dias. Pour revenir \u00e0 l\u2019article de Durieux, vous noterez que ce qu\u2019il \u00e9crit sur moi \u00e0 est plut\u00f4t gentil. Il ne dit pas\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est un petit con\u00a0\u00bb. Il me trouve m\u00eame sympathique. J\u2019ai toujours eu un rapport tr\u00e8s ouvert avec lui alors que pour nous en 68 Paris Match c\u2019\u00e9tait les m\u00e9chants\u2026<\/p>\n<p>Thierry Lefebvre \u2013 Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque tous ces gens qui venaient vers vous, qui voulaient vous interviewer, vous photographier\u2026 Comment viviez-vous \u00e7a\u00a0?<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Je ne me posais pas beaucoup de questions. Il ne faut pas se monter tout un truc l\u00e0-dessus a posteriori. Je trouvais m\u00eame cela assez jouissif. Que les cam\u00e9ras se tournent vers moi et que des t\u00e9l\u00e9visions du monde entier m\u2019interviewent, pourquoi pas\u00a0? Non, je vivais \u00e7a bien\u00a0!<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 \u00c0 quel moment de 1968 prenez-vous conscience de l\u2019ampleur exceptionnelle des \u00e9v\u00e9nements qui se d\u00e9roulent\u00a0? Quand sentez-vous que les choses prennent une tournure historique\u00a0?<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Cela se passe globalement en deux temps. D\u2019abord quand cela s\u2019anime \u00e0 Nanterre et que j\u2019essaie d\u2019expliquer aux organisations qu\u2019elles ne peuvent pas continuer leur discours traditionnel de syndicalistes \u00e9tudiants parce que \u00e7a bouge partout dans le monde et qu\u2019ailleurs les \u00e9tudiants commencent \u00e0 revendiquer quelque chose de compl\u00e8tement diff\u00e9rent. Dans ma t\u00eate, \u00e0 cette \u00e9poque, ce qui est en train de se produire en France s\u2019inscrit dans un mouvement plus global. Ensuite, il y a les affrontements du 3 mai \u00e0 Paris, et je comprends qu\u2019une dimension nouvelle se met en route, que les choses basculent \u00e0 une grande \u00e9chelle.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 Et plus personnellement, \u00e0 quel moment prenez-vous conscience du r\u00f4le important qui est le v\u00f4tre dans ces \u00e9v\u00e9nements\u00a0?<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Ce n\u2019est pas comme cela que \u00e7a se passe. \u00c0 cette \u00e9poque, je vis au jour le jour. Je ne me couche pas le soir en me disant\u00a0: \u00ab\u00a0Bon maintenant tu es devenu ceci ou cela\u00a0\u00bb. Sur l\u2019instant, je joue avec mon ph\u00e9nom\u00e8ne, je me joue de mon ph\u00e9nom\u00e8ne qui se d\u00e9veloppe. C\u2019est vrai que cela me fait plaisir. En m\u00eame temps, je m\u2019aper\u00e7ois assez rapidement, au bout de deux ou trois semaines, que la dimension prise par mon personnage me d\u00e9passe compl\u00e8tement. Quand plus tard je d\u00e9cide de retourner en Allemagne, c\u2019est s\u00fbrement une forme de fuite que j\u2019op\u00e8re, une volont\u00e9 de faire une pause avec tout \u00e7a. Le personnage que j\u2019incarne et les projections qu\u2019il y a en moi commencent vraiment \u00e0 me d\u00e9passer.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 Vous \u00eates alors pr\u00e9sent\u00e9 comme le patron des enrag\u00e9s, le chef du complot de l\u2019\u00e9tranger\u00a0; on vous appelle Dany-le Rouge\u2026<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Oui, mais tout cela n\u2019est pas grave. M\u00eame l\u2019expression d\u2019\u00ab\u00a0anarchiste allemand\u00a0\u00bb que Marchais utilise pour parler de moi ne m\u2019affecte pas particuli\u00e8rement sur le coup. Non, ce qui est beaucoup plus difficile \u00e0 vivre pour moi, c\u2019est ce qui vient de l\u2019int\u00e9rieur du mouvement. Il y a une anecdote qui illustre bien cela. Un jour, juste apr\u00e8s la grande manifestation du 13 mai, je me balade dans la rue et je rencontre un copain qui me dit, \u00ab\u00a0Maintenant tu dois faire attention, tu as la responsabilit\u00e9 historique d\u2019un dirigeant r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb. Le mec avait l\u2019\u00e2ge de Gaby mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9, et il ajoute \u00ab\u00a0Tu dois changer tes comportements\u00a0\u00bb. Sur le moment, j\u2019ai rigol\u00e9, mais c\u2019est quelque chose qui m\u2019a fortement interpell\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 Vous ne vous appartenez plus\u00a0?<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Oui, je ne m\u2019appartiens plus. \u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, nous sommes invit\u00e9s par un groupe d\u2019une quarantaine de psys parmi lesquels Jacques Lacan. Ils nous demandent \u00ab\u00a0Que pouvons-vous faire pour vous\u00a0?\u00a0\u00bb. Et nous, comme on \u00e9tait tr\u00e8s malins, on leur r\u00e9pond, \u00ab\u00a0On ne sait pas, vous n\u2019avez qu\u2019\u00e0 prendre des pav\u00e9s et descendre dans la rue\u00a0\u00bb. Un peu plus tard dans la soir\u00e9e, je leur dis\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Il y a des tas de copains qui sont en prison. Si vous pouviez filer du fric pour payer les avocats\u00a0\u00bb. Ils nous ont donc fil\u00e9 du fric. On en a donn\u00e9 la moiti\u00e9 aux avocats et, avec l\u2019autre moiti\u00e9, on est all\u00e9 bouffer \u00e0 la Coupole. Quand j\u2019ai racont\u00e9 \u00e7a au copain crois\u00e9 dans la rue, au lieu de rire, il me dit \u00ab\u00a0Tu ne peux pas faire \u00e7a, tu n\u2019as plus le droit, tu n\u2019as plus le droit de jouer, c\u2019est malhonn\u00eate\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin\u00a0:\u00a0Vous \u00e9tiez une sorte de flibustier\u2026\u00a0?<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Oui, ou plut\u00f4t non, j\u2019\u00e9tais dans la piraterie r\u00e9volutionnaire\u2026 De leur c\u00f4t\u00e9, Geismar et Sauvageot savaient rester dans leur r\u00f4le, institutionnel et militant. Moi j\u2019\u00e9tais quelque chose de tr\u00e8s bizarre, un OVNI\u2026 C\u2019est l\u00e0 que des projections lourdes ont commenc\u00e9 sur moi et qui font qu\u2019\u00e0 la fin mai, je d\u00e9cide de me barrer.<\/p>\n<p>Thierry Lefebvre \u2013 Ce ph\u00e9nom\u00e8ne de projection n\u2019est-il pas li\u00e9 \u00e0 votre forte m\u00e9diatisation\u00a0?<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Ce ph\u00e9nom\u00e8ne commence t\u00f4t. \u00c0 Nanterre, je suis d\u00e9j\u00e0 une grande gueule. Et la gr\u00e8ve qui y d\u00e9bute l\u00e0 exprime un peu avant les autres ce que beaucoup ressentent. C\u2019est la raison pour laquelle je me d\u00e9finis comme un haut-parleur, plut\u00f4t que comme un leader. Je n\u2019ai pas un comportement classique de leader, de dirigeant. C\u2019est pour cela que j\u2019ai eu la sympathie de ceux qui faisaient gr\u00e8ve. Je n\u2019avais pas un langage born\u00e9. Les m\u00e9dias qui d\u00e9barquent \u00e0 Nanterre d\u00e9couvre un type un peu sp\u00e9cial. Pour eux c\u2019est une aubaine. Ils parlent de moi et ainsi renvoient mon image \u00e0 ceux qui veulent savoir ce qui se passe. Il y a une sorte de jeu qui s\u2019instaure implicitement\u00a0: je joue avec les m\u00e9dias et les m\u00e9dias jouent avec moi. C\u2019est ainsi que je m\u2019impose et qu\u2019on m\u2019impose dans l\u2019espace public. Puis lentement cela commence \u00e0 me poser des difficult\u00e9s en tant qu\u2019individu. Je suis un personnage et en m\u00eame temps je n\u2019ai que 23 ans. En f\u00e9vrier 1967, personne ne me connaissait. J\u2019\u00e9tais avec un groupe de copains anars, on faisait une petite revue \u2013 \u00a0Noir et rouge \u2013 que personne ne lisait. Et six mois apr\u00e8s, je suis \u00e0 la Une des m\u00e9dias du monde entier. Je suis alors quelqu\u2019un d\u2019autre, et les gens me regardent autrement. Le c\u00f4t\u00e9 positif, c\u2019est que d\u2019\u00eatre connu et d\u2019avoir suscit\u00e9 la terreur, fait que dans la r\u00e9alit\u00e9 les gens vous regardent autrement et que, par contraste, tout ce que vous avez de positif devient alors perceptible par eux beaucoup plus rapidement. Si vous \u00eates inconnu, vous pouvez avoir plein de choses positives, les gens ne le verront pas et passeront \u00e0 c\u00f4t\u00e9. C\u2019est ce qui se passe pour moi en 68\u00a0; je deviens un autre personnage et je perds mon enracinement. Je suis sur un nuage, je ne suis plus amarr\u00e9. J\u2019ai mis pr\u00e8s de deux ou trois ans apr\u00e8s 68 pour reprendre mon v\u00e9ritable personnage. Mais c\u2019est \u00e0 partir de 68 que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 avoir une relation avec les m\u00e9dias qui s\u2019est perp\u00e9tu\u00e9e depuis, m\u00eame si j\u2019ai chang\u00e9 politiquement. Cette relation de fascination mutuelle entre des journalistes et moi, moi et des journalistes est rest\u00e9e. Ce qui est difficile \u00e0 tenir, c\u2019est la fronti\u00e8re entre l\u2019envie d\u2019\u00eatre aim\u00e9 ou accept\u00e9 et l\u2019opportunisme\u2026<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 La marge est \u00e9troite\u2026<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Tr\u00e8s \u00e9troite.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 J\u2019aimerais qu\u2019on parle de cette fameuse photo de Gilles Caron, celle o\u00f9 vous souriez avec insolence \u00e0 ce CRS qui vous fait face\u2026<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Cette photo, c\u2019est celle qui m\u2019a faite. S\u2019il fallait r\u00e9sumer mon rapport avec les m\u00e9dias ou avec l\u2019espace public, je dirais que c\u2019est cette photo qui m\u2019a fondamentalement d\u00e9fini. Elle exprime tout le c\u00f4t\u00e9 positif de la r\u00e9volte de 68, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019insolence, l\u2019insouciance, le sourire, la sympathie. Ce n\u2019est pas l\u2019image agressive et casqu\u00e9e du r\u00e9volutionnaire avec le couteau entre les dents, c\u2019est le contraire. Je crois que les projections positives que beaucoup de personnes ont de Mai 68, ce c\u00f4t\u00e9 de lib\u00e9ration individuelle et collective, se cristallisent dans cette photo.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 Il y a beaucoup de symbolique en jeu dans cette image. On a aussi l\u2019impression que vous jouez de la complicit\u00e9 avec les photographes qui sont pr\u00e9sents\u2026<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Oui, Il y a quelque chose de surr\u00e9aliste dans ce contraste entre un casque tr\u00e8s violent et ce sourire qui est d\u00e9sarmant. La situation est compl\u00e8tement ridicule et l\u2019image semble dire\u00a0: \u00ab\u00a0Pouvez-vous m\u2019expliquer pourquoi ils sont tous casqu\u00e9s\u00a0?\u00a0\u00bb. Ce jour-l\u00e0, nous ne pouvions pas rentrer dans la Sorbonne parce qu\u2019elle \u00e9tait ferm\u00e9e, alors nous avions remont\u00e9 le boulevard Saint Michel et \u00e9tions pass\u00e9s par la rue Soufflot. C\u2019\u00e9tait amusant, parce qu\u2019il y avait beaucoup de photographes. Certains disaient\u00a0: \u00ab\u00a0Vous allez voir, les casseurs vont prendre d\u2019assaut le conseil de discipline\u00a0\u00bb. Et nous, nous d\u00e9ambulions tranquillement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des CRS\u2026 C\u2019\u00e9tait une situation d\u2019un autre monde, d\u2019un autre \u00e2ge, d\u2019un autre si\u00e8cle. On sentait tr\u00e8s bien qu\u2019il y avait des choses qui se terminaient, qu\u2019un vieux monde \u00e9tait en train de s\u2019\u00e9crouler. Je n\u2019irai pas jusqu\u2019\u00e0 dire que c\u2019\u00e9tait un visage totalitaire qui nous faisait face, mais, en tout cas, ce visage \u00e9tait devenu ridicule.<\/p>\n<p>Thierry Lefebvre \u2013 Votre objectif, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, est justement de ridiculiser le pouvoir. Vous le d\u00e9clarez \u00e0 plusieurs reprises\u2026<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Absolument. C\u2019est le pouvoir qui \u00e9tait \u00e0 contresens de l\u2019Histoire. Un pouvoir qui se ridiculisait et qu\u2019il fallait ridiculiser.<\/p>\n<p>Thierry Lefebvre \u2013 Cela rappelle un peu les manifestations hippies aux \u00c9tats-Unis. Il y a \u00e9galement cette anecdote o\u00f9 vous revenez \u00e0 la fronti\u00e8re allemande et vous dites \u00e0 vos camarades\u00a0: \u00ab\u00a0Cueillons des fleurs et allons les donner aux CRS\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Oui, c\u2019est un peu plus tard, mais j\u2019ai toujours aim\u00e9 le mouvement hippy. J\u2019\u00e9tais beaucoup plus impr\u00e9gn\u00e9 par toute cette contre-culture que par le mouvement fran\u00e7ais traditionnel, trotskyste, marxiste-l\u00e9niniste ou libertaire.<\/p>\n<p>Thierry Lefebvre \u2013 Comment avez-vous connu la contre-culture anglo-saxonne\u00a0? vous \u00e9coutiez du rock, vous voyagiez\u2026\u00a0?<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 J\u2019\u00e9tais assez musique. Je me trouvais aux \u00c9tats-Unis quand A Hard Day\u2019s Night est sorti. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s impressionn\u00e9 par ce que cela avait cr\u00e9\u00e9. En 1964, j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 un concert de Joan Baez \u00e0 Forest Hill. Il y avait 10 000 personnes. \u00c0 un moment donn\u00e9, apr\u00e8s vingt minutes de concert, elle a dit\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est ennuyeux de chanter seule, j\u2019ai amen\u00e9 un copain avec moi\u00a0\u00bb et elle fait entrer sur sc\u00e8ne un petit mec avec une voix tr\u00e8s nasillarde. C\u2019\u00e9tait Bob Dylan. Et ils ont chant\u00e9 ensemble pendant deux heures. Tout cela fait donc partie de ma culture.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 Vous avez rencontr\u00e9 Mick Jagger, je crois\u2026<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 J\u2019ai toujours beaucoup aim\u00e9 les Stones. Je trouvais que Jagger incarnait sur sc\u00e8ne un d\u00e9sir de libert\u00e9. Je l\u2019ai rencontr\u00e9 une fois \u00e0 Paris apr\u00e8s ma lev\u00e9e d\u2019interdiction de s\u00e9jour au d\u00e9but des ann\u00e9es 80. Je d\u00e9jeunais dans un restaurant, et il \u00e9tait install\u00e9 \u00e0 la table \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Depuis longtemps, j\u2019avais envie de faire une interview de lui. Je lui dis\u00a0: \u00ab\u00a0Bonjour, vous ne savez peut-\u00eatre pas qui je suis\u2026\u00a0\u00bb. Il me r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Mais si, je vous connais, vous \u00eates \u00ab\u00a0Dany-the-red\u00a0!\u00a0\u00bb. On a discut\u00e9, puis il m\u2019a donn\u00e9 son num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone que j\u2019ai malheureusement \u00e9gar\u00e9 peu de temps apr\u00e8s\u2026.<\/p>\n<p>Thierry Lefebvre \u2013 Ne vous consid\u00e9riez-vous pas vous aussi, \u00e0 un certain moment, comme une \u00ab\u00a0rock star\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Une \u00ab\u00a0rock star\u00a0\u00bb\u00a0? Je ne crois pas. Mais c\u2019est vrai que derri\u00e8re le star-system, il y a une envie des gens de s\u2019identifier \u00e0 un personnage. Depuis 68, il y a effectivement beaucoup de gens qui ont de moi l\u2019image d\u2019un type qui fait de la politique autrement\u00a0; un type qui veut \u00eatre ind\u00e9pendant. C\u2019est pour cela qu\u2019il y a un rapport d\u2019identification, d\u2019acceptation. Parfois quand je me prom\u00e8ne avec ma femme, il y a des gens qui viennent et me disent des choses compl\u00e8tement folles du type \u00ab\u00a0Heureusement que vous existez\u00a0!\u00a0\u00bb. Mais il y a aussi des personnes qui me trouvent ex\u00e9crable. C\u2019est pour cela qu\u2019il ne faut pas trop simplifier. Il y a un ou deux ans, je vais au th\u00e9\u00e2tre voir Le Roi Lear avec Michel Piccoli. Je prends mes billets et derri\u00e8re moi, il y a un type qui me dit\u00a0: \u00ab\u00a0Bonjour Daniel\u00a0!\u00a0\u00bb. Je me retourne, c\u2019\u00e9tait Jospin. On parle un peu, puis on rentre dans la salle. Ce qui m\u2019a frapp\u00e9 apr\u00e8s le spectacle, c\u2019est que tr\u00e8s peu de gens sont all\u00e9s le voir, alors que beaucoup sont venus me parler. Lui, il \u00e9tait l\u2019autorit\u00e9 qu\u2019on n\u2019abordait pas. Moi, on ne cesse de venir me dire\u00a0: \u00ab\u00a0Il faudrait que tu fasses ceci ou cela\u2026\u00a0\u00bb. J\u2019ai l\u2019impression de faire partie du bien public. Je suis une sorte de service public\u2026 (Rires).<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 Il y a un c\u00f4t\u00e9 formidable \u00e0 cela, mais aussi un c\u00f4t\u00e9 terriblement lourd \u00e0 porter. N\u2019avez-vous pas parfois envie de tout laisser tomber\u00a0?<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Je ne suis pas de ceux qui s\u2019en plaignent. Quand je n\u2019en peux plus, je me casse. Mais votre question en cache une autre\u00a0: \u00ab\u00a0Est-ce que je trouve \u00e7a agr\u00e9able ou d\u00e9sagr\u00e9able\u00a0?\u00a0\u00bb. La r\u00e9ponse est\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, je trouve cela agr\u00e9able\u00a0\u00bb. La plupart des gens sont sympas avec moi, me font un clin d\u2019\u0153il, un sourire. Par rapport \u00e0 l\u2019Allemagne, il y a en France une fascination \u00e0 mon \u00e9gard qui vient de 68. \u00c0 Francfort, les gens trouvent bien ce que j\u2019ai fait politiquement, notamment quand je me suis occup\u00e9 de l\u2019immigration. Ici, c\u2018est autre chose, il y a un refoul\u00e9. J\u2019ai l\u2019impression d\u2019\u00eatre le divan de la France\u00a0; je suscite le refoul\u00e9 et \u00e7a a donc une autre intensit\u00e9.<\/p>\n<p>Thierry Lefebvre \u2013 Revenons \u00e0 votre m\u00e9diatisation en Mai 68. D\u2019o\u00f9 cela part-il\u00a0? De l\u2019image ou du son\u00a0? Vous utilisiez aussi beaucoup la radio\u00a0: l\u2019appel \u00e0 la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, par exemple, se fait sur Europe 1\u2026<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 C\u2019est l\u2019image et le son. Je ne crois pas qu\u2019on puisse s\u00e9parer les deux. L\u2019image a jou\u00e9 \u00e9videmment, mais la parole a eu aussi un r\u00f4le tr\u00e8s important. Le \u00ab\u00a0parler vrai\u00a0\u00bb, que Rocard a ensuite essay\u00e9 de reprendre et de th\u00e9oriser, est n\u00e9 \u00e0 cette occasion, en 1968. Ce qui plait aux m\u00e9dias, c\u2019est que je suis quelqu\u2019un qui parle normalement. Mais bien s\u00fbr, \u00e7a ne veut pas dire que c\u2019est toujours bien ou toujours juste.<\/p>\n<p>Thierry Lefebvre \u2013 Dans une conf\u00e9rence de presse que vous faites d\u00e9but mai avec Sauvageot et Geismar, il y a vraiment une diff\u00e9rence nette de parole et de ton entre vous. Geismar scande comme s\u2019il \u00e9tait devant une salle sans micro et vous vous \u00eates spontan\u00e9, parlant plus pos\u00e9ment et assez naturellement\u2026<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Pour contredire cela, il y a aussi une autre conf\u00e9rence de presse, quand je suis rentr\u00e9 ill\u00e9galement d\u2019Allemagne, o\u00f9 je pratique la langue de bois incroyable. C\u2019est l\u00e0 d\u2019ailleurs o\u00f9 a m\u00fbri en moi la d\u00e9cision de partir. J\u2019\u00e9tais devenu le pion r\u00e9volutionnaire du 22 mars\u00a0: j\u2019ai m\u00eame lanc\u00e9 un appel aux paysans \u2026 c\u2019\u00e9tait compl\u00e8tement aberrant\u00a0!<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 Pourriez-vous pr\u00e9ciser cet \u00e9pisode\u00a0? C\u2019est un moment important des \u00e9v\u00e9nements, et sans doute quelque chose qui vous a profond\u00e9ment marqu\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Oui, c\u2019est une des choses qui m\u2019a le plus marqu\u00e9. C\u2019\u00e9tait le lendemain de mon retour d\u2019Allemagne. J\u2019arrivais \u00e0 Paris. J\u2019avais repass\u00e9 la fronti\u00e8re gr\u00e2ce aux anciens r\u00e9seaux de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, Mes cheveux \u00e9taient teints et je portais des lunettes de soleil. Les types qui faisaient le service d\u2019ordre \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la Sorbonne, les Katangais, ne m\u2019ont pas reconnu et ils refusaient de me laisser rentrer. Les copains qui m\u2019accompagnaient disaient que j\u2019\u00e9tais un camarade espagnol, quelqu\u2019un d\u2019important. Comme \u00e7a coin\u00e7ait toujours, j\u2019ai finalement d\u00e9cid\u00e9 de leur montrer ma carte d\u2019identit\u00e9. Ils en sont rest\u00e9s sci\u00e9s et m\u2019ont autoris\u00e9 entrer sans d\u00e9voiler la nouvelle. Le grand amphi de la Sorbonne \u00e9tait plein \u00e0 craquer \u2013 environ 2 000 personnes \u2013 et on y discutait de je ne sais quoi. \u00c0 la tribune, je suis annonc\u00e9 comme \u00e9tant le fameux camarade espagnol. J\u2019enl\u00e8ve alors mes lunettes et l\u00e0, c\u2019est le d\u00e9lire. Les m\u00e9dias qui sont pr\u00e9sents annoncent alors en direct\u00a0: \u00ab\u00a0Il est rentr\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb, et en une heure, il y a pr\u00e8s de 20 000 personnes qui viennent s\u2019agglutiner dans et autour de la Sorbonne. C\u2019\u00e9tait assez ph\u00e9nom\u00e9nal, il y avait une sorte d\u2019exaltation quasi stalinienne. Dans mon intervention, c\u2019est vrai, j\u2019ai dit des choses qui \u00e9taient ni sens\u00e9es ni insens\u00e9es, c\u2019\u00e9tait un moment d\u2019\u00e9motion. Mais, globalement, j\u2019ai fait un discours politique g\u00e2teux. Je n\u2019\u00e9tais plus dans le vrai, mais dans une logomachie r\u00e9volutionnaire aberrante et totalement d\u00e9connect\u00e9e. C\u2019est \u00e0 ce moment que j\u2019ai vraiment compris que ce qui se passait en cette fin mai, ce n\u2019\u00e9tait plus mon histoire. Je n\u2019\u00e9tais en fait que la moiti\u00e9 de Mai\u00a0; des choses en moi m\u2019\u00e9chappaient, s\u2019\u00e9chappaient\u2026 Je m\u2019\u00e9chappais\u2026<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 Il y a pourtant plusieurs d\u00e9clarations en Mai 68 o\u00f9 vous dites\u00a0: \u00ab\u00a0je ne suis pas un r\u00e9volutionnaire, je suis un r\u00e9volt\u00e9\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Ce type de discours, c\u2019est vraiment moi. En 1967-1968, quoi que les gens puissent s\u2019imaginer, j\u2019\u00e9tais r\u00e9formiste, un r\u00e9formiste radical, comme on disait. \u00c0 cette \u00e9poque, j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 pour la cogestion universitaire\u00a0: un tiers pour les profs, un tiers pour les employ\u00e9s, un tiers pour les \u00e9tudiants. Bref, j\u2019\u00e9tais loin du discours r\u00e9volutionnaire sur l\u2019enseignement bourgeois\u2026 Au passage, il y a une chose dont je reste tr\u00e8s fier, c\u2019est ma discussion avec Sartre, parue dans le Nouvel Observateur. \u00c0 chaque fois que je relis ce truc, je me dis\u00a0: \u00ab\u00a0Ce gamin, il a vraiment du bon sens\u00a0\u00bb. Notamment quand j\u2019explique \u00e0 Sartre que ce n\u2019est pas la r\u00e9volution, que le grand soir, \u00e7a n\u2019existe plus, que tout \u00e7a c\u2019est du baratin\u2026<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 \u00c0 d\u00e9faut de grand soir, il y a dans votre histoire personnelle un autre grand retour. C\u2019est celui que vous op\u00e9rez en 1999 \u00e0 l\u2019occasion de votre candidature sur les listes vertes aux \u00e9lections europ\u00e9ennes en France. Encore une fois, les m\u00e9dias ont jou\u00e9 un r\u00f4le important dans cette affaire\u2026<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 En 1998, les Verts fran\u00e7ais sont globalement tr\u00e8s r\u00e9ticents \u00e0 l\u2019id\u00e9e que je me pr\u00e9sente dans l\u2019Hexagone. Pour faire passer la chose et m\u2019imposer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des Verts, on s\u2019est donc largement appuy\u00e9s sur les m\u00e9dias. C\u2019est surtout mon fr\u00e8re Gaby qui a organis\u00e9 cela. Rapidement, les m\u00e9dias se sont \u00e9tonn\u00e9s de ces r\u00e9ticences en disant ouvertement que ma candidature repr\u00e9sentait une chance inou\u00efe pour les \u00e9colos. Ce sont finalement eux qui m\u2019ont impos\u00e9 en interne. Une fois encore, ce jeu entre les m\u00e9dias et moi a fait la diff\u00e9rence.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 Apr\u00e8s l\u2019enthousiasme m\u00e9diatique du d\u00e9but de campagne, vous traversez une phase difficile dans les sondages durant les premiers mois de 1999. Et puis votre campagne conna\u00eet un tournant en mars quand vous prenez position en faveur d\u2019une intervention au Kosovo\u2026<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 L\u00e0 encore, les Verts \u00e9taient tr\u00e8s sceptiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard de mes id\u00e9es sur la question\u00a0; tout le monde me conseille de mettre un b\u00e9mol. Face \u00e0 cette situation, je r\u00e9fl\u00e9chis\u2026 En fait, je r\u00e9fl\u00e9chis une heure, et puis je dis ce que je dis, je dis que je suis pour. Je dis pourquoi il faut une l\u2019intervention. Je place un texte dans Lib\u00e9 o\u00f9 j\u2019explique pourquoi il est juste d\u2019intervenir au Kosovo\u2026<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 C\u2019est un texte d\u2019explication qui est quand m\u00eame empreint d\u2019une tr\u00e8s forte \u00e9motion\u2026 Les premiers mots sont\u00a0: \u00ab\u00a0Je craque\u00a0!\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Oui, c\u2019est absolument sinc\u00e8re et plein d\u2019\u00e9motion, de m\u00eame que toutes les interventions que je ferai par la suite sur le sujet. Je me bats ensuite contre l\u2019intervention a\u00e9rienne et je dis que pour lib\u00e9rer les \u00eatres humains, il faut entrer l\u00e0-bas avec des troupes terrestres. J\u2019explique ma position aux Verts et \u00e0 l\u2019opinion en partant de ce qui s\u2019est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 avant, en Bosnie. C\u2019est vrai que beaucoup de gens au d\u00e9part n\u2019\u00e9taient pas favorables \u00e0 cette intervention. Ils ont \u00e9t\u00e9 assez perturb\u00e9s par mon discours\u00a0; je dirais m\u00eame positivement perturb\u00e9s. \u00c0 aucun moment de cette affaire, je n\u2019ai abandonn\u00e9 ma sinc\u00e9rit\u00e9\u00a0; j\u2019ai dit ce que je ressentais vraiment.<\/p>\n<p>Thierry Lefebvre \u2013 Il y a un autre personnage qui utilise beaucoup les m\u00e9dias, c\u2019est Nicolas Sarkozy. Tout en ayant une position institutionnelle forte, il use beaucoup de la transgression et de l\u2019\u00e9motion dans son propos. Face \u00e0 ceux que cela choque, il r\u00e9plique\u00a0: \u00ab\u00a0Pourquoi je n\u2019aurais pas le droit de dire cela\u00a0?\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Je sais, il y a beaucoup de gens qui font cette analogie entre lui et moi\u2026<\/p>\n<p>Thierry Lefebvre \u2013 Justement, que r\u00e9pondez-vous \u00e0 cela\u00a0?En mati\u00e8re de communication, quelle est la diff\u00e9rence entre vous et lui\u00a0?<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 La grande diff\u00e9rence, c\u2019est que lui recherche un pouvoir sur les m\u00e9dias. Sa mani\u00e8re d\u2019\u00eatre, la spontan\u00e9it\u00e9 qu\u2019il a aussi, visent une instrumentalisation totale des m\u00e9dias. Tout ce qu\u2019il fait rel\u00e8ve au bout du compte d\u2019une volont\u00e9 d\u2019imposer son pouvoir. C\u2019est pour \u00e7a que je trouve la comparaison ind\u00e9cente. Je ne suis jamais intervenu aupr\u00e8s des m\u00e9dias parce qu\u2019ils avaient \u00e9crit ceci ou cela, parce que l\u2019image qu\u2019ils offraient de moi n\u2019\u00e9tait pas celle que je souhaitais. Contrairement \u00e0 moi, Sarkozy ne joue pas. Il ne joue pas avec les m\u00e9dias, il pr\u00e9f\u00e8re les poss\u00e9der, les ma\u00eetriser. C\u2019est donc un tout autre type de rapport.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 Comme vous, pourtant, il parle beaucoup en \u00ab\u00a0off\u00a0\u00bb et de mani\u00e8re tr\u00e8s libre avec les journalistes\u2026<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 C\u2019est vrai que c\u2019est quelqu\u2019un qui a un besoin de parler avec les gens et qu\u2019il le fait. C\u2019est pour \u00e7a que la comparaison avec moi vaut ce qu\u2019elle vaut et que, \u00e0 un certain niveau, elle est possible. Mais la grande diff\u00e9rence entre Sarkozy et moi, si on veut aller jusqu\u2019au bout, c\u2019est que lui veut absolument tout le pouvoir, alors que moi je ne veux absolument pas le pouvoir. Je ne veux pas \u00eatre ministre, ce n\u2019est pas une vie. Je ne veux pas mettre ma vie priv\u00e9e au service de ma trajectoire, alors que chez lui, tout est au service de son ambition\u00a0; tout le monde doit se plier \u00e0 \u00e7a.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 \u00c0 plusieurs moments de votre vie, sans \u00eatre pour autant journaliste, vous passez du c\u00f4t\u00e9 du commentateur\u00a0?<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Oui, pendant neuf ans j\u2019ai anim\u00e9 une \u00e9mission litt\u00e9raire sur la t\u00e9l\u00e9vision suisse allemande, j\u2019ai anim\u00e9 plusieurs \u00e9missions de d\u00e9bats sur Arte, j\u2019ai fait une rubrique pour Le Monde pendant le championnat d\u2019Europe de football, j\u2019ai fait la m\u00eame chose pour l\u2019\u00c9quipe Magazine pour la Coupe du monde l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re\u2026 Pendant huit ans, je me suis aussi occup\u00e9 d\u2019un journal alternatif \u00e0 Francfort. J\u2019en \u00e9tais le directeur. C\u2019\u00e9tait du journalisme \u00ab\u00a0autrement\u00a0\u00bb, mais quand m\u00eame\u2026<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 Vous avez toujours eu un grand plaisir \u00e0 faire cela\u00a0?<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Oui, j\u2019ai fait aussi de la radio avec Ivan Leva\u00ef sur Europe 1&#8230; Faire parler les autres, et parler avec les autres, c\u2019est quelque chose qui m\u2019a toujours fascin\u00e9. Alors, et de ce fait, j\u2019ai un statut assez bizarre\u00a0: je suis devant et derri\u00e8re le micro, devant et derri\u00e8re la cam\u00e9ra, acteur public et commentateur public.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gattolin \u2013 Vous commentez beaucoup l\u2019actualit\u00e9. Souvent, si un journaliste vous ass\u00e8ne une question mal ficel\u00e9e et peu pertinente, vous arrivez quand m\u00eame dans votre r\u00e9ponse \u00e0 donner un sens \u00e0 sa question\u2026<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 C\u2019est vrai. D\u2019ailleurs au d\u00e9but de la campagne de 1999, beaucoup de gens m\u2019ont dit\u00a0: \u00ab\u00a0Tu dois arr\u00eater de commenter la campagne, d\u2019\u00eatre un commentateur. Tu dois changer de posture, tu es maintenant un acteur de la campagne, tu dois te mettre en position de proposer, de dire, de faire ou de pouvoir faire faire\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Thierry Lefebvre \u2013 Pourriez-vous revenir plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce que vous entendez quand vous vous d\u00e9finissez comme un haut-parleur\u00a0?<\/p>\n<p>Daniel Cohn-Bendit \u2013 Le haut-parleur, pour moi, c\u2019est celui qui dit tout haut, et un peu avant, ce que beaucoup pensent. Ce peut \u00eatre parfois un contenu ou une \u00e9motion. Le leader instrumentalise ce que dit son message pour justifier sa position de leader. Le haut-parleur veut simplement communiquer aux autres une pens\u00e9e, un discours ou une \u00e9motion qu\u2019il veut partager avec les autres. Quand, d\u00e8s 1968, je dis de moi que je suis un \u00ab\u00a0haut-parleur\u00a0\u00bb, cela signifie que je n\u2019entends pas devenir leader. Et plus tard, cela signifie \u00e9galement que je ne veux pas devenir ministre. On peut me r\u00e9torquer que je suis d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en aujourd\u2019hui\u2026 Mais c\u2019est quand m\u00eame quelque chose beaucoup plus civil. Le haut-parleur, c\u2019est aussi quelqu\u2019un qui, dans sa communication, surprend par la v\u00e9racit\u00e9 de son propos, qui ne dit pas les choses de mani\u00e8re feutr\u00e9e et qui vise \u00e0 se faire entendre et comprendre par le plus grand nombre possible de gens.<\/p>\n<p>Entretien r\u00e9alis\u00e9 par Andr\u00e9 Gattolin et Thierry Lefebvre le 6 d\u00e9cembre 2007.<\/p>\n<\/div>\n<p><a id=\"forum\" name=\"forum\" href=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/spip.php?article411#forum\"><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Publi\u00e9 \u00a0le 3 juin 2008 Andr\u00e9 Gattolin,\u00a0Thierry Lefebvre Article extrait du num\u00e9ro hors s\u00e9rie n\u00b0\u00a04 de la revue M\u00e9diamorphoses, \u00ab\u00a0Les empreintes de Mai 68\u00a0\u00bb, sous la direction d\u2019Andr\u00e9 Gattolin et&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/daniel-cohn-bendit-haut-parleur-commentateur-icone-mediatique\/\">Lire plus &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35],"tags":[48],"class_list":["post-328","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-debats","tag-daniel-cohn-bendit-mai-68-contestation-poltique"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/328","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=328"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/328\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=328"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=328"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=328"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}