{"id":2032,"date":"2016-06-20T23:02:13","date_gmt":"2016-06-20T21:02:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/?p=2032"},"modified":"2024-03-23T13:14:36","modified_gmt":"2024-03-23T11:14:36","slug":"lauteur-en-question-shakespeare-lecteur-de-foucault","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/lauteur-en-question-shakespeare-lecteur-de-foucault\/","title":{"rendered":"L&rsquo;auteur en question :  Shakespeare, lecteur de Foucault"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Lamberto Tassinari<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span lang=\"en-CA\">History is a nightmare from <\/span><\/p>\n<p><span lang=\"en-CA\">which we have yet to awake.<\/span><\/p>\n<p>James Joyce<\/p>\n<p>Ce sont les paroles les plus silencieuses qui apportent la temp\u00eate.<\/p>\n<p>Ce sont les pens\u00e9es qui viennent comme port\u00e9es sur des pattes de colombes qui dirigent le monde.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2034\" src=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/index.jpeg\" alt=\"index\" width=\"134\" height=\"201\" \/>A quelques jours du r\u00e9f\u00e9rendum anglais, il est opportun de rappeler que le plus anglais des \u00e9crivains britanniques \u00e9tait aussi le plus europ\u00e9en d&rsquo;entre eux . Que ce soit par son immense culture continentale ou encore, ce qui est moins connu, par ses propres origines. C&rsquo;est la th\u00e8se que d\u00e9fend Lamberto Tassinari\u00a0\u00a0 dans son livre\u00a0\u00a0\u00a0 <em>John Florio alias Shakespeare<\/em>, publi\u00e9 cette ann\u00e9e aux \u00e9ditions du bord de l&rsquo;eau.\u00a0 Il nous propose un billet\u00a0 sur un ton ironique\u00a0 que n&rsquo;aurait pas d\u00e9plus au grand Bill\u00a0 dont le th\u00e8me est \u00a0 la fonction de l&rsquo;auteur\u00a0 et par ricochet\u00a0 ce qui fait autorit\u00e9. Ce qui est aussi finalement l&rsquo;enjeu v\u00e9ritable du r\u00e9f\u00e9rendum anglais.!<\/p><\/blockquote>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Parmi les milliers de livres que Shakespeare a lus, il y a Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un auteur\u00a0?, la fameuse conf\u00e9rence que Michel Foucault a prononc\u00e9e devant les membres de la Soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de philosophie le 22 f\u00e9vrier 1969 \u00e0 Paris. Que l\u2019homme de Stratford ait pu avoir acc\u00e8s \u00e0 ce texte constitue un myst\u00e8re que m\u00eame un biographe du Barde aussi \u00e9rudit et inventif que Stephen Greenblatt n\u2019a pas pu percer. Comme c\u2019est le cas chaque fois qu\u2019on ignore la source d\u2019une connaissance shakespearienne, on finit par se dire que si Shakespeare d\u00e9montre qu\u2019il conna\u00eet une telle mati\u00e8re, cela signifie qu\u2019il a eu les moyens de l\u2019obtenir. Conclusion tr\u00e8s juste et convenable, que tout le monde accepte comme une v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, mais que je suis le premier \u00e0 d\u00e9montrer de fa\u00e7on scientifique dans le cas de Foucault.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Comme tout le monde sait, le hasard vient au secours des chercheurs les plus audacieux. Je me trouvais en vacances en Angleterre en mars 2016, invit\u00e9 par un ami historien qui, lors d\u2019une recherche \u00e0 la <em>Marsh\u2019s Library,<\/em> avait trouv\u00e9 parmi les livres du fonds de William Alabaster, po\u00e8te et dramaturge contemporain du Barde, un manuscrit de ce dernier dans lequel le jeune Shakespeare d\u00e9crivait ses premi\u00e8res exp\u00e9riences londoniennes. Ce document extraordinaire, d\u2019une valeur inestimable pour tout \u00e9tudiant shakespearien, nous permet enfin de r\u00e9soudre le myst\u00e8re de l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Londres du g\u00e9nie en herbe et de jeter de la lumi\u00e8re sur son apprentissage po\u00e9tique et th\u00e9\u00e2tral. \u00c0 ma plus grande surprise, mon ami Bill K. a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas r\u00e9v\u00e9ler aux m\u00e9dias sa d\u00e9couverte et d\u2019accorder \u00e0 moi seul l\u2019immense privil\u00e8ge de l\u2019utiliser.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Dans ces notes, griffonn\u00e9es avec la calligraphie g\u00e9niale qu\u2019on lui connaissait par les six fameuses signatures, on lit que d\u00e8s les premiers jours de son d\u00e9barquement dans la capitale le 4 mai 1588, le jeune aventurier du Warwickshire, en se promenant aux alentours de la cath\u00e9drale Saint-Paul, entra dans la boutique de l\u2019\u00e9diteur Andrew Wise. L\u00e0, son regard vif, toujours en qu\u00eate de d\u00e9couvertes, fut attir\u00e9 par la couverture d\u2019un petit livre qui se d\u00e9marquait des autres par la s\u00e9duisante beaut\u00e9 des images mais aussi par le titre qui en langue \u00e9trang\u00e8re interrogeait urgemment le lecteur\u00a0: Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un auteur\u00a0? Langue \u00e9trang\u00e8re, oui, mais pas inconnue car notre g\u00e9nie provincial avait bien appris plus que les rudiments de la langue fran\u00e7aise \u00e0 la petite \u00e9cole de son village o\u00f9 ses ma\u00eetres lui avaient aussi donn\u00e9 une bonne formation en latin, grec, italien, espagnol, rh\u00e9torique, sciences et histoire. En continuant la lecture des notes autobiographiques du futur grand dramaturge, j\u2019ai compris que le bizarre essai de Foucault avait litt\u00e9ralement boulevers\u00e9 le jeune paysan en le convaincant de s\u2019affirmer comme auteur tout en effa\u00e7ant sa personnalit\u00e9, en ne laissant dans son \u0153uvre aucune trace de sa personne.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">L\u2019habilet\u00e9 du jeune \u00e9crivain dans la poursuite d\u2019une t\u00e2che si ardue a de quoi \u00e9merveiller les lecteurs postmodernes et d\u00e9sabus\u00e9s que nous sommes. Surtout quand on consid\u00e8re la p\u00e9riode historique \u00e0 laquelle elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e et le contexte social dans lequel le rustre a grandi\u00a0: un petit village de campagne qui avait son propre dialecte, une communaut\u00e9 tout \u00e0 fait d\u00e9pourvue de culture au sein de laquelle il a v\u00e9cu jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt-quatre ans. Comme le g\u00e9nie tout seul ne suffit pas \u00e0 justifier un tel exploit, il fallait qu\u2019il y ait d\u2019autres raisons. Voil\u00e0 comment je suis arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion que si le texte de Foucault fut le d\u00e9clencheur et le premier responsable du grand tournant <em>auctorial<\/em>, une autre puissante influence, cette fois provenant des \u00c9tats-Unis, avait profond\u00e9ment agi sur le jeune Shakespeare. Mon hypoth\u00e8se se fonde sur une phrase autographe qu\u2019on peut lire dans le manuscrit du fonds Alabaster avec laquelle le futur g\u00e9nie exprime la volont\u00e9 de s\u2019affirmer comme \u00ab\u00a0the inventer of the humaine\u00a0[sic]\u00a0\u00bb. Or, cette phrase renvoie notamment au grand critique am\u00e9ricain Harold Bloom dont \u00ab\u00a0The Invention of the Human\u00a0\u00bb, fameux essai de 1998, porte presque exactement ces mots dans le titre\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Le jeune dramaturge semble donc avoir suivi \u00e0 la lettre les prescriptions de Foucault ainsi que le diagnostic de Bloom, qui \u00e9crit dans une autre \u0153uvre capitale\u00a0:<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">C\u2019est comme si le cr\u00e9ateur de douzaines de personnages importants et de centaines de figures mineures mais souvent saisissantes n\u2019avait pas gaspill\u00e9 d\u2019\u00e9nergie et d\u2019imagination \u00e0 inventer pour lui-m\u00eame une image publique&#8230; Au c\u0153ur m\u00eame du Canon se trouve le moins conscient de soi et le moins agressif de tous les grands \u00e9crivains connus.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">D\u00e8s le d\u00e9but de sa carri\u00e8re, \u00ab\u00a0l\u2019homme de Stratford\u00a0\u00bb a voulu dispara\u00eetre de son \u0153uvre et a r\u00e9ussi \u00e0 ne rien r\u00e9v\u00e9ler de soi. Comment a-t-il accompli une tache si d\u00e9licate\u00a0? Pour obtenir le r\u00e9sultat dont parle Bloom, il a suivi une proc\u00e9dure tr\u00e8s ardue. Voyons cela par \u00e9tapes. D\u2019abord il a notamment d\u00fb s\u2019abstenir d\u2019\u00e9crire des lettres \u00e0 ses amis, \u00e0 sa famille et \u00e0 ses collaborateurs car dans des lettres personnelles on risque toujours de laisser des traces importantes de sa propre intimit\u00e9. Mais ce qui est d\u2019autant plus extraordinaire, Shakespeare a r\u00e9ussi \u00e0 interdire aux autres de lui \u00e9crire\u00a0! Y avoir r\u00e9ussi en ses ann\u00e9es vertes, est la preuve que sa parole, son charisme \u00e9taient ceux d\u2019un g\u00e9nie d\u00e9j\u00e0 reconnu et hautement respect\u00e9 par tous ceux qui le connaissaient. Toutefois la r\u00e9ussite la plus \u00e9tonnante dans la poursuite de cette strat\u00e9gie originale a \u00e9t\u00e9 d\u2019avoir obtenu de ses coll\u00e8gues dramaturges et po\u00e8tes qu\u2019ils ne lui d\u00e9dient aucun ouvrage\u00a0! R\u00e9sultat exceptionnel si l\u2019on consid\u00e8re le succ\u00e8s de ses pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre et l\u2019admiration universelle dont il avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 autant du peuple que des aristocrates et de la cour.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">La volont\u00e9 de dispara\u00eetre s\u2019est poursuivie dans d\u2019autres domaines, tant dans son th\u00e9\u00e2tre que dans sa vie priv\u00e9e. Envers ses enfants, soit les deux filles qui lui ont surv\u00e9cu, Judith et Suzanne, il s\u2019est comport\u00e9 avec une indiff\u00e9rence divine. Tel un vrai dieu insouciant du sort tragique de ses cr\u00e9atures abandonn\u00e9es aux tourments les plus atroces, le p\u00e8re Shakespeare, \u00e9toile flamboyante d\u2019intelligence, lecteur impuni et g\u00e9nial dramaturge, a laiss\u00e9 Judith et Suzanne dans un analphab\u00e9tisme presque total en leur niant la joie, je dirais m\u00eame l\u2019orgasme de la connaissance. M\u00eame dans son \u0153uvre biologique, Shakespeare n\u2019a donc pas laiss\u00e9 de trace\u00a0de son esprit\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Mais le geste vraiment sublime, litt\u00e9ralement son geste final, a \u00e9t\u00e9 la r\u00e9alisation du testament o\u00f9 le g\u00e9nie de Stratford a r\u00e9ussi \u00e0 ne rien r\u00e9v\u00e9ler de soi, m\u00eame pas au moment ultime de sa vie. Pas un seul mot de son \u0153uvre, de ses lectures, pas une parole pour ses m\u00e9c\u00e8nes, protecteurs et amis, m\u00eame pas l\u2019expression d\u2019une seule pens\u00e9e digne de ce nom. En somme, une performance g\u00e9niale\u00a0absolument digne d\u2019un Shakespeare\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Si quelqu\u2019un doute encore de l\u2019influence de Foucault, voici un passage qui d\u00e9montre \u00e0 quel point l\u2019auteur de L\u2019Histoire de la folie a inform\u00e9 le Barde\u00a0:<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">[L]&rsquo;\u00e9criture est maintenant li\u00e9e au sacrifice, au sacrifice m\u00eame de la vie\u00a0; effacement volontaire qui n&rsquo;a pas \u00e0 \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 dans les livres, puisqu&rsquo;il est accompli dans l&rsquo;existence m\u00eame de l&rsquo;\u00e9crivain. L&rsquo;\u0153uvre qui avait le devoir d&rsquo;apporter l&rsquo;immortalit\u00e9 a re\u00e7u maintenant le droit de tuer, d&rsquo;\u00eatre meurtri\u00e8re de son auteur.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Bien avant Flaubert, Proust, Kafka, le fuyant Shakespeare, le moins agressif de tous, occupe de plein droit le titre d\u2019\u00e9crivain moderne. Avec le Barde, na\u00eet historiquement la figure de l\u2019auteur et, au m\u00eame moment, elle meurt esth\u00e9tiquement. Encore Foucault\u00a0:<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">La marque de l&rsquo;\u00e9crivain n&rsquo;est plus que la singularit\u00e9 de son absence\u00a0; il lui faut tenir le r\u00f4le du mort dans le jeu de l&rsquo;\u00e9criture. Tout cela est connu\u00a0; et il y a beau temps que la critique et la philosophie ont pris acte de cette disparition ou de cette mort de l&rsquo;auteur.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Ce n\u2019est pas un hasard, \u00e9videmment, si Foucault a utilis\u00e9 dans une de ses exemplifications le nom de Shakespeare, ce qui doit avoir fait fr\u00e9mir notre dramaturge\u00a0:<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Si je d\u00e9couvre que Shakespeare n&rsquo;est pas n\u00e9 dans la maison qu&rsquo;on visite aujourd&rsquo;hui, voil\u00e0 une modification qui, \u00e9videmment, ne va pas alt\u00e9rer le fonctionnement du nom d&rsquo;auteur\u00a0; mais si on d\u00e9montrait que Shakespeare n&rsquo;a pas \u00e9crit les Sonnets qui passent pour les siens, voil\u00e0 un changement d&rsquo;un autre type\u00a0: il ne laisse pas indiff\u00e9rent le fonctionnement du nom d&rsquo;auteur.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">On peut conclure que, gr\u00e2ce aux deux critiques, le Fran\u00e7ais et l\u2019Am\u00e9ricain, Shakespeare \u00e0 l\u2019\u00e9poque de sa premi\u00e8re cons\u00e9cration en 1623 n\u2019est pas simplement mort d\u00e9j\u00e0 depuis sept ans, mais qu\u2019il avait r\u00e9ussi \u00e0 \u00ab\u00a0s\u2019absenter\u00a0\u00bb de son \u0153uvre durant toute sa vie. La preuve d\u00e9finitive de sa non-identit\u00e9 est par ailleurs fournie par le portrait de l\u2019auteur reproduit sur la page-titre du grand livre. Le portrait de Nobody pour reprendre la description de Borges\u00a0:<\/span><\/p>\n<p lang=\"en-CA\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">There was no one in him; behind his face (which even in the poor paintings of the period is unlike any other) and his words, which were copious, imaginative, and emotional, there was nothing but a little chill, a dream not dreamed by anyone.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Demeurer anonyme et sans visage, voil\u00e0 l\u2019accomplissement shakespearien le plus g\u00e9nial, sup\u00e9rieur m\u00eame \u00e0 son Hamlet\u00a0! En emp\u00eachant ses admirateurs et amis d\u2019obtenir de lui un portrait de son vivant, il est devenu le responsable d\u2019une rupture \u00e9pochale.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Entre la fin du 16e et le d\u00e9but du 17e si\u00e8cle, s\u2019accomplit en Angleterre le passage \u00e0 un nouvel \u00e9chelon de la modernit\u00e9, celui qui s\u00e9pare les Early Modern Times des temps modernes, avec l\u2019affirmation d\u00e9finitive du r\u00f4le de l\u2019auteur, mais aussi de sa disparition. L\u2019homme de Stratford, en disparaissant comme Auteur, a cr\u00e9\u00e9 Shakespeare, l\u2019arch\u00e9type de la moderne fonction-auteur.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\">_________________<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lamberto Tassinari &nbsp; History is a nightmare from which we have yet to awake. James Joyce Ce sont les paroles les plus silencieuses qui apportent la temp\u00eate. 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