{"id":1649,"date":"2014-11-06T22:06:11","date_gmt":"2014-11-06T20:06:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/?p=1649"},"modified":"2014-11-06T22:06:11","modified_gmt":"2014-11-06T20:06:11","slug":"2e-festival-court-dhendaye-les-cent-metres-du-grand-ecran","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/2e-festival-court-dhendaye-les-cent-metres-du-grand-ecran\/","title":{"rendered":"2e festival court d&rsquo;Hendaye : Les cent m\u00e8tres du grand \u00e9cran"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"western\">\n<p><span style=\"color: #000000;\">Ouvrir une chronique de cin\u00e9ma par des m\u00e9taphores sportives peut para\u00eetre \u00e0 premi\u00e8re vue maladroit. En fait, dire que la course \u00e0 pied et le cin\u00e9ma sont des activit\u00e9s diff\u00e9rentes est une banalit\u00e9\u00a0; ceci-dit, il pourrait exister une relation m\u00e9taphorique entre les deux\u00a0: si la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 peut se comparer au marathon, et les long-m\u00e9trages aux courses de longue distance, le court-m\u00e9trage, lui c\u2019est les cent m\u00e8tres. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Mais \u00e9trangement, alors que les \u00e9preuves de vitesse capturent l\u2019int\u00e9r\u00eat des passionn\u00e9s d\u2019athl\u00e9tique, et les noms de ses champions sont connus et r\u00e9v\u00e9r\u00e9s, les courts m\u00e9trages restent par contre un peu les fr\u00e8res pauvres de la famille des cin\u00e9astes et des cin\u00e9philes. Une claire injustice pour pallier \u00e0 laquelle nous proposons un regard au Festival des court-m\u00e9trages d\u2019Hendaye, le Hendaia Film Festival, cette ann\u00e9e \u00e0 la seconde \u00e9dition. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">N\u00e9 l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e sous l&rsquo;initiative d\u2019une association appel\u00e9 Begiradak (qui veut dire \u2018les regards\u2019 en langue basque et dirig\u00e9 par Angela Mejias), le Festival des courts-m\u00e9trages d\u2019Hendaye est en train de se consolider pour se transformer en rendez-vous culturel important de la ville frontali\u00e8re comme l\u2018a soulign\u00e9 le pr\u00e9sident d\u2019honneur du festival, le connu \u00e9crivain cubain Eduardo Manet. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Comme le savent les lecteurs dans combats-magazine, nous nous effor\u00e7ons, entre autres, de pr\u00e9senter la fronti\u00e8re non pas comme un lieu o\u00f9 une entit\u00e9 \u00e9tatique termine, mais un endroit privil\u00e9gi\u00e9 o\u00f9 d\u2019autres liens se tissent et des diff\u00e9rences se rencontrent. Dans ce sens le Festival des Courts-m\u00e9trages d\u2019Hendaye contribue \u00e0 donner cette image \u00e0 laquelle nous tenons de la fronti\u00e8re. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Signalons en fait que l\u2019une des trois prix des diff\u00e9rentes cat\u00e9gories du festival est la comp\u00e9tition Aquitaine \u2013 Euskadi, nous renvoie justement \u00e0 l\u2019euro-r\u00e9gion compos\u00e9 par une r\u00e9gion fran\u00e7aise et la Communaut\u00e9 Autonome du Pays basque espagnol, et qu\u2019Hendaye est effectivement le lien du rencontre logique par son fond historique et culturel basque et son appartenance institutionnelle \u00e0 l\u2019Aquitaine. Comme quoi une ville \u00e0 la fronti\u00e8re d\u2019un Etat peut se trouver au centre d\u2019un continuum d\u2019un ensemble non-\u00e9tatique<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Venons aux courts gagnants de cette deuxi\u00e8me \u00e9dition du Festival des films d\u2019Hendaye\u00a0et commen\u00e7ons par le prix de la comp\u00e9tition Aquitaine-Euskadi. Le jury pr\u00e9sid\u00e9 par Marc Armspach et compos\u00e9 par Laurent Ferri\u00e8re, Enrique Santiago Rodriguez et Nuria Sayago ont prim\u00e9 deux films\u00a0: Kijima Stories de la r\u00e9alisatrice Laetitia Mikles et Peter Pan d\u2019Imanol Ortiz. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Kijima Stories est un documentaire qui retrace des \u00e9pisodes de la vie d\u2019un ancien membre de la yakuza qui a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019abandonner la notoire mafia japonaise et chercher une nouvelle vie sur l\u2019\u00eele de Sapporo dans le nord du pays. L\u2019\u0153uvre se d\u00e9roule de fa\u00e7on originelle dans un jeu de relais entre t\u00e9moignages sur les al\u00e9as et des dessins \u00e0 propos du parcours de l\u2019ancien mafieux\u00a0: aux mots de ceux qui ont connu le protagoniste suivent des dessins. Le r\u00e9sultat est un d\u00e9licat m\u00e9tissage de paroles et couleurs indiquant un parcours de vie et qui pourrait, on l\u2019esp\u00e8re et comme l\u2019a souhait\u00e9 la r\u00e9alisatrice au moment de recevoir e prix \u00ab\u00a0rapprocher l\u2019\u00eele japonaise de Sapporo au Pays Basque et l\u2019Aquitaine\u00a0\u00bb. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><em>Peter Pan<\/em> d\u2019Imanol Ortiz est l\u2019autre gagnant de la comp\u00e9tition Euskadi \u2013 Aquitaine\u00a0: quatre petits et intenses minutes pendant lesquels un enfant r\u00e9fl\u00e9chit sur l\u2019image du p\u00e8re en essayant de l\u2019imaginer dans la peau d\u2019un personnage ou d\u2019autre qui le font r\u00eaver. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><em>Full disclosure<\/em>\u00a0(ou par souci d\u2019objectivit\u00e9, comme me sugg\u00e8re un forum de traducteurs) : sauf exception moi je n\u2019aime pas les films ayant des enfants comme protagonistes. En fait ils provoquent instinctivement la m\u00e9moire du refrain d\u2019une fameuse chanson des Pink Floyd d\u2019il ya beaucoup de lunes \u00ab\u00a0Hey\u2026leave those kids alone\u2026\u00a0\u00bb (Pas besoin de traduction dans ce cas j\u2019esp\u00e8re). En essayant de rationaliser ce reflex et au risque de caricaturiser les raisons de mon aversion au genre \u00ab\u00a0enfant-centrique\u00a0\u00bb je dirais qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une d\u00e9clinaison de l\u2019orientalisme si bien pourfendu par Edward Said\u00a0: au lieu d\u2019avoir des Occidentaux passant des jugements sur l\u2019Orient, nous avons des adultes qui font parler les enfants. Dit autrement, allez savoir si c\u2019est vraiment ce que les petits pensent, plut\u00f4t qu\u2019un reflexe des \u00e0 priori des grands. Ceci dit, f\u00e9licitations au r\u00e9alisateur pour le prix. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">De l\u2019interr\u00e9gional basco-aquitaine \u00e0 l\u2019international. Le jury de la comp\u00e9tition international pr\u00e9sid\u00e9 par la cin\u00e9aste de souche g\u00e9orgienne Nino Kirtzad\u00e9 et compos\u00e9 par Bernard Debord, Marie Jos\u00e9 Castaing et Christel Noir ont donn\u00e9 le prix de la meilleure interpr\u00e9tation \u00e0 l\u2019actrice Laeticia Andrieu dans le r\u00f4le d\u2019une enseignante de La Princesse Lamour d\u2019Amour du r\u00e9alisateur Arnaud Lalanne. Une prof raconte une histoire \u00e0 des enfants, la princesse qui cherche un prince, enfin la vieille histoire, puis le long de ces 9 minutes 28 seconds de dur\u00e9e du film, le classique conte se transforme et prend un peinte carr\u00e9ment postmoderne\u00a0:\u00a0on d\u00e9couvre que la princesse est bisexuelle, et qu\u2019un prince en manteau rouge chante l\u2019internationale\u2026 <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Ce qui nous a interpell\u00e9 dans ce film n\u2019est pas la magistrale interpr\u00e9tation de l\u2019actrice, ni la sympathie de l\u2019histoire en soi, mais l\u2019arri\u00e8re plan, o\u00f9 les enfants \u00e9coutent et leur sourire joyeux se transforme en perplexit\u00e9 au fur et mesure que le conte de la prof s\u2019\u00e9loigne de la norme. Dans ce sens, ce court-m\u00e9trage est en train de nous rappeler le d\u00e9fi parfois d\u00e9sesp\u00e9rant des enseignants qui courageusement essayent d\u2019\u00e9largir les horizons de leurs \u00e9l\u00e8ves. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le prix du film de la comp\u00e9tition internationale est all\u00e9 \u00e0 <em>Pain-D\u00e9mie<\/em> du basque Ruben Sainz. Une com\u00e9die sympa se d\u00e9roulant dans le contexte de la crise \u00e9conomique qui n\u2019\u00e9pargne personne. Un jeune homme sans travail entre dans une boulangerie pour voler la caisse, mais se retrouve pris dans une situation ubuesque de laquelle il aura du mal \u00e0 s\u2019en sortir. Mais cette histoire simple nous renvoie un message important qui se cache dans les dialogues et qui nous r\u00e9v\u00e8le l\u2019effet sournois du cin\u00e9ma et de la t\u00e9l\u00e9 sur le comportement des personnes. Il est ainsi que le jeune homme admet d\u2019\u00eatre pass\u00e9 \u00e0 l\u2019acte violent du vol \u00e0 main arm\u00e9 (de couteau \u00e0 papillon) parce qu\u2019il a vu trop \u00ab\u00a0de films des ann\u00e9es 80\u00a0\u00bb et la boulang\u00e8re victime passe d\u2019une attitude de sinc\u00e8re compr\u00e9hension pour les raisons qui ont pouss\u00e9 le jeune \u00e0 voler, \u00e0 un comportement victimiste au moment d\u2019\u00eatre interview\u00e9e \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. Nous vivons dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les personnes abandonnent leurs personnalit\u00e9 pour se transforment en marionnettes anim\u00e9s \u00e0 distance par un script de t\u00e9l\u00e9 ou de cin\u00e9ma. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Un autre court-m\u00e9trage gagnant a \u00e9t\u00e9 l\u2019espagnol Acabo de tener un sue\u00f1o ou Je viens de faire un r\u00eave. Une gamine blanche de bonne classe moyenne se r\u00e9veille prise de panique, elle raconte son cauchemar. Un gamine berb\u00e8re se r\u00e9veille heureuse et raconte son r\u00eave. Les deux filles de 8 ans ont fait le m\u00eame r\u00eave, mais ce qui pour la premi\u00e8re est source de effroi, pour la seconde est une source de joie. On comprend pourquoi ces 7 minutes du r\u00e9alisateur Javier Navarro ont conquis le c\u0153ur et du comit\u00e9 de s\u00e9lection et d\u2019Eduardo Manet, le pr\u00e9sident d\u2019honneur du Festival en particulier. L\u2019\u0153uvre de Javier Navarro nous rappelle de fa\u00e7on forte et belle que la perception de la m\u00eame chose provoque des r\u00e9actions diff\u00e9rentes selon le contexte des personnes. Comme l\u2019explique un vieux dit anglais (reality is in the eye of the beholder), la r\u00e9alit\u00e9 est dans l\u2019\u0153il de celui qui la regarde. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Terminons cette chronique d\u00e9di\u00e9e aux gagnants de la deuxi\u00e8me \u00e9dition du Festival des court-m\u00e9trages d\u2019Hendaye en signalant deux prix d\u2019une session sp\u00e9ciale appel\u00e9 Vivre en Euskara (la langue basque). Nous tenons \u00e0 signaler cet \u00e9v\u00e9nement parce qu\u2019il illustre la volont\u00e9 de vivre dans une langue minoritaire sans complaisance et sans hypocrisie. Vivre en langue basque est aussi regarder un film a expliqu\u00e9 Paul Bilbao le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019organisme \u00e0 l\u2019origine de cette initiative. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">En fait les court-m\u00e9trages de cette session r\u00e9sument bien ce qui suppose pour les r\u00e9alisateurs de vivre en euskara. L\u2019un des gagnants \u00e0 \u00e9t\u00e9 un film sans voix o\u00f9 le conflit linguistique entre la langue minoritaire, le basque et la langue majoritaire, l\u2019espagnol s\u2019exprime par des pancartes port\u00e9s sur la poitrine des personnages ou attach\u00e9 sur des objets. La capacit\u00e9 de d\u00e9noncer la solitude linguistique des locuteurs d\u2019une langue minoritaire par le silence, sans siffler mot nous a paru g\u00e9niale. L\u2019autre court gagnant, met en sc\u00e8ne un garde civil espagnol compl\u00e8tement basquis\u00e9. Le jury comp\u00e9tent a voulu primer un clin d\u2019\u0153il \u00e0 l\u2019espoir d\u2019une normalisation linguistique de la soci\u00e9t\u00e9 basque. Dit autrement le jour o\u00f9 m\u00eame la \u00ab\u00a0Benem\u00e9rita\u00a0\u00bb (ainsi est connue la Guardia Civil en Espagne) dont la sainte patronne est la \u00ab\u00a0espagnolissime\u00a0\u00bb Vierge du Pilar sera bascophone, la langue basque aura gagn\u00e9 sa place au soleil. A\u2019 vrai dire, et au risque de nous planter, dans ce court, tr\u00e8s court de 3 minutes environ, nous avons vu aussi un fond d\u2019am\u00e8re ironie, en d\u2019autres mots un rappel que le combat pour la normalisation linguistique de l\u2019euskara est loin d\u2019\u00eatre gagn\u00e9. <\/span><\/p>\n<p class=\"western\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Ouvrir une chronique de cin\u00e9ma par des m\u00e9taphores sportives peut para\u00eetre \u00e0 premi\u00e8re vue maladroit. 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