{"id":1618,"date":"2014-10-02T14:33:26","date_gmt":"2014-10-02T12:33:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/?p=1618"},"modified":"2014-10-02T14:39:19","modified_gmt":"2014-10-02T12:39:19","slug":"festival-de-cinema-de-saint-sebastien-les-perdants-magnifiques","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/festival-de-cinema-de-saint-sebastien-les-perdants-magnifiques\/","title":{"rendered":"Festival de cin\u00e9ma de Saint-S\u00e9bastien : les perdants magnifiques"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\" style=\"margin-bottom: 0.35cm; line-height: 115%;\"><strong><span style=\"color: #000000;\"><em>Les\u00a0 comp\u00e9titions, quelles qu&rsquo;elles soient \u00e9cartent souvent des \u0153uvres incomparables et qui\u00a0 auraient\u00a0 m\u00e9rit\u00e9 amplement de figurer au palmar\u00e8s. La 62e \u00e9dition du Festival International du cin\u00e9ma de Saint-S\u00e9bastien n&rsquo;en est pas exempt.<\/em> <\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"margin-bottom: 0.35cm; line-height: 115%;\"><span style=\"color: #000000;\">J&rsquo;en veux pour preuve\u00a0 l\u2019\u0153uvre qui\u00a0 est sans\u00a0 doute\u00a0 le plus beau film\u00a0 de cette s\u00e9lection et qui est repartie bredouille. Il s&rsquo;agit de\u00a0 <em>Haemu<\/em> ou Le brouillard, film cor\u00e9en du r\u00e9alisateur Shim Sung-bo.\u00a0 Cette histoire qui conjugue le\u00a0 thriller et la trag\u00e9die, se d\u00e9roule en haute mer : la mort d\u2019une cargaison d\u2019immigr\u00e9s ill\u00e9gaux de la communaut\u00e9 cor\u00e9enne de Chine voulant rejoindre la Cor\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00ab Je<\/span> <span style=\"color: #000000;\">voulais montrer comment le panique peut amener des personnes normales \u00e0 commettre des gestes criminels \u00bb, a expliqu\u00e9 le r\u00e9alisateur. Discr\u00e9tion asiatique ?\u00a0 Peut \u00eatre mais il a fallu insister en conf\u00e9rence de presse pour que le r\u00e9alisateur reconnaisse\u00a0 enfin qu&rsquo;avec son film\u00a0 il a voulu porter \u00e0 l&rsquo; \u00e9cran beaucoup plus qu\u2019une exploration des profondeurs de l\u2019\u00e2me\u00a0 humaine. On y voit ainsi l\u2019\u00e9volution de l\u2019amour du jeune marin pour la belle clandestine,\u00a0 la jalousie\u00a0 qui attise\u00a0 ses voisins r\u00e9fugi\u00e9s et la folie qui s&#8217;empare du\u00a0 contrema\u00eetre de ce bateau de p\u00eache converti en navire de contrebande humaine. L\u2019histoire du film se d\u00e9roule vers la fin des ann\u00e9es 90 au moment o\u00f9 le Fond Mon\u00e9taire International est intervenu en Cor\u00e9e avec ses notoires projets de restructuration \u00e9conomique dont ont fait les frais les secteurs d&rsquo;activit\u00e9s traditionnelle dont la p\u00eache. Les banques en effet ne veulent plus investir dans de vieux bateaux de p\u00eache alors que le prix du poisson s&rsquo;effondre\u2026 et il ne reste alors comme solution aux capitaines de p\u00e9cheurs\u00a0 de se reconvertir dans le trafic d\u2019immigr\u00e9s ill\u00e9gaux venant de Chine.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0C&rsquo;est le cas du protagoniste de\u00a0 <em>Haemu<\/em>. Pour sauver son bateau de la casse, son \u00e9quipage du ch\u00f4mage et le restaurant de poissons de sa femme (qui en passant le trahit lors de ses longues absences en mer), le capitaine franchit le Rubicon et passe dans l\u2019ill\u00e9galit\u00e9.\u00a0 Dans ce\u00a0 combat forcement in\u00e9gal, nous\u00a0 voyons la grandeur et le d\u00e9cadence d\u2019un homme qui a voulu jusqu\u2019au bout rester fid\u00e8le \u00e0 la dignit\u00e9 et la noble de\u00a0 sa profession de marin. Ne voulant pas d\u00e9voiler la fin de l\u2019histoire car <em>Haemu<\/em> m\u00e9rite d\u2019\u00eatre vu, nous nous limitons \u00e0 dire\u00a0 ceci\u00a0:\u00a0 certes, les d\u00e9cisions et les actions de ce capitaine sont parfois violentes et autoritaires, mais il ne faut jamais oublier que depuis que l\u2019homme a commenc\u00e9 \u00e0 naviguer, le capitaine est\u00a0 comme le dit le vieil adage \u00ab\u00a0second ma\u00eetre \u00e0\u00a0 bord apr\u00e8s Dieu\u00a0! \u00bb\u00a0 A bon entendeur, salut\u00a0!<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Changeons de continent et retrouvons-nous en Am\u00e9rique du nord. <em>F\u00e9lix et Meira<\/em> est un petit bijou montr\u00e9alais r\u00e9alis\u00e9 par le canadien Maxime Giroux. Dans une ville de Montr\u00e9al enneig\u00e9e et hivernale, une histoire d\u2019amour \u00e9clate entre un qu\u00e9b\u00e9cois qui, dit-il, \u00ab\u00a0n\u2019a jamais rien fait\u00bb et une jeune m\u00e8re juive hassidique qui veut tout d\u00e9couvrir. En soi, la th\u00e9matique de l\u2019amour impossible est peut \u00eatre banal, mais l\u2019\u0153uvre de Maxime Giroux est arriv\u00e9 \u00e0 nous conqu\u00e9rir (non pas seulement par la nostalgie de l\u2019esprit d\u2019une ville o\u00f9 se joue l\u2019histoire et qui a marqu\u00e9 une partie de la vie de votre serviteur), mais parce que les diff\u00e9rences culturelles se d\u00e9clinent de fa\u00e7on humaine, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans la souffrance certes, mais sans haine. Et cela refl\u00e8te bien\u00a0 l&rsquo;\u00e2me de Montr\u00e9al. <em>F\u00e9lix et Meira<\/em> accompagnent le spectateur dans un voyage \u00e0 la recherche de l\u2019autre, de ce que l\u2019autre repr\u00e9sente, le diff\u00e9rent et la diff\u00e9rence, parfois si loin malgr\u00e9 la proximit\u00e9 g\u00e9ographique.<br \/>\n<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Au-del\u00e0 de l\u2019histoire et son message de fond, l\u2019\u0153uvre de Maxime Giroux pr\u00e9sente des originalit\u00e9s dont le fait d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 en bonne partie en yiddish, les autres langues dans le film \u00e9tant l\u2019anglais, le fran\u00e7ais, un dialogue en espagnol \u00e0 l\u2019accent cubain et une chanson italienne avec un accent nord-am\u00e9ricain. <\/span><span style=\"color: #000000;\">Un exploit, si l\u2019on consid\u00e8re que le yiddish est une langue aujourd\u2019hui minoritaire au sein m\u00eame des communaut\u00e9s juives du monde. Or\u00a0 cet exploit a \u00e9t\u00e9\u00a0 rendu possible surtout par la remarquable interpr\u00e9tation de l\u2019acteur new-yorkais Luzer Twersky, ancien hassidique et locuteur du yiddish depuis l\u2019enfance. Twersky, n\u2019a pas seulement jou\u00e9 le r\u00f4le du mari trahi par la protagoniste f\u00e9minine mais a fait sien le r\u00f4le de guide culturel de sa communaut\u00e9 d\u2019origine et a su approcher des personnes \u00ab\u00a0qui pr\u00e9f\u00e8rent\u00a0 rester anonymes \u00bb de l\u2019int\u00e9rieur des hassidiques de Montr\u00e9al pour mieux rapporter sur l\u2019\u00e9cran la vie quotidienne des hassidiques. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">L\u2019exp\u00e9rience enseigne que tout ce qui implique \u00ab\u00a0le diff\u00e9rent\u00a0\u00bb apporte \u00ab\u00a0le diff\u00e9rend\u00a0\u00bb, mais Twersky ne croit pas que la sortie du film devrait irriter la communaut\u00e9 juive hassidique. Selon l\u2019acteur \u00ab\u00a0il est fort possible que l\u2019histoire d\u2019une femme qui abandonne la communaut\u00e9 ne soit pas de bon gr\u00e9, mais le portrait de la vie de tous les jours est fid\u00e8le \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb. <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Retournons de nouveau en Asie \u00e0 travers un film pakistanais\u00a0 qui met en sc\u00e8ne le geste le plus banal et le plus \u00ab\u00a0maternel\u00bb qui soit\u00a0: nourrir son b\u00e9b\u00e9. Pour nous, diluer du lait en poudre\u00a0 dans l&rsquo;eau peut para\u00eetre anodin, mais\u00a0 pour le parents pakistanais ce geste peut \u00eatre fatal. <\/span><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"margin-bottom: 0.35cm; line-height: 115%;\"><span style=\"color: #000000;\">L\u2019histoire de Syed Aamir Raza est vraie\u00a0: lorsqu\u2019il se rend compte des effets d\u00e9vastateurs pour la sant\u00e9 que le lait en poudre provoque\u00a0 chez les nouveau-n\u00e9s\u00a0 surtout lorsqu&rsquo;il est dilu\u00e9 dans l&rsquo;eau non-potable, il s\u2019engage dans un combat citoyen contre le Goliath transnational: le g\u00e9ant Nestl\u00e9. <\/span><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"margin-bottom: 0.35cm; line-height: 115%;\"><span style=\"color: #000000;\">R\u00e9alis\u00e9 par le bosniaque Danis Tanovic, produit par le biais d&rsquo;une coop\u00e9ration indienne et franco-britannique, tourn\u00e9 en hindi, urdu, anglais et allemand, <em>Tigers<\/em> raconte deux histoires en un seul film. Tout d\u2019abord l\u2019h\u00e9ro\u00efque combat d\u2019un repr\u00e9sentant commercial qui se r\u00e9volte contre la multinationale qui l\u2019emploie\u00a0; ensuite la lutte des producteurs contre le lobby de la multinationale qui voulait\u00a0 emp\u00eacher la sortie\u00a0 du film. <\/span><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"margin-bottom: 0.35cm; line-height: 115%;\"><span style=\"color: #000000;\">En r\u00e9sumant Tigers\u00a0 d\u00e9nonce les m\u00e9faits des transnationales et souligne la souffrance des familles\u00a0 m\u00e9ridionales de la plan\u00e8te en r\u00e9volte contre un syst\u00e8me \u00e9conomique international\u00a0 qui les\u00a0 contraint\u00a0 \u00e0 un mode de vie qui n&rsquo;est pas le leur. L\u2019\u00e9pique bataille de Syed Raza\u00a0 r\u00e9sume de mani\u00e8re\u00a0 exemplaire la lutte\u00a0 men\u00e9 par les sans-voix, les petites gens contre la dictature de la consommation orchestr\u00e9e par les multinationales. Le colonialisme culturel implicite dans l\u2019effort des transnationales de faire passer pour bon tout ce qui est occidental (le lait en poudre dans ce cas) et tout qui est traditionnel arri\u00e9r\u00e9 (le lait du sein de la m\u00e8re) est revelateur de l&rsquo;arrogance que l&rsquo;ultralib\u00e9ralisme europ\u00e9en exerce sur les\u00a0 consciences. Dans le fond et dans la forme, <em>Tigers\u00a0<\/em> s&rsquo;inscrit\u00a0 dans le droit fil du documentaire de d\u00e9nonciation. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Permettez-moi ici une incise. Je sais qu\u2019il n\u2019est pas orthodoxe de passer ex abrupto \u00e0 la premi\u00e8re personne singuli\u00e8re.\u00a0 Par souci d\u2019objectivit\u00e9, je\u00a0 suis de ceux qui \u00e0 l\u2019est, comme l\u2019\u00e9crivaine indienne Arundathi Roy, et \u00e0 l\u2019ouest, comme le journaliste uruguayen Raul Zibechi,\u00a0 portent un regard distance , voire tr\u00e8s critique sur l&rsquo;action des ONG. J\u2019ai donc interpell\u00e9 l\u2019\u00e9quipe de Tigers sur le r\u00f4le de ces riches ONG\u00a0\u00a0 dans les pays pauvres du sud.<br \/>\n<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Diamond Emmanuel, m\u00e9decin pakistanais et protagoniste de ce combat sp\u00e9cifique contre Nestl\u00e9, pr\u00e9sent avec Syed Raza en conf\u00e9rence de presse,\u00a0 m\u2019a rassur\u00e9.\u00a0 Dans ce cas l\u2019organisation internationale qui a aid\u00e9 \u00e0 m\u00e9diatiser ce drame a \u00e9t\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard irr\u00e9prochable. Soit.\u00a0 Rendons donc \u00e0\u00a0 C\u00e9sar ce qui est \u00e0 C\u00e9sar.\u00a0 Mais alors pourquoi\u00a0\u00a0 Syed Raza n\u2019a pas\u00a0 souhait\u00e9 r\u00e9pondre \u00e0\u00a0 la question\u00a0 suivante\u00a0: je lui demandais s\u2019il est vrai, comme on affirme\u00a0 dans le film, qu\u2019il gagne sa vie en vendant des beignes \u00e0 Toronto. S\u2019il avait r\u00e9pondu positivement, on aurait pu lui\u00a0 demander pourquoi\u00a0 une\u00a0 ONG si\u00a0 bien\u00a0 branch\u00e9e\u00a0 n&rsquo;est pas\u00a0 parvenue \u00e0 lui assurer un poste qui lui aurait permis de poursuivre le combat. <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">Que le <em>David<\/em> pakistanais soit r\u00e9duit \u00e0 vendre des beigne alors que le Goliath transnational a simplement perdu une bataille mais pas la guerre, n&rsquo;est pas tr\u00e8s rassurant.\u00a0 \u00a0\u00a0 <\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les\u00a0 comp\u00e9titions, quelles qu&rsquo;elles soient \u00e9cartent souvent des \u0153uvres incomparables et qui\u00a0 auraient\u00a0 m\u00e9rit\u00e9 amplement de figurer au palmar\u00e8s. La 62e \u00e9dition du Festival International du cin\u00e9ma de Saint-S\u00e9bastien n&rsquo;en&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/festival-de-cinema-de-saint-sebastien-les-perdants-magnifiques\/\">Lire plus &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":1620,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[38],"tags":[427,28,428,426,429],"class_list":["post-1618","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cinema-critique","tag-62e-festival-international-de-cinema-de-saint-sebastien","tag-cinema-2","tag-diversite-cuturelle","tag-espagne","tag-pays-basques"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1618","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1618"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1618\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1620"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1618"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1618"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1618"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}