{"id":1634,"date":"2014-10-07T17:36:32","date_gmt":"2014-10-07T15:36:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/?p=1634"},"modified":"2014-10-07T17:36:32","modified_gmt":"2014-10-07T15:36:32","slug":"retour-a-ithaque-de-laurent-cantet-triomphe-au-23e-festival-du-cinema-latino-americain-de-biarritz","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/retour-a-ithaque-de-laurent-cantet-triomphe-au-23e-festival-du-cinema-latino-americain-de-biarritz\/","title":{"rendered":"\u00abRetour \u00e0 Ithaque \u00bb de Laurent Cantet triomphe au 23e Festival du cin\u00e9ma latino-am\u00e9ricain de Biarritz"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000000;\"><em>Le grand gagnant de l\u2019\u00ababrazo\u00bb -l\u2019accolade entre les deux rives de l\u2018Atlantique- de la 23e\u00a0 \u00e9dition de cet incontournable rendez-vous transculturel qu\u2019est le Festival du cin\u00e9ma latino-am\u00e9ricain de Biarritz est le film \u00ab\u00a0Retour \u00e0 Ithaque\u00a0\u00bb du r\u00e9alisateur Laurent Cantet.<\/em> Le temps d\u2019une nuit sur une terrasse qui domine la Baie de la Havane, une \u00ab\u00a0cuadrilla\u00a0\u00bb, un groupe d\u2019amis se r\u00e9unit pour c\u00e9l\u00e9brer le retour de l\u2019un des leurs apr\u00e8s seize ann\u00e9es d\u2019exil en Espagne. Les acteurs cubains sont parfaits, chacun dans son r\u00f4le, les histoires personnelles sont profondes, sinc\u00e8res et superbement racont\u00e9es\u00a0: un bon film intimiste fran\u00e7ais en somme dont la transplantation aux Cara\u00efbes\u00a0 en langue espagnole et\u00a0 avec accent musical cubain,\u00a0 a bien r\u00e9ussi.\u00a0 Bref un m\u00e9tissage parfait qui\u00a0 fait \u00e9cho la transcultation\u00a0 qui\u00a0 fonde\u00a0 la \u00ab\u00a0Cubanitad\u00a0\u00bb telle que le forgeait nagu\u00e8re Fernando Ortiz, le\u00a0 second d\u00e9couvreur\u00a0 de Cuba. <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Comme c&rsquo;est pr\u00e9visible, ces confessions de ces exil\u00e9s quinquas aboutissent \u00e0 une critique en r\u00e8gle du syst\u00e8me socialiste\u00a0 et de ses dirigeants avec ses mensonges et son opportunisme. Des critiques l\u00e9gitimes certes, mais\u00a0 qui nous laissent sur notre faim et surtout ceux qui, comme votre serviteur,\u00a0 ont une certaine connaissance de la question sociale latino-am\u00e9ricaine.\u00a0 Pourquoi donc ce\u00a0 groupe d\u2019amis\u00a0 fait-il l&rsquo;impasse sur le fait que cet Etat bien qu&rsquo;imparfait, demeure 50 ans plus tard\u00a0 une r\u00e9f\u00e9rence pour tous ceux qui en Am\u00e9rique latine se battent pour la justice. L&rsquo;\u00e9ventail est large\u00a0: du\u00a0 Br\u00e9sil de\u00a0 Lula et de Dilma\u00a0 au V\u00e9n\u00e9zuela\u00a0 en passant par le P\u00e9rou&#8230; Dit autrement et puisque le titre de ce film nous rappelle Ithaque, donc nos classiques grecs, filon la m\u00e9taphore avec un autre classique\u00a0: le talon d\u2019Achille. Le point faible de ce film r\u00e9side sans doute dans la subtile acculturation occidentale dont ses exil\u00e9s sont, malgr\u00e9 eux, porteurs. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Heureusement le film a su capter l\u2019humanit\u00e9 de gens de la rue non encore\u00a0 contamin\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 de consommation et ses\u00a0 calculs mais cette candeur pourrait sembler complaisante dans un film o\u00f9 l&rsquo;on peut se demander si nos classes dirigeantes n&rsquo;auraient\u00a0 pas \u00e9t\u00e9 moins tra\u00eetres et moins opportunistes que leurs homologues cubains\u00a0?\u00a0\u00a0 \u00a0<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Ce festival\u00a0 a cette vertu\u00a0: nous permettre de revisiter la diversit\u00e9 culturelle \u00e0 travers la confrontation entre Est et Ouest, Ancien et\u00a0 Nouveau monde. Ainsi on red\u00e9couvre l&rsquo;acception pleine et enti\u00e8re, transculturelle\u00a0 de la diversit\u00e9,\u00a0 d\u00e9sincarc\u00e9r\u00e9e\u00a0 de\u00a0 son r\u00e9duit ethnoculturel\u00a0 auquel on veut le r\u00e9duire. L\u2019intellectuel am\u00e9ricano-palestinien Edward Said pourfendait \u00e0 bon escient\u00a0 le nombrilisme culturel \u00ab\u00a0orientaliste\u00a0\u00bb des Occidentaux lorsqu&rsquo;ils\u00a0 r\u00e9fl\u00e9chissaient\u00a0 sur le monde arabo-musulman.\u00a0 Dans un espace comme\u00a0 celui de combats-magazine, on epeut dire qu\u2019il existe aussi un \u00ab\u00a0occidentalisme\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l&rsquo;Am\u00e9rique latine, sym\u00e9trique\u00a0 \u00e0 celui\u00a0 qu&rsquo;avait d\u00e9nonc\u00e9\u00a0 nagu\u00e8re Said vis-\u00e0-vis l\u2019Orient.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Dans ce sens, l\u2019\u00ababrazo ou l\u2019accolade\u00a0\u00bb, le prix le plus prestigieux du Festival de Biarritz\u00a0 a r\u00e9compens\u00e9\u00a0 le pays d&rsquo;accueil \u2013 la France-\u00a0\u00a0 dans une\u00a0 accolade sui generis\u00a0qui distingue un\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0occidentalisme\u00a0\u00bb\u00a0 bien europ\u00e9en. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Passons maintenant de l\u2019\u00eele \u00e0 la terre ferme. Le mexicain \u00ab<em>\u00a0Las Busquedas<\/em>\u00a0\u00bb, ou les recherches, a\u00a0 remport\u00e9\u00a0 le prix du jury du meilleur long-m\u00e9trage. Une femme n\u2019arrive pas \u00e0 comprendre le suicide de son mari, un homme veut tuer la personne qui lui a vol\u00e9 le portefeuille o\u00f9 \u00e9tait la seule photo de sa femme et de sa fille assassin\u00e9es, le destin les unit. Un film en noir et blanc, tourn\u00e9 en sept jours par cinq copains avec un budget de 1500 dollars, ces \u00ab\u00a0Recherches\u00a0\u00bb mexicaines. Chapeau \u00e0 ce\u00a0 Festival\u00a0 qui a su trouver cette p\u00e9pite justement r\u00e9compens\u00e9\u00a0 par le jury. <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Le prix du public, c\u2019est \u00e0 dire le film qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu par les spectateurs de cette 23e\u00a0 \u00e9dition du Festival de Biarritz a \u00e9t\u00e9 descern\u00e9 \u00e0 l\u2019argentin \u00ab\u00a0<em>Relatos Salvaje<\/em>s\u00a0\u00bb ou les Nouveaux Sauvages r\u00e9alis\u00e9 par Dami\u00e1n Szifron. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Disons d&rsquo;abord de\u00a0 ce film produit par les fr\u00e8res Almodovar (August\u00edn et le c\u00e9l\u00e8bre Pedro) que Erica Rivas, l\u2019une des actrices,\u00a0 a obtenu le Prix de la meilleure interpr\u00e9tation f\u00e9minine, m\u00eame si nous lui avions pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 Julieta Diaz, magistrale dans son r\u00f4le de m\u00e8re battue, fuyant avec son enfant un mari violent dans un autre film argentin, \u00ab\u00a0Refugiado\u00a0\u00bb ou Refugi\u00e9e<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Dans\u00a0 \u00ab\u00a0<em>Relatos Salvajes<\/em>\u00a0\u00bb, ce film qui a conquis le public biarrot, six histoires s&rsquo;entrecroisent\u00a0 avec comme fil\u00a0 conducteur\u00a0 l\u2019humiliation au quotidien et comme motif l\u2019humour et la col\u00e8re. On voit ainsi un distribution d\u2019exception (Ricardo Dar\u00edn, Leonardo Sbaraglia, Erica Rivas et Rita Cortese pour ne mentionner que les plus connus) se confronter avec la violence du quotidien (amendes injustes, insultes gratuites, arrogance sans excuses) avec laquelle tout citoyen peut facilement s\u2019identifier. <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Et voil\u00e0 que les victimes d\u2019une administration\u00a0 trop pointilleuse, qui \u00e9voluent dans une atmosph\u00e8re incivique et corrompue, r\u00e9agissent en \u00ab\u00a0p\u00e9tant les plombs\u00a0\u00bb. Mais le plus int\u00e9ressant dans Relatos Salvajes, c&rsquo;est que cette r\u00e9action fonctionne comme\u00a0 une\u00a0 catharsis lib\u00e9ratrice ne transformant jamais les personnages en justiciers ou en sociopathes. En paraphrasant les mots d\u2019Augustin Almodovar\u00a0 Relatos Salvajes met en sc\u00e8ne\u00a0 un p\u00e9an\u00a0 en\u00a0 col\u00e8re ouverte mis ne perdant jamais son\u00a0 \u00ab\u00a0self-control\u00a0\u00bb qui marque la r\u00e8gle des relations interpersonnelles dans la culture dominante de notre \u00e9poque. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Avec un brin de malice on serait tent\u00e9s de demander aux distributeurs fran\u00e7ais pourquoi <em>Relatos Salvajes<\/em>, le titre du film a \u00e9t\u00e9 traduit par <em>Les Nouveaux Sauvages<\/em> et non pas comme c\u2019\u00e9tait logique par <em>Les R\u00e9cits Sauvages<\/em>.\u00a0 Alors pourquoi donc changer de sujet\u00a0? Pourquoi associer l\u2019id\u00e9e de sauvagerie \u00e0 des personnes, alors que la tension est dans les histoires dont les protagonistes sont les victimes\u00a0? Pour emp\u00eacher qu\u2019on identifie dans l\u2019expression de la col\u00e8re une juste lib\u00e9ration, peut \u00eatre\u00a0? Heureusement que le public, lui qui ayant choisi de primer ces r\u00e9cits sauvages n\u2019est pas dupe. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le Prix de la meilleure interpr\u00e9tation masculine est all\u00e9 ex-\u00e6quo \u00e0 Hector Noguera et Nestor Guzzini, les deux formidables protagonistes de Mr Kaplan, film uruguayen d\u2019Alvaro Brechner.\u00a0 L\u2019histoire d\u2019un vieillard juif rescap\u00e9\u00a0 de la Shoah, intrigu\u00e9 par la pr\u00e9sence d\u2019un allemand de son \u00e2ge sur la plage qu\u2019il soup\u00e7onne \u00eatre un criminel de guerre nazi. Et voil\u00e0 que notre <em>Monsieur Kaplan<\/em> (Noguera), recrute un ancien policier rat\u00e9 (Guzzini) pour reproduire la fameuse capture d\u2019Eichmann. <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"><em>Mr Kaplan<\/em> n\u2019es pas seulement un tr\u00e8s beau film o\u00f9 se m\u00e9langent des \u00e9l\u00e9ments de com\u00e9die, de thriller et aussi de\u2026 Western spaghetti. Avec sympathie, ironie et humanit\u00e9, l\u2019\u0153uvre de Brechner nous rappelle que les obsessions peuvent amener \u00e0 se tromper d\u2019ennemi. Peut \u00eatre involontairement<em> Mr Kaplan<\/em> met le doigt dans la plaie d\u2019un controvers\u00e9, douloureux et d\u00e9licat probl\u00e8me\u00a0: les effets pervers d&rsquo;une obsession, n\u00e9e du traumatisme de l\u2019holocauste des juifs d\u2019Europe. <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">L\u2019\u00a0 \u00ab\u00a0abrazo\u00a0\u00bb, l\u2019accolade du meilleur documentaire est all\u00e9e \u00e0 Caf\u00e9, un regard intime sur une communaut\u00e9 indig\u00e8ne au Mexique aujourd\u2019hui. Dressant le portrait d\u2019une famille dans les montagnes de l\u2019\u00c9tat mexicain de Puebla, les valeurs anciennes et les d\u00e9fis\u00a0 modernes\u00a0 sont mis \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve pour\u00a0 la recherche d\u2019un \u00e9quilibre nouveau .\u00a0 La cam\u00e9ra de Hatuey Viveros Lavielle\u00a0 est attentive \u00e0 cet \u00e9quilibre . Signalons pour terminer qu\u2019une mention sp\u00e9ciale du jury documentaire a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 <em>Poder<\/em> e Impotencia de l\u2019italo-paraguayenne Anna Recalde Miranda. L\u2019\u0153uvre t\u00e9moigne de l\u2019aventure politique de Fernando Lugo, \u00e9v\u00eaque\u00a0 de la Th\u00e9ologie de la Lib\u00e9ration au Paraguay et \u00e0 sa conqu\u00eate du pouvoir politique par les urnes et la perte du pouvoir par un coup d\u2019\u00c9tat. Ce Pouvoir reflet de l&rsquo;impuissance n\u2019est pas seulement un regard sur l\u2019histoire r\u00e9cente du Paraguay, mais r\u00e9v\u00e8le aussi la r\u00e9alit\u00e9 et les limites du pouvoir politique dans les syst\u00e8mes \u00ab\u00a0d\u00e9mocratiques\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le grand gagnant de l\u2019\u00ababrazo\u00bb -l\u2019accolade entre les deux rives de l\u2018Atlantique- de la 23e\u00a0 \u00e9dition de cet incontournable rendez-vous transculturel qu\u2019est le Festival du cin\u00e9ma latino-am\u00e9ricain de Biarritz est&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/retour-a-ithaque-de-laurent-cantet-triomphe-au-23e-festival-du-cinema-latino-americain-de-biarritz\/\">Lire plus &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[38,36],"tags":[434,370,80,433],"class_list":["post-1634","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cinema-critique","category-critiques","tag-23e-festival-du-cinema-latino-americain","tag-biarritz","tag-diversite-culturelle","tag-retour-a-ithaque-de-laurent-cantet"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1634","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1634"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1634\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1634"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1634"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1634"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}