{"id":1914,"date":"2015-12-27T00:52:52","date_gmt":"2015-12-26T22:52:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/?p=1914"},"modified":"2015-12-27T00:55:57","modified_gmt":"2015-12-26T22:55:57","slug":"pour-une-politique-de-la-diversite-culturelle","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/pour-une-politique-de-la-diversite-culturelle\/","title":{"rendered":"Pour une politique de la diversit\u00e9 culturelle"},"content":{"rendered":"<p><em><span style=\"color: #000000;\">Qui d&rsquo;entre nous n&rsquo;a pas dans sa famille un \u00eatre cher qui vient d&rsquo;ailleurs, s&rsquo;il n&rsquo;est pas lui-m\u00eame le porteur de cette diversit\u00e9 ? Cette exogamie,<\/span><\/em><br \/>\n<em><span style=\"color: #000000;\">l&rsquo;anthropologie nous l&rsquo;a apprise, est fondatrice de la condition humaine. Elle a toujours \u00e9t\u00e9. Ses singularit\u00e9s culturelles, souvent r\u00e9duites \u00e0 leur portion congrue, n&rsquo;en sont pas moins d\u00e9terminantes car elles participent \u00e0 la mosa\u00efque qui constitue notre identit\u00e9. Mais qu&rsquo;en est-il de la politique publique cens\u00e9e la d\u00e9fendre\u00a0?<\/span>\u00a0<span style=\"color: #000000;\">Je remercie Sietar-France \u00a0de me donner l&rsquo;opportunit\u00e9 d&rsquo;en discuter avec vous. J&rsquo;interviendrai donc ici en tant qu&rsquo;\u00e9crivain et observateur de la sc\u00e8ne culturelle et directeur de l&rsquo;ODC que j&rsquo;ai contribu\u00e9 \u00e0 fonder il y a quinze ans. (Cette \u00a0communication a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e le 5 d\u00e9cembre dernier dans le cadre d&rsquo;une journ\u00e9e de Sietar-France)<\/span><\/em><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">La question se pose donc aujourd&rsquo;hui\u00a0: qu&rsquo;est que la culture\u00a0? Qu&rsquo;est-qu&rsquo;une politique culturelle et, enfin existe-t-il en France une politique de la diversit\u00e9 culturelle\u00a0?R\u00e9pondons d&#8217;embl\u00e9e \u00e0 cette derni\u00e8re interrogation\u00a0: cette politique publique n&rsquo;existe pas ou du moins pas encore. Et pourtant, me direz-vous, la France a approuv\u00e9 nombre de conventions internationales, sans parler de discours, prises de position, mobilisations qu&rsquo;elle a impuls\u00e9. Citons les plus importantes\u00a0: la D\u00e9claration universelle sur la diversit\u00e9 culturelle de l&rsquo;UNESCO en 2001, puis la Convention sur la\u00a0protection\u00a0et\u00a0la promotion de la diversit\u00e9 des\u00a0 expressions \u00a0culturelles\u00a0 en\u00a02005\u00a0\u2013\u00a0d\u00e9sormais ratifi\u00e9e par 140 pays. Cette Convention, r\u00e9dig\u00e9e par un Fran\u00e7ais, signifie le droit de\u00a0tout\u00a0\u00c9tat\u00a0de\u00a0pouvoir\u00a0mettre\u00a0en\u00a0\u0153uvre sa propre politique culturelle \u00e0 partir de ses sp\u00e9cificit\u00e9s aussi bien que celui de toute culture de pouvoir\u00a0s&rsquo;exprimer\u00a0librement, dans le respect\u00a0des\u00a0droits\u00a0fondamentaux.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> On se souvient aussi de l\u2019initiative de la Commission europ\u00e9enne de labelliser l\u2019ann\u00e9e 2008 comme Ann\u00e9e europ\u00e9enne du dialogue interculturel alors que la France exer\u00e7ait la pr\u00e9sidence tournante \u2026 qu&rsquo;en reste-t-il aujourd&rsquo;hui\u00a0?<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> La France est signataire d&rsquo;autres textes d\u2019envergure internationale comme \u00a0la D\u00e9claration de Fribourg ench\u00e2ss\u00e9e dans l\u2019Agenda 21 et promue par\u00a0Cit\u00e9s et Gouvernements\u00a0Locaux Unis, une organisation bas\u00e9e \u00e0 Barcelone.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Si toutes ces initiatives sont \u00e9difiantes, elles ne constituent en rien une politique de la diversit\u00e9 culturelle. La seule qui en tienne compte, c&rsquo;est la loi NOTRe, ratifi\u00e9e &#8230; en ao\u00fbt 2015\u00a0! Elle introduit les droits culturels (une \u00e9manation de la Convention de 2005) dans les comp\u00e9tences des collectivit\u00e9s territoriales. On peut applaudir \u00e0 cette avanc\u00e9e territoriale qui continue de r\u00e9v\u00e9ler en creux, l&rsquo;absence remarqu\u00e9e d&rsquo;une politique nationale en ce domaine. Cette derni\u00e8re constitue bien le maillon manquant entre le local et le global. <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Avant d&rsquo;analyser les cause de cette absence, penchons-nous sur le droit culturel qui permet, \u00ab\u00a0\u00e0 toute personne, aussi bien seule qu&rsquo;en commun, de choisir et de voir respecter son identit\u00e9 culturelle dans la diversit\u00e9 de ses modes d&rsquo;expression et de choisir de se r\u00e9f\u00e9rer ou non \u00e0 une ou plusieurs communaut\u00e9s culturelles, sans consid\u00e9ration de fronti\u00e8res, et de modifier ce choix1\u00bb. Ces droits qui ne se pas sans rappeler les affinit\u00e9s \u00e9lectives , ch\u00e8res \u00e0 Goethe, s&rsquo;appuie sur deux axes , la libert\u00e9 d&rsquo;expression et, ce qu&rsquo;un observateur sagace a appel\u00e9, \u00ab\u00a0des parcours d&rsquo;\u00e9mancipation\u00a0\u00bb. Le premier participe de l&rsquo;art avec son formidable potentiel r\u00e9sidant dans l&rsquo;imaginaire individuel. C&rsquo;est \u00e0 dire de l&rsquo;espace priv\u00e9. Le second renvoie \u00e0 la culture c&rsquo;est- \u00e0 dire- \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation qui la sous-tend et au domaine public. Car elle r\u00e9sulte du croisement et de comparaison avec d&rsquo;autres cultures que la n\u00f4tre. Cette perspective implique l&rsquo;engagement de sa propre identit\u00e9 et non simplement la consommation de produits culturels.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Et ici on touche une critique r\u00e9dhibitoire faite \u00e0 la diversit\u00e9 culturelle\u00a0: servir d&rsquo;alibi \u00e0 l&rsquo;ultralib\u00e9ralisme pour l\u00e9gitimer les in\u00e9galit\u00e9s qu&rsquo;il g\u00e9n\u00e8re. L\u2019am\u00e9ricain Walter Benn Michaels d\u00e9montre qu&rsquo;aux \u00c9tats-Unis l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des revenus des m\u00e9nages a progress\u00e9 de mani\u00e8re spectaculaire \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70 et plus sp\u00e9cifiquement en 1978, ann\u00e9e o\u00f9 la Cour supr\u00eame d\u00e9clare l\u00e9gale la discrimination positive dans les universit\u00e9s am\u00e9ricaines \u00e0 condition que celle-ci \u00ab serve les int\u00e9r\u00eats de la diversit\u00e9\u00bb. Pour cet universitaire, la diversit\u00e9 culturelle ne vise pas \u00e0 r\u00e9duire ces in\u00e9galit\u00e9s mais \u00e0 les g\u00e9rer.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">En France, c&rsquo;est Louis Schweitzer, ancien patron de Renault et ex-pr\u00e9sident de l&rsquo;ancienne Halde, (Haute autorit\u00e9 de la lutte contre les discrimination et pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9) qui alimentera cette confusion . \u00abL&rsquo;absence de diversit\u00e9, dira-t-il, est signe visible de discrimination ou d&rsquo;une \u00e9galit\u00e9 des chances mal assur\u00e9e\u00a0\u00bb. Mettre en \u00e9quivalence l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 sociale et la diversit\u00e9 culturelle ( sous entendu ethnoculturelle) va conforter un malentendu persistant que r\u00e9sum\u00e9 cette question\u00a0: \u00e0 quoi sert d&rsquo;abolir les diff\u00e9rences ethniques et raciales si l&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme demeure inchang\u00e9e ? La r\u00e9ponse est li\u00e9e au fait, affirment certains observateurs, que la gauche et la droite partagent la m\u00eame conception de la justice sociale qui demeure de souche n\u00e9olib\u00e9rale2.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Une politique authentique de la diversit\u00e9 culturelle permettrait de d\u00e9passer cette in\u00e9galit\u00e9 induite par l&rsquo;ultralib\u00e9ralisme et les limite de l&rsquo;\u00e9tatisme en inscrivant l&rsquo;\u00e9ducation, c&rsquo;est- dire des parcours d&rsquo;\u00e9mancipation, dans les politiques publiques sur la culture.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">L&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;une politique publique de la diversit\u00e9 culturelle serait donc une r\u00e9volution copernicienne, une permutation des perspectives. Ce que soul\u00e8ve la diversit\u00e9 culturelle et des droits qui lui sont associ\u00e9s, c&rsquo;est la capacit\u00e9 de mettre en relation le pouvoir d&rsquo;\u00e9mancipation de l&rsquo;art avec la soci\u00e9t\u00e9 (tout un chacun ind\u00e9pendamment de son origine et de sa condition). D\u00e8s lors, la personne ne devrait plus \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une cruche \u00e0 remplir mais un acteur de la diversit\u00e9 \u00e9tant lui- m\u00eame ressource culturelle qu&rsquo;il s&rsquo;agit de reconna\u00eetre. C&rsquo;est l&rsquo;expression collective de cette diversit\u00e9 qui fait sens, coh\u00e9sion, initiative, cr\u00e9ativit\u00e9. Elle inscrit un nouveau type de justice sociale fond\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9galit\u00e9.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> C&rsquo;est l\u00e0 o\u00f9 une politique publique forte serait en mesure de stimuler les interactions entre les cultures et les formes artistiques des uns et des autres. Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 aussi o\u00f9 elle brille par son absence.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Pour comprendre cette absence, il faut remonter \u00e0 la cr\u00e9ation du minist\u00e8re de la culture \u00e0 la fin des ann\u00e9es 50. Comme le rappellent plusieurs observateurs, l\u2019\u00e9ducation tant artistique que populaire \u00e9tait justement la pierre d\u2019achoppement d\u2019une authentique politique de d\u00e9mocratisation de la culture.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">En lui pr\u00e9f\u00e9rant l\u2019Art avec un grand \u00ab A \u00bb, l&rsquo; administration Malraux va induire une politique de la grandeur de la France qui marginalisera l\u2019\u00e9ducation. La sous-direction de l\u2019\u00e9ducation populaire, qui \u00e9tait d\u2019abord rattach\u00e9e au Minist\u00e8re en m\u00eame temps que la direction des beaux-arts, en sera rapidement \u00e9cart\u00e9e au b\u00e9n\u00e9fice du secr\u00e9tariat \u00e0 la jeunesse et aux sports. Ainsi la culture sera pour longtemps dissoci\u00e9e de l\u2019\u00e9ducation.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">On aurait pu penser que la gauche, en arrivant au pouvoir en 1981, rectifierait le tir. Pour se d\u00e9marquer de la conception artistique centralisatrice du pouvoir gaulliste, l\u2019\u00c9tat socialiste propose en fait une acception individualiste de la notion de culture, bas\u00e9e sur l\u2019\u00e9panouissement personnel. Or cet \u00e9panouissement fait l\u2019impasse sur les moyens \u00e9ducatifs n\u00e9cessaires au d\u00e9veloppement d\u2019une v\u00e9ritable culture critique, mais aussi, par ricochet, sur l\u2019environnement culturel. Le parti pris d\u2019une vision strictement personnalis\u00e9e et individuelle va d\u00e8s lors conforter une politique artistique \u00e9litiste qui reconna\u00eet certes les formes d\u2019arts populaires comme la BD, le rock, les arts urbains &#8211; tr\u00e8s tendances -, mais les d\u00e9connecte de leur charge de transgression politique en les r\u00e9duisant \u00e0 la seule expression du moi cr\u00e9ateur. Cette r\u00e9cup\u00e9ration n\u2019est pas nouvelle et reconduit le conflit \u00e9ternel entre art et culture, individu et soci\u00e9t\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"> La d\u00e9centralisation, entam\u00e9e dans les ann\u00e9es 80 a redistribu\u00e9 les cartes permettant aux collectivit\u00e9s territoriales d&rsquo;investir en partie le champs de la culture par le biais de la clause de comp\u00e9tence g\u00e9n\u00e9rale. D\u00e8s lors va s&rsquo;affirmer un rapport de la culture davantage li\u00e9 au territoire qu&rsquo;amplifie d&rsquo;ailleurs la reconnaissance des industries culturelles et de leur poids \u00e9conomique. Les DRAC l&rsquo;illustrent \u00e9loquemment. <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Aujourd\u2019hui, avec l&rsquo;acte trois de la d\u00e9centralisation portant sur la r\u00e9forme des modes de scrutin des collectivit\u00e9s et intercommunalit\u00e9s, la clarification de leurs comp\u00e9tences, le p\u00e9rim\u00e8tre des intercommunalit\u00e9s et un red\u00e9coupage des r\u00e9gions, le balisage du territoire est achev\u00e9 . Mais pour autant le contenu du projet culturel n&rsquo; pas \u00e9t\u00e9 revu . Le rapprochement entre politiques, op\u00e9rateurs, et certains acteurs de terrain ma\u00eetrisant l\u2019usage du mille-feuille administratif s\u2019est en revanche accentu\u00e9, entra\u00eenant une plus grande collusion. Frank Lepage en tire ce constat amer et ironique : \u00ab Il y a d\u00e9sormais en France une culture officielle, une esth\u00e9tique certifi\u00e9e conforme, celle des sc\u00e8nes nationales de th\u00e9\u00e2tre, par exemple, aux mises en sc\u00e8ne interchangeables. Elle vise paradoxalement \u00e0 manifester en tous lieux la libert\u00e9 d\u2019expression, pour peu que celle ci ne d\u00e9signe aucun rapport social r\u00e9el 3\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"> En bref, ce que nous avons aujourd&rsquo;hui en terme de politique culturelle est bien une gestion \u00e9conomique et territoriale. Certains s&rsquo;en f\u00e9licitent\u00a0; d&rsquo;autres au contraire le d\u00e9plorent. Car laisser aux seuls \u00e9lus la responsabilit\u00e9 de d\u00e9cider ce qui rel\u00e8ve de la culture est loin d&rsquo;\u00eatre anodin. Tant s&rsquo;en faut. Dans le meilleur des cas cela peut donner une politique audacieuse, de grandeur (car la culture est un beau podium pour les egos\u00a0!)\u00a0; dans le moins pire des cas, une politique des sentons qui fleure bon le terroir. Cela peut pr\u00eater \u00e0 sourire si cela ne se cachait pas la peur de l&rsquo;autre qui pourrait rapidement d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer. Face ces tentations, instaurer une politique de la diversit\u00e9 culturelle reviendrait ni plus ni moins \u00e0 refonder une politique culturelle digne de ce nom. L\u2019ennui, c\u2019est que ces politiques, aussi bien intentionn\u00e9es soient-elles, ne tiennent pas compte de la d\u00e9culturation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e induit par la soci\u00e9t\u00e9 de loisir et de divertissement depuis cinquante ans. Les grandes administrations insistent sur \u00ab l\u2019ancrage territorial \u00bb, oubliant que la diffusion de la culture \u00e9chappe \u00e0 ces cat\u00e9gories habituelles.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"> Mais encore faut-il avoir une vision de la culture et en d\u00e9finir le cadre. Or le l\u00e9gislateur fran\u00e7ais et le gouvernement n&rsquo;ont jamais d\u00e9fini ce qu&rsquo;on appelle la culture. Cette question n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 mise sur la place publique. L&rsquo;autisme des autorit\u00e9s fran\u00e7aises qui d\u00e9fendent la diversit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;international et se gardent d&rsquo;en faire autant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de leurs fronti\u00e8res, est flagrante.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Qu&rsquo;est-ce que la culture\u00a0? Le terme vient du latin colere qui veut dire cultiver , soigner , honorer et renvoie \u00e0 la nature, \u00e0 sa pr\u00e9servation, \u00e0 son entretien. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;effet de m\u00e9tonymie entre la culture de l&rsquo;esprit et le labour du champ. De ce fait, la culture participait de plain-pied \u00e0 l\u2019\u00e9ducation du citoyen romain, la cultura animi, cher \u00e0 Cic\u00e9ron. Cette acception conna\u00eetra ensuite une longue \u00e9clipse et il faudra attendre la fin du XVIIIe si\u00e8cle pour que la langue allemande r\u00e9introduise la m\u00e9taphore latine en tant que \u00ab\u00a0civilisation envisag\u00e9e dans son caract\u00e8re intellectuel4\u00bb.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Norbert Elias explique que c&rsquo;est la bourgeoisie allemande de cette \u00e9poque qui r\u00e9active le terme \u00ab Kultur \u00bb en l\u2019opposant \u00e0 celui de \u00ab civilisation \u00bb d\u2019origine fran\u00e7aise, qui suppose une hi\u00e9rarchie, une d\u00e9cision et qui renvoie surtout aux arts et aux lettres. La nouvelle \u00e9lite artistique allemande, les Lessing, Goethe, Beethoven, Schiller, revendiquera un mod\u00e8le de culture singulier qui valorise \u00ab\u00a0l\u2019authenticit\u00e9\u00a0\u00bb de la langue et des traditions populaires face au mod\u00e8le aristocratique et cosmopolite fran\u00e7ais.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Toujours est-il que c&rsquo;est de cette \u00e9poque que date la confusion entre Culture, civilisation. Ces deux termes seront utilis\u00e9s indiff\u00e9remment l&rsquo;un pour l&rsquo;autre avec des nuances certes mais sommes toutes mineures.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Durant les ann\u00e9es 1980, lors de la conf\u00e9rence de Mexico, l&rsquo;UNESCO donnera une d\u00e9finition de la culture qui finira par absorber le sens imparti au mot civilisation laquelle englobera, \u00ab\u00a0outre les arts et les lettres, (c\u2019est moi qui souligne) les modes de vie, les droits fondamentaux de l\u2019\u00eatre humain, les syst\u00e8mes de valeurs, les traditions et les croyances\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00c0 la fin du XXe si\u00e8cle, le terme de civilisation revient sur le devant de la sc\u00e8ne avec l&rsquo; essai controvers\u00e9 de Samuel Huntington \u00ab\u00a0le choc des civilisations 5\u00bb. L&rsquo;auteur y d\u00e9fend la th\u00e8se selon laquelle, depuis l&rsquo;effondrement du mur de Berlin, les conflits culturels ont pris le pas sur les guerres id\u00e9ologiques. Il ira jusqu&rsquo;\u00e0 affirmer que les civilisations sont totalement d\u00e9terministes et que l&rsquo;\u00e9volution notamment \u00e0 travers la reconnaissance des Droits de l&rsquo;homme est impossible. Cette position, tr\u00e8s critique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du multiculturalisme, se conclut par un appel \u00e0 l&rsquo;Occident, min\u00e9 par l&rsquo;effritement identitaire, \u00e0 se ressaisir pour r\u00e9affirmer ses valeurs devant la menace des autres civilisations. <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Sa parution suscitera de nombreuses r\u00e9actions notamment en France. Tzvetan Todorov, philosophe fran\u00e7ais d&rsquo;origine bulgare, sp\u00e9cialiste du langage, publie en 2007 le tr\u00e8s remarqu\u00e9 La peur des barbares qui porte comme sous titre au-del\u00e0 du choc des civilisations. D\u00e8s lors se pose la question\u00a0: en quoi distingue-t-on la civilisation de la culture d\u00e8s lors qu&rsquo;elles ont la m\u00eame acception courante qui a fait fourcher la langue de plus d&rsquo;un sp\u00e9cialiste\u00a0? Il en vient \u00e0 cette d\u00e9finition tr\u00e8s simple de la civilisation qui consiste dans \u00ab\u00a0la reconnaissance pleine et enti\u00e8re de l&rsquo;humanit\u00e9 pr\u00e9sente dans chaque homme\u00a06\u00bb . Claude L\u00e9vy-Strauss avait d\u00e9j\u00e0 plaid\u00e9 pour cette reconnaissance soixante ans plus t\u00f4t .<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Sym\u00e9triquement la barbarie en est la n\u00e9gation. On peut donc les inscrire sur un m\u00eame axe -moral- comme deux p\u00f4les oppos\u00e9s qui imposent un jugement de valeur absolue. Rappelons que la morale est un ensemble de devoirs qui commandent de faire le Bien pos\u00e9 comme valeur absolue. L&rsquo;\u00e9thique se caract\u00e9rise plut\u00f4t par des \u00e9nonc\u00e9s normatifs, prescriptifs ou encore \u00e9valuatifs. l&rsquo;\u00c9thique est donc relative.<br \/>\n<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Pour \u00e9viter toute confusion, Todorov choisit de mettre le mot \u02bacivilisation\u02ba au singulier et \u02bacultures\u02ba au pluriel. Pourquoi ? Parce que les cultures sont plurielles et se limitent \u02ba\u00e0 identifier un segment du monde inscrit dans l&rsquo;histoire\u02ba. Et pour \u00eatre tout a fait compris, il pr\u00e9cise que si tout groupe humain stable \u02baposs\u00e8de n\u00e9cessairement une culture\u02ba en revanche, \u02bacertains groupes sont plus civilis\u00e9s que d&rsquo;autres\u02ba et que cela n&rsquo;est pas \u02baincompatible\u02ba. La culture peut pr\u00eater \u00e0 un jugement non plus moral mais \u00e9thique. Elle est donc relative.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Cette d\u00e9finition \u00e0 rebrousse poil permet d&rsquo;appr\u00e9cier une culture par son degr\u00e9 de civilisation, c&rsquo;est \u00e0 dire par sa capacit\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre \u00e0 l&rsquo;autre son humanit\u00e9. Et du m\u00eame coup le vieil humanisme europ\u00e9en que l&rsquo;on croyait vou\u00e9 aux g\u00e9monies pour avoir servi d&rsquo;alibi au colonialisme et \u00e0 la domination sur le reste du monde, s&rsquo;en trouve r\u00e9habilit\u00e9. Mais encore faut-il que cet humanisme enfin d\u00e9barrass\u00e9e de cette moraline , ch\u00e8re \u00e0 Nietzsche, puisse agir dans l&rsquo;e domaine public en portant les valeurs d&rsquo;une mondialisation authentique\u00a0: la mondialisation bas\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9thique.<br \/>\n<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Hannah Arendt dont on suivra ici la pens\u00e9e disait dans La crise de la culture que \u00ab\u00a0Toute discussion sur la culture, doit de quelque mani\u00e8re prendre comme point d\u2019appui le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019art\u00a0\u00bb. La philosophe rappelle que si le rapport entre l&rsquo;un et l&rsquo;autre n&rsquo;a pas tant d&rsquo;importance dans les contexte de soci\u00e9t\u00e9 de masse, elle est capitale par rapport \u00e0 son essence et son rapport avec le domaine public.<br \/>\n<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Pourquoi\u00a0? Parce que l&rsquo;art c&rsquo;est le monde de la technique de l&rsquo;artisanat chers aux Grecs et renvoie \u00e0 la sph\u00e8re priv\u00e9e, la maison r\u00e9gie par l&rsquo;\u00e9conomie, la loi de la maison l&rsquo;oikos noemia. La culture elle participe du domaine public et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de l&rsquo;espace public interm\u00e9diaire entre l&rsquo;espace commun (l&rsquo;eau, l&rsquo;air, les terres qui appartiennent \u00e0 la communaut\u00e9 ) et l&rsquo;espace politique. \u00ab\u00a0Pour simplifier, dira Dominique Wolton, l\u2019espace commun concerne la circulation et l\u2019expression\u00a0; l\u2019espace public, la discussion\u00a0; l\u2019espace politique, la d\u00e9cision\u00a0\u00bb. Cette distinction est capitale pour comprendre dans quel type d&rsquo;espace s&rsquo;exerce l&rsquo;\u00e9ducation.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> \u00c9duquer c&rsquo;est favoriser l&rsquo;autonomie de quelqu&rsquo;un\u00a0; c&rsquo;est \u00e0 dire lui permettre de formuler des jugements et prendre des distances avec son environnement. Or pour \u00eatre en mesure de se faire une opinion sur un objet qualifi\u00e9 d\u2019artistique, il est n\u00e9cessaire de s\u2019oublier, de mettre \u00e0 distance sa condition et les contingences qui lui sont rattach\u00e9es. C\u2019est de cette impr\u00e9gnation que surgiront les images, les impressions \u00e0 partir desquelles s\u2019\u00e9laborera un jugement construit et argument\u00e9. Cette attitude de r\u00e9ceptivit\u00e9 totale, d\u2019abstraction, est l\u2019expression m\u00eame de la libert\u00e9. Or on ne peut v\u00e9ritablement en jouir que si les besoins vitaux sont combl\u00e9s.<br \/>\n<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Le probl\u00e8me, comme l&rsquo;explique encore Arendt, c\u2019est qu\u2019aujourd\u2019hui, m\u00eame dans nos soci\u00e9t\u00e9s d\u2019abondance, nous agissons encore comme si la disette mena\u00e7ait. La pr\u00e9occupation de nos contemporains reste pour l\u2019essentiel r\u00e9duite \u00e0 soi-m\u00eame et aux moyens d\u2019acqu\u00e9rir plus d\u2019objets \u00e0 consommer. Or, la politique, comme l\u2019art requi\u00e8rent au premier chef \u00abdes jugements et des d\u00e9cisions\u00bb. Car, dans un cas comme dans l\u2019autre, il ne s\u2019agit pas d\u2019exprimer le savoir et la v\u00e9rit\u00e9 mais de formuler des opinions argument\u00e9es pour d\u00e9terminer le meilleur choix tant sur l\u2019action \u00e0 entreprendre pour le bien commun que sur les objets ou les \u0153uvres dignes d\u2019\u00eatre expos\u00e9es, publi\u00e9es.<br \/>\n<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Le go\u00fbt et les valeurs qui lui sont rattach\u00e9es, adoss\u00e9es au dispositif rh\u00e9torique qui sert \u00e0 les \u00e9tayer, constituent bien l\u2019essentiel de l\u2019activit\u00e9 culturelle et politique de l\u2019homme. D\u00e8s lors, la diversit\u00e9 culturelle peut trouver dans une politique de civilisation ch\u00e8re \u00e0 un Edgar Morin, un terrain d\u2019application aupr\u00e8s des politiques nationales car elle reconduit la primaut\u00e9 de l\u2019espace de d\u00e9lib\u00e9ration du domaine public , espace qui a toujours \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendu par les lettr\u00e9s dans ce qui constitue \u00ab la R\u00e9publique des Lettres\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">En conclusion, que pourrions nous retenir de cette absence\u00a0de politique qui nous a donn\u00e9, au sein de l&rsquo;Observatoire de la diversit\u00e9 culturelle, bien du fil \u00e0 retordre\u00a0? Absence de cadre et de d\u00e9finition de la culture au niveau national alors m\u00eame que la France propose des Conventions internationales. Absence de politique d&rsquo;\u00e9ducation au sein m\u00eame du Minist\u00e8re de la culture. D\u00e9l\u00e9gation aux collectivit\u00e9s territoriales des programmes culturels sur une base de gestion territoriale alors m\u00eame que la mondialisation impose une culture de divertissement . N\u00e9gation \u00e0 la culture de sa dimension politique. Nous voyons bien l\u00e0 que l&rsquo;\u00e9ducation au sens large du terme, doit \u00eatre le pivot d&rsquo;une politique de la diversit\u00e9 culturelle7.<br \/>\n<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Afin de favoriser l&rsquo;\u00e9mergence de cette politique publique, l&rsquo;ODC s&rsquo;est donc attel\u00e9 \u00e0 r\u00e9unir les conditions de son av\u00e8nement\u00a0:<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">1 &#8211; identifier les acteurs r\u00e9gionaux, nationaux, internationaux, partageant ses valeurs et susceptibles de l&rsquo;accompagner,<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">2 &#8211; les r\u00e9unir afin d&rsquo;identifier les bonnes pratiques<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">3 &#8211; p\u00e9renniser une instance susceptible de reconduire ces travaux.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Au terme d&rsquo;une premi\u00e8re rencontre qui a eu lieu aux Lilas le 10 octobre dernier, s&rsquo;est d\u00e9gag\u00e9e un proposition : la cr\u00e9ation d&rsquo;un forum permanent rassemblant l&rsquo;ensemble des acteurs de la diversit\u00e9 culturelle pour \u00e9laborer des diagnostics et faire \u00e9merger des bonnes pratiques lesquelles peuvent servir de feuille de route \u00e0 une politique de la diversit\u00e9 culturelle bien temp\u00e9r\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p align=\"left\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qui d&rsquo;entre nous n&rsquo;a pas dans sa famille un \u00eatre cher qui vient d&rsquo;ailleurs, s&rsquo;il n&rsquo;est pas lui-m\u00eame le porteur de cette diversit\u00e9 ? Cette exogamie, l&rsquo;anthropologie nous l&rsquo;a apprise,&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/pour-une-politique-de-la-diversite-culturelle\/\">Lire plus &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":true,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[76,55,278],"tags":[],"class_list":["post-1914","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-une","category-actualite","category-editorial"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1914","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1914"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1914\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1914"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1914"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1914"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}