{"id":1630,"date":"2014-10-07T00:17:57","date_gmt":"2014-10-06T22:17:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/?p=1630"},"modified":"2014-10-07T00:18:29","modified_gmt":"2014-10-06T22:18:29","slug":"62e-festival-de-cinema-de-saint-sebastien-combats-controverses-et-carrieres-illustres","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/62e-festival-de-cinema-de-saint-sebastien-combats-controverses-et-carrieres-illustres\/","title":{"rendered":"62e Festival de cin\u00e9ma de Saint-S\u00e9bastien : combats, controverses et carri\u00e8res illustres"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0<em> Malgr\u00e9 la diff\u00e9rence d&rsquo;\u00e9poque, il existe\u00a0 bel et bien un lien entre Giacomo Casanova, Pier Paolo Pasolini, C\u00e9sar Chavez et Viviane Ansalem qui sont\u00a0 l&rsquo;objet de cette derni\u00e8re chronique. Il s\u2019agit de personnages de combat\u00a0 qui\u00a0 cr\u00e9ent le d\u00e9bat\u00a0 voire la controverse\u00a0; entre\u00a0 il y a les passerelles que tissent\u00a0 la diversit\u00e9 culturelle, force fragile de notre monde. Il\u00a0 n&rsquo;est donc pas \u00e9tonnant qu&rsquo;hier comme aujourd&rsquo;hui il d\u00e9fraient la chronique ayant\u00a0 marqu\u00e9 cette 62e \u00e9dition du Festival International de cin\u00e9ma de Saint-S\u00e9bastien.<\/em><\/span><\/p>\n<p>COMBATS<\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0 Le<em> Casanova Variations<\/em> de Michael Sturminger a comme protagoniste John Malcovich dans le r\u00f4le du s\u00e9ducteur v\u00e9nitien, un r\u00f4le sur mesure pour cet acteur am\u00e9ricain qui a d\u00e9j\u00e0 interpr\u00e9t\u00e9\u00a0 le\u00a0 vicomte de Valmont\u00a0 dans la fameuse adaptation de Stephen Frears, les \u00ab\u00a0Liaisons dangereuses\u00a0\u00bb de Laclos, le chef\u00a0 d\u2019\u0153uvre\u00a0 du roman libertin\u00a0 du XVIIIe si\u00e8cle. Cependant ce serait une erreur de penser \u00e0 une identification de la part du c\u00e9l\u00e8bre acteur am\u00e9ricain avec l\u2019aventurier v\u00e9nitien. En conf\u00e9rence de presse, John Malkovich en a surpris plusieurs en disant qu\u2019il trouve Casanova \u00ab\u00a0plus tragique que s\u00e9ducteur\u00a0\u00bb. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0 \u00a0Le film joue avec le spectateur en\u00a0 croisant\u00a0 th\u00e9\u00e2tre, op\u00e9ra et film historique\u00a0; en fait c&rsquo; est la version cin\u00e9matographique d\u2019un \u0153uvre th\u00e9\u00e2trale qui a parcouru le monde pendant trois ann\u00e9es. Un peu chaotiques ces Variations sur la vie de l\u2019aventurier, mais le film tient la route non seulement \u00e0 cause du professionnalisme de l\u2019acteur vedette de Hollywood, mais aussi\u00a0 sans doute, en\u00a0 raison de sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. Comme Casanova justement. En d\u2019autres mots, on a l\u2019impression que m\u00eame si le protagoniste prend de la distance\u00a0 vis-\u00e0-vis du personnage \u00e0 qui il donne vie sur l\u2019\u00e9cran, le public lui semble s\u2019obstiner \u00e0 vouloir voir dans John Malkovich un Giacomo Casanova des temps modernes. Effets pervers de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 hollywoodienne. <\/span><\/p>\n<p>CONTROVERSES<\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0 \u00a0Demander \u00e0\u00a0 acteur tr\u00e8s m\u00e9diatique d\u2019incarner un italien controvers\u00e9 semble\u00a0 tr\u00e8s tendance \u00e0 Hollywood de nos jours\u00a0 puisque Abel Ferrara\u00a0 a pens\u00e9 \u00e0 Willem Defoe d&rsquo;interpr\u00e9ter <em>Pasolini<\/em> dans\u00a0 son dernier\u00a0 film pr\u00e9sent\u00e9 hors comp\u00e9tition, mais qui a fait beaucoup parler lors du Festival de Venise. Le film raconte l\u2019histoire du dernier jour de la vie du grand intellectuel italien qui d\u00e8s les ann\u00e9es\u00a0 70 avait proph\u00e9tis\u00e9 la destruction des cultures par la soci\u00e9t\u00e9 de consommation. Mais d&rsquo;abord titrons notre chapeau \u00e0\u00a0 Willem Defoe arrive \u00e0 reproduire \u00e0 la perfection le langage corporel du proph\u00e8te maudit. Dommage que la voix de Pasolini, elle, reste inimitable\u00a0; or cette voix \u00e9tait\u00a0 une part de sa force\u00a0; mais\u00a0 comment en\u00a0 vouloir \u00e0 l\u2019anglophone Defoe.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Ce qui\u00a0 en revanche\u00a0 nous a laiss\u00e9 sur notre faim c&rsquo;est l&rsquo;absence de la radicalit\u00e9 du message pasolinien.\u00a0 Ce\u00a0 que Pasolini incarnait allait bien au-del\u00e0\u00a0 du personnage mondain et volontairement sulfureux\u00a0 dont le comportement choquait les bonnes m\u0153urs. Or h\u00e9las\u00a0 ce message\u00a0 sans concessions est\u00a0 quelque peu \u00e9dulcor\u00e9 dans le film de Ferrara\u00a0; ce qui risque de confondre les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations ou ceux qui ne connaissent pas bien l\u2019\u0153uvre puissante et radicale de ce proph\u00e8te\u00a0 des temps modernes grand pourfendeur de notre soci\u00e9t\u00e9 de consommation. <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">C\u00e9sar Chavez, \u00e0 ne pas confondre avec Hugo, le d\u00e9funt pr\u00e9sident du Venezuela, est un film du mexicain Diego Luna sur le chef du syndicat paysan de Californie et h\u00e9ros de la cause des Chicanos, les mexicains des \u00c9tats-Unis. Le film veut \u00eatre un hommage \u00e0 ce combat tr\u00e8s digne\u00a0 et tr\u00e8s juste\u00a0 pour la cause des plus pauvres. Mais comme le dit le vieil adage\u00a0: \u00ab\u00a0 la voie de l\u2019enfer est pav\u00e9 de bonnes intentions\u00a0\u00bb. Le film se pr\u00eate \u00e0 une r\u00e9cup\u00e9ration politique de la part du Parti d\u00e9mocrate am\u00e9ricain quand entrent en sc\u00e8ne les hommes politiques qui ont marqu\u00e9 les ann\u00e9es 60 et 70 aux USA. On per\u00e7oit un brin de manich\u00e9isme avec le bon Bobby Kennedy et le m\u00e9chant Richard Nixon.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Ce qui manque dans ce portrait de C\u00e9sar Chavez c&rsquo;est la difficile et conflictuelle relation qu\u2019avait Chavez avec les immigr\u00e9s mexicains ill\u00e9gaux, employ\u00e9s comme briseurs de gr\u00e8ve par les patrons des vignobles de Californie. Le film donc passe sous silence un aspect\u00a0 capital dans tout d\u00e9bat\u00a0\u00a0 sur\u00a0 cette question\u00a0:\u00a0 \u00e0 savoir que le Chicanos sont des citoyens am\u00e9ricains, ce qui implique qu\u2019ils b\u00e9n\u00e9ficient des m\u00eames droits\u00a0 que les autres\u00a0 citoyens am\u00e9ricains\u00a0; or, la nuances les travailleurs agricoles les plus exploit\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque comme aujourd\u2019hui ne b\u00e9n\u00e9ficient pas de cette protection que leurs conf\u00e8re la citoyennet\u00e9. C\u00e9sar Chavez, en fait, \u00e9tait n\u00e9 \u00e0 Yuma, la distance entre cette ville d\u2019Arizona et les villages du Yucat\u00e1n au fin fond du Mexique doit se mesurer non seulement en\u00a0 kilom\u00e8tres mais aussi en diff\u00e9rence de culture politique. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Gett, le Proc\u00e8s de Viviane Ansalem est un monument de courage \u00e0 l\u2019\u00e9cran sign\u00e9 par Ronit et Shlomi Elkabetz, s\u0153ur et fr\u00e8re qui mettent en lumi\u00e8re l\u2019un des pires secrets cach\u00e9s de l\u2019Etat d\u2019Isra\u00ebl\u00a0: la difficult\u00e9 des femmes juives qui veulent se divorcer sans le consentement du mari. Shlomi Elkabetz, le r\u00e9alisateur a expliqu\u00e9 que dans l\u2019Etat juif \u00ab\u00a0les tribunaux rabbiniques d\u00e9cident sur la naissance, le divorce et la mort\u00a0\u00bb. La connexion entre atavisme religieux et politique de l\u2019Etat juif contemporain est clair\u00a0: \u00ab\u00a0si on pouvait se divorcer librement, moi par exemple je pourrais avoir des enfants\u00a0 \u00e0 moiti\u00e9 juifs et \u00e0 moiti\u00e9 catholiques ou musulmans\u00a0\u00bb a soulign\u00e9 Elkabetz.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Si il est impossible de ne pas voir dans l\u2019actrice Ronit Elkabetz une Jeanne d\u2019Arc des temps contemporains confront\u00e9 \u00e0 un tribunal religieux, il est \u00e9galement impossible de ne pas entendre dans le d\u00e9sespoir de Viviane Ensalem qui clame sa libert\u00e9 et crie son outrage, le cri de toute la Palestine. Gett, ou le Proc\u00e8s de Viviane Ensalem nous explique directement et brutalement le c\u00f4t\u00e9 schizophr\u00e8ne de la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne\u00a0: cr\u00e9ativit\u00e9 d\u2019une part, cruaut\u00e9 de l\u2019autre\u2026 Dr Jekyll et Mr Hyde. <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Que le cin\u00e9ma soit un miroir de notre temps est une affirmation banale.\u00a0 Il est moins banal toutefois\u00a0 d&rsquo;affirmer\u00a0 que le conflit\u00a0 dans le Pays basque espagnol soit en voie de solution. <em>Negociador<\/em>, ou<em> le N\u00e9gociateur<\/em> est l\u2019histoire d\u2019un homme politique affili\u00e9 au Parti socialiste espagnol en Pays basque qui s\u2019engage dans les n\u00e9gociations avec ETA. Le film ancr\u00e9 dans une situation dramatique se transforme en com\u00e9die et le fait que cela passe sans faire des vagues montre bien que\u00a0 le Pays basque a tourn\u00e9 le dos \u00e0 la violence.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Pareil raisonnement pour Laza et Zabala, l\u2019histoire de deux activistes d\u2019ETA s\u00e9questr\u00e9s et tortur\u00e9s par la <em>Guardia\u00a0 civil<\/em> espagnole au d\u00e9but des ann\u00e9es 80. Ce film que en d\u2019autres temps aurait fait crier au scandale la moiti\u00e9 de l\u2019Espagne est un rappel que rien ne justifie la torture de la part des appareils d\u2019Etat, un message de fond qui devrait \u00eatre globalis\u00e9.\u00a0\u00a0 \u00a0<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Terminons cette chronique en signalant que pour la premi\u00e8re fois un film tourn\u00e9 enti\u00e8rement en langue basque \u00e9tait en comp\u00e9tition officielle et que les prix Donostia (Saint-S\u00e9bastien) pour\u00a0 toute une carri\u00e8re ont \u00e9t\u00e9s d\u00e9cern\u00e9es cette ann\u00e9e \u00e0 Denzel Washington et \u00e0 Benicio del Toro.<\/span><\/p>\n<p>CARRI\u00c8RES ILLUSTRES<\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><em>Loreak<\/em> ou les fleurs est une histoire intime inspir\u00e9 par les fleurs qu\u2019on voit sur les bords des routes. Quelle est l\u2019histoire derri\u00e8re ces fleurs marquant la perte d\u2019un \u00eatre cher\u00a0? se sont demand\u00e9s les r\u00e9alisateurs Jon Gara\u00f1o et Jos\u00e9 Mari Goenaga . Leur histoire\u00a0 est un r\u00e9cit intimiste o\u00f9 se croisent trois femmes. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Denzel Washington a \u00e9galement pr\u00e9sent\u00e9 son dernier film T<em>he Equalizer<\/em>, mais ce personnage de justicier, une esp\u00e8ce de James Bond noir,\u00a0 \u00e9tait trop loin de son inoubliable interpr\u00e9tation comme celle de Malcom X. Benicio Del Toro d\u2019autre part a pr\u00e9sent\u00e9 Escobar, o\u00f9 il interpr\u00e8te le notoire parrain des narcos colombiens. Nous sommes loin du <em>Che<\/em> m\u00eame si nous restons en Am\u00e9rique latine. Moitie truand,\u00a0 moiti\u00e9 Robin des bois,\u00a0 Pablo Escobar\u00a0? Nous pensons plut\u00f4t que souvent au sein\u00a0 des communaut\u00e9s sans pouvoir,\u00a0 on a tendance \u00e0 confondre le crainte avec le respect. Erreur fatale. <\/span><span style=\"color: #000000;\">Ceci dit Benicio de Toro a eu le courage de souligner que \u00ab\u00a0pour foncer \u00e0 Hollywood il faut avoir la m\u00e9moire courte\u00a0\u00bb. Dit autrement Del Toro n\u2019a pas cach\u00e9 les refus qu\u2019il a essuy\u00e9s dans sa carri\u00e8re avant de devenir l\u2019acteur latino par excellence des Etats-Unis.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00a0\u00a0 Malgr\u00e9 la diff\u00e9rence d&rsquo;\u00e9poque, il existe\u00a0 bel et bien un lien entre Giacomo Casanova, Pier Paolo Pasolini, C\u00e9sar Chavez et Viviane Ansalem qui sont\u00a0 l&rsquo;objet de cette derni\u00e8re chronique.&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/62e-festival-de-cinema-de-saint-sebastien-combats-controverses-et-carrieres-illustres\/\">Lire plus &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":1615,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[38,36],"tags":[432,28,80,430,431],"class_list":["post-1630","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cinema-critique","category-critiques","tag-casanova","tag-cinema-2","tag-diversite-culturelle","tag-festival-de-cinema-saint-sebastien","tag-pasolini"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1630","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1630"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1630\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1615"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1630"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1630"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1630"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}