{"id":1667,"date":"2014-11-17T16:28:45","date_gmt":"2014-11-17T14:28:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/?p=1667"},"modified":"2015-02-12T11:59:10","modified_gmt":"2015-02-12T09:59:10","slug":"loranais-de-lyes-salem-cherchez-la-femme","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/loranais-de-lyes-salem-cherchez-la-femme\/","title":{"rendered":"3e festival franco-arabe :  \u00ab\u00a0L&rsquo;Oranais\u00a0\u00bb de Lyes Salem : cherchez la femme !"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000000;\">Le 3e festival\u00a0 du cin\u00e9ma franco-arabe de Noisy-le-Sec\u00a0 s&rsquo;est achev\u00e9 ce dimanche 16 novembre 2014 avec une fr\u00e9quentation en hausse de plus de 30%\u00a0\u00a0 par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9dition pr\u00e9c\u00e9dente. Les 3000 spectateurs\u00a0 du Trianon ont pu appr\u00e9cier la qualit\u00e9\u00a0 de la programmation\u00a0 choisie par la directrice\u00a0 de\u00a0 cette salle mythique.\u00a0 L&rsquo;un des films choisis \u00e9tait justement \u00ab\u00a0l&rsquo;Oranis\u00a0\u00bb de Ly\u00e8s\u00a0 Salem qui est sorti\u00a0 en salle le 19 novembre.\u00a0 Apr\u00e8s avoir sign\u00e9 deux courts m\u00e9trages remarqu\u00e9s et une premi\u00e8re fiction <em>Mascarades<\/em>, sur la probl\u00e9matique place des femmes de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne, le jeune r\u00e9alisateur franco-alg\u00e9rien s&rsquo;attaque cette fois \u00e0 un des mythes de l&rsquo;Alg\u00e9rie actuelle : le h\u00e9ros moudjahidin. Djaffar est pouss\u00e9 par son ami Hamid, membre du FNL, \u00e0 prendre le maquis. Il sortira de la clandestinit\u00e9 des ann\u00e9es plus tard et sera acclam\u00e9 en h\u00e9ros dans son village. Mais son bonheur est de courte dur\u00e9e car il d\u00e9couvre que sa femme s&rsquo;est laiss\u00e9e mourir, honteuse d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e par le fils de l&rsquo;homme que son mari a malencontreusement tu\u00e9 pour sauver son ami. Or ce dernier lui cache d&#8217;embl\u00e9e la v\u00e9rit\u00e9. Un conspiration du silence se tisse alors autour de ce h\u00e9ros ordinaire auquel lui-m\u00eame contribue en faisant croire que Bachir, l&rsquo;enfant n\u00e9 ce viol , est son propre fils.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Ce film relate l&rsquo;histoire de ce mensonge. M\u00e9taphore de l&rsquo;histoire alg\u00e9rienne contemporaine, <em>l&rsquo;Oranais<\/em> se concentre sur une p\u00e9riode particuli\u00e8re\u00a0: celle qui court de l&rsquo;ind\u00e9pendance au d\u00e9but des ann\u00e9es quatre vingt dix. Vingt ann\u00e9es durant lesquels les h\u00e9ros de la R\u00e9volution, s\u2019embourgeoisent et se compromettent avec les \u00ab\u00a0amis de l&rsquo;Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb toujours pr\u00eats \u00e0 rendre service, moyennant quelques bakchichs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Soyons gr\u00e9 au cin\u00e9aste de ne pas \u00eatre tomb\u00e9 dans le pi\u00e8ge de la reconstitution historique\u00a0 qui l&rsquo;aurait condamn\u00e9 \u00e0 faire un film \u00e0 th\u00e8se. Il a choisi au contraire d&rsquo;observer l&rsquo;\u00e9volution des relations d&rsquo;un groupe d&rsquo;amis et la mani\u00e8re dont chacun se confronte avec \u00a0son id\u00e9al de jeunesse.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Pour ce faire, Salem choisit une structure narrative d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9e par Ettore Scola dans \u00ab\u00a0Nous nous sommes tant aim\u00e9es\u00a0\u00bb et par Arthur Penn dans \u00ab\u00a0 Georgia\u00a0\u00bb\u00a0: la chronique g\u00e9n\u00e9rationnelle des amiti\u00e9s trahies. Ce mod\u00e8le implique toujours trois hommes et une femme, \u00e9g\u00e9rie du groupe. Dans ce cas de figure, le film tourne autour d&rsquo;elle. Car c&rsquo;est \u00e0 qui, la belle donnera finalement son c\u0153ur. Ce qui, mutatis mutandis, se traduit ainsi : qui des pr\u00e9tendants aura \u00e9t\u00e9 fid\u00e8le aux id\u00e9aux de sa jeunesse. Dans le film de Scola, c&rsquo;est le brancardier, modeste h\u00e9ros de la R\u00e9sistance,\u00a0 qui aura le c\u0153ur de la belle Luciana, interpr\u00e9t\u00e9e par Stefania Sandrelli ; chez Penn, c&rsquo;est Danilo le fils de migrants croates, qui finalement gagnera celui de Georgia, muse ces ann\u00e9es hippies.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Dans<em> l&rsquo;Oranais<\/em>, l&rsquo;ennui c&rsquo;est que la femme qui aurait pu servir de r\u00e9v\u00e9lateur, brille par son absence au sens propre et figur\u00e9. Et qui plus est non seulement, elle est morte mais elle est la femme du seul h\u00e9ros. Cette absence, inscrit d\u00e8s le d\u00e9but, engage le film dans une spirale assez pr\u00e9visible de trahison, de culpabilit\u00e9 larv\u00e9e et pas vraiment assum\u00e9e et de manipulation. Bref un monde de mecs affair\u00e9s \u00e0 d\u00e9fendre leur petits int\u00e9r\u00eats personnels. Pas de quoi nous faire vibrer.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">On peine \u00e0 croire \u00e0 cette longue douleur lancinante qui devrait guider le h\u00e9ros trahi vers la recherche de la v\u00e9rit\u00e9. Au lieu de cela on voit un h\u00e9ros ordinaire incarn\u00e9 par le cin\u00e9aste lui-m\u00eame qui s&rsquo;accommode assez bien de la perte de sa femme et des petits arrangements entre amis.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Complice consentant d&rsquo;une manipulation dont il est l&rsquo;objet, il reste, l&rsquo;\u00e9ternel ahuri, toujours au seuil de cette v\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;il ne veut pas voir. Lorsqu&rsquo;enfin celle-ci \u00e9clate, gr\u00e2ce \u00e0 son \u00ab\u00a0fils\u00a0\u00bb, il finit par l&rsquo;accepter sans se rebeller contre son ami de trente ans, politicien malade, qui l&rsquo;a bern\u00e9 toutes ces ann\u00e9es. O\u00f9 commence le mensonge pour raison d\u2019\u00c9tat\u00a0? Quand le compromis devient-il compromission\u00a0? Ce sont ces questions que soul\u00e8ve avec \u00e0 propos le jeune r\u00e9alisateur franco-alg\u00e9rien. On aurait aim\u00e9 toutefois qu&rsquo;il puisse pousser son interrogation plus loin. Comment\u00a0? En s&rsquo;inspirant jusqu&rsquo;au bout du mod\u00e8le de ces a\u00een\u00e9s, pardi!<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">A c\u00f4t\u00e9 des moudjahidin, il y avait \u00e9galement des moudjahidas. Ces militantes de l&rsquo;ind\u00e9pendance alg\u00e9rienne \u00e9taient \u00e0 leur mani\u00e8re\u00a0 des femmes libres qui ont pris leur part de risques pour la r\u00e9volution. Mis \u00e0 part les hommages convenus et sporadiques, elle sont tomb\u00e9es dans l&rsquo;oubli et renvoy\u00e9es \u00e0 leur cuisine. Et pour cause\u00a0! Leur \u00e9vocation bousculerait par trop la repr\u00e9sentation orthodoxe d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 patriarcale. Comme dans le film\u00a0! Cet oubli est \u00e9tonnant pour un cin\u00e9aste jusqu&rsquo;ici si attentif \u00e0 la condition des femmes. On imagine alors le film qu&rsquo;il aurait pu r\u00e9aliser s&rsquo;il avait os\u00e9 introduire une femme au centre de ce triumvirat\u00a0! Cela aurait pu m\u00eame \u00eatre son chef d\u2019\u0153uvre. Si\u00a0 Lyes Salem ici a manqu\u00e9 d&rsquo;audace sinon de vision, il peut toujours se rattraper. Il est jeune.\u00a0 A quand <em>L&rsquo;Oranaise\u00a0<\/em>?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Prix d\u2019interpr\u00e9tation Festival du film francophone d\u2019Angoul\u00eame\u00a0 2014.\u00a0 Dur\u00e9e 2 heures\u00a0 08 ,\u00a0 sortie mercredi 19 novembre 2014<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm; line-height: 100%;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 3e festival\u00a0 du cin\u00e9ma franco-arabe de Noisy-le-Sec\u00a0 s&rsquo;est achev\u00e9 ce dimanche 16 novembre 2014 avec une fr\u00e9quentation en hausse de plus de 30%\u00a0\u00a0 par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9dition pr\u00e9c\u00e9dente. 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