{"id":1471,"date":"2014-05-19T17:58:27","date_gmt":"2014-05-19T15:58:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/?p=1471"},"modified":"2024-03-23T13:15:34","modified_gmt":"2024-03-23T11:15:34","slug":"shakespeare-etait-il-un-migrant","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/shakespeare-etait-il-un-migrant\/","title":{"rendered":"Shakespeare, migrant et premier europ\u00e9en moderne ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0On c\u00e9l\u00e9brait, il y a quelques semaines, le 450e anniversaire de la naissance du dramaturge anglais le plus jou\u00e9 dans le monde : Shakespeare. Vous avez dit \u00ab\u00a0<em>anglais<\/em>\u00a0\u00bb ? Dans son essai,\u00a0<em>John Florio, The Man Who Was Shakespeare<\/em>\u00a0(Giano Books, Montr\u00e9al 2009), le Montr\u00e9alais Lamberto Tassinari relance le d\u00e9bat autour de l&rsquo;identit\u00e9 du dramaturge et affirme\u00a0que \u00ab\u00a0Shakespeare\u00a0\u00bb \u00e9tait en fait,\u00a0John Florio, un traducteur et lexicographe d&rsquo;origine italienne qui fut \u00e0 son heure le plus grand et sans doute le plus m\u00e9connu des Europ\u00e9ens\u00a0 modernes.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0On a souvent remarqu\u00e9 l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 de la langue de Shakespeare sans jamais faire l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;il pourrait \u00eatre \u00e9tranger, et venir du dehors.\u00a0\u00bb Daniel Bougnoux<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Article publi\u00e9 par Daniel Bougnoux le 30 avril 2014 dans le journal <em>La Croix<\/em> : <a href=\"http:\/\/media.blogs.la-croix.com\/pour-un-shakespeare-vrai\/2014\/04\/30\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00ab\u00a0Pour un Shakespeare vrai\u00a0\u00bb<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Cover-3-2-78c8f.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1472\" src=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Cover-3-2-78c8f.jpg\" alt=\"Cover-3-2-78c8f\" width=\"220\" height=\"292\" srcset=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Cover-3-2-78c8f.jpg 220w, http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Cover-3-2-78c8f-160x212.jpg 160w\" sizes=\"(max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/><\/a>Je suis plong\u00e9 depuis quelque jours dans une \u0153uvre bien \u00e9trange : le livre, d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 <em>supra<\/em> \u00e0 la suite du dossier de <em>La Croix<\/em> (\u00e9voqu\u00e9 sous le titre \u00ab Shakespeare un et multiple \u00bb) de Lamberto Tassinari, <em>John Florio, The Man Who Was Shakespeare<\/em> (Giano Books, Montr\u00e9al 2009). Ne cherchez pas ce bouquin sur Amazon, on l\u2019y signale indisponible, et j\u2019ai vainement cherch\u00e9 \u00e0 l\u2019acqu\u00e9rir sur d\u2019autres sites. La copie que j\u2019ai en mains m\u2019a \u00e9t\u00e9 pr\u00eat\u00e9e par Georges Banu, qui la tenait de son auteur et sollicitait mon avis. J\u2019ai laiss\u00e9 dormir l\u2019ouvrage six mois avant de l\u2019ouvrir, aiguillonn\u00e9 par La Croix, et je viens seulement d\u2019achever la lecture (en anglais, il n\u2019existe pas encore de traduction fran\u00e7aise) de ses 386 pages, alors voici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La \u00ab question of authorship \u00bb des pi\u00e8ces sign\u00e9es William Shakespeare (trente-six, plus deux longs po\u00e8mes et les fameux, et tr\u00e8s \u00e9nigmatiques, Sonnets) est un serpent de mer, ou un marronier ; l\u2019\u00e9voquer suffit donc aupr\u00e8s de certains \u00e0 vous disqualifier, en vous rangeant parmi les amateurs d\u2019OVNI, ou pire les n\u00e9gationnistes ou ceux qui mettent en doute les attentats du 11 septembre\u2026 Une p\u00e9tition n\u00e9anmoins circule, grosse de 2 ou 3000 signatures (notamment acad\u00e9miques) pour d\u00e9clarer qu\u2019un doute raisonnable existe, et qu\u2019il convient donc de consid\u00e9rer ce sujet comme ouvert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tassinari a pris \u00e0 bras le corps ce dossier \u00e9pineux et sa d\u00e9monstration est sid\u00e9rante. Qu\u2019on ne se m\u00e9prenne pas (comme me l\u2019ass\u00e8nent certains auxquels je cherche \u00e0 faire partager depuis quelques jours mon enthousiasme), l\u2019auteur n\u2019a rien d\u2019un illumin\u00e9, d\u2019un \u00ab Geo trouve-tout \u00bb ni d\u2019un cabaliste exalt\u00e9. Dans un livre d\u2019abord plaisant \u00e0 lire, puis peu \u00e0 peu d\u00e9cevant (<em>Shakespeare, Antibiographie<\/em>, Petite biblioth\u00e8que Payot 2012), Bill Bryson \u00e9num\u00e8re dans un dernier chapitre la liste des \u00ab Pr\u00e9tendants \u00bb, en effet assez cocasse : aux noms de Francis Bacon, d\u2019Edward de Vere et de Marlowe s\u2019en ajoutent une cinquantaine d\u2019autres, tous anglais. Bryson se gausse de ces \u00ab recherches \u00bb (men\u00e9es pour la plupart de la fa\u00e7on la plus discutable), avant de conclure prudemment (et p\u00e9remptoirement) son livre par une tautologie digne de la vertu dormitive de l\u2019opium : \u00ab Un seul homme \u00e9tait en position de nous faire ce pr\u00e9sent incomparable, un seul en poss\u00e9dait le talent. William Shakespeare \u00e9tait indiscutablement cet homme, et qu\u2019importe, au fond, qui il \u00e9tait ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet argument me rappelle la remarque de celui (Marcel Schwob ?) qui contemplait le portrait de Descartes par Franz Hals, \u00ab comme il est ressemblant ! \u2013 A qui ? \u00bb r\u00e9torqua finement Val\u00e9ry, fa\u00e7on de rappeler \u00e0 son interlocuteur que nous n\u2019avons acc\u00e8s aux traits de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 que par ce (c\u00e9l\u00e8bre) tableau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le cas du \u00ab Barde de Stratford \u00bb, il est d\u2019autant plus urgent de rompre ce cercle herm\u00e9neutique que nous ne connaissons pratiquement aucun \u00e9l\u00e9ment qui, dans sa terne vie, semble \u00e0 la hauteur de sa production. \u00ab Si peu de contexte pour tant de textes \u00bb ! Et certes, on all\u00e8guera la situation des auteurs du th\u00e9\u00e2tre \u00e9lizabethain qui ne signaient ni ne conservaient leurs pi\u00e8ces, propri\u00e9t\u00e9 des troupes ; on rappellera la raret\u00e9 des manuscrits conserv\u00e9s de cette \u00e9poque (Grand incendie de Londres en 1666\u2026), l\u2019anachronisme de la notion d\u2019auteur ou de paternit\u00e9 litt\u00e9raire. D\u2019autres (mouvance structuraliste des ann\u00e9es soixante) se barricadent encore derri\u00e8re l\u2019autonomie du texte, \u00e0 quoi bon savoir au-del\u00e0, l\u2019\u0153uvre dans sa cl\u00f4ture suffit. Etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eh bien non, justement ! L\u2019\u0153uvre sign\u00e9e Shakespeare est tellement grande, riche, exaltante, elle a eu un tel impact sur la formation de la langue et de la conscience (pas seulement anglaises) que certains ne peuvent se r\u00e9soudre \u00e0 cette petite critique, retranch\u00e9e derri\u00e8re une poign\u00e9e d\u2019\u00e9vidences toujours ressass\u00e9es. Les \u00ab stratfordiens \u00bb (ceux qui croient au Barde-upon-Avon) me font irr\u00e9sistiblement songer \u00e0 l\u2019anecdote bien connue de l\u2019ivrogne qui cherche ses cl\u00e9s perdues au pied du r\u00e9verb\u00e8re, \u00ab parce que l\u00e0 du moins on a de la lumi\u00e8re pour chercher \u00bb \u2013 et qu\u2019on y est vu comme un chercheur sagement \u00e9clair\u00e9, conforme aux pr\u00e9ceptes re\u00e7us en l\u2019Ecole\u2026 Le premier m\u00e9rite de Tassinari, parce qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas shakespearien estampill\u00e9, est d\u2019avoir cong\u00e9di\u00e9 le r\u00e9verb\u00e8re, chang\u00e9 de territoire ou emprunt\u00e9 sa lumi\u00e8re \u00e0 d\u2019autres lampes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je le disais pr\u00e9c\u00e9demment, cette question \u00e0 mes yeux est typiquement m\u00e9diologique, et de deux fa\u00e7ons : un \u00a0\u00ab esprit \u00bb de la force de WS ne tombe pas des nues, et il semble pu\u00e9ril d\u2019invoquer le \u00ab g\u00e9nie \u00bb. Les stratfordiens traitent cet argument de snob, pourquoi un bourgeois de province, acteur et entrepreneur de spectacles, individu par ailleurs proc\u00e9durier et m\u00e9diocre agioteur en grains, n\u2019aurait-il pas droit au g\u00e9nie ? On peut leur r\u00e9torquer leur id\u00e9alisme : \u00e9crire une pareille \u0153uvre supposait d\u2019immenses ressources mat\u00e9rielles, conditions sine qua non de \u00ab l\u2019esprit \u00bb, et des circonstances \u00e0 l\u2019\u00e9poque rarissimes ou tr\u00e8s sp\u00e9cifiques, telles que la possession d\u2019une riche biblioth\u00e8que, la connaissance de langues \u00e9trang\u00e8res (au premier rang desquelles l\u2019italien), des voyages en Europe (et surtout \u00e0 Venise, V\u00e9rone ou Milan, villes pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9crites dans plusieurs pi\u00e8ces), la fr\u00e9quentation de la cour, de la noblesse et en g\u00e9n\u00e9ral des \u00ab Grands \u00bb\u2026 Mais encore, plus abstraitement ou vaguement dit, la pr\u00e9sence d\u2019une flamme spirituelle tenace, l\u2019ambition d\u2019enrichir la langue anglaise et son vocabulaire de quantit\u00e9 de n\u00e9ologismes, ou de mots forg\u00e9s, une intimit\u00e9 passionn\u00e9e avec la musique, avec l\u2019Ecriture sainte, une connaissance pr\u00e9cise, ardente des humanistes de la Renaissance continentale (Dante, Boccace, l\u2019Aretin, Giordano Bruno pour l\u2019Italie, Montaigne chez nous) et la volont\u00e9 farouche de f\u00e9conder par eux un pays quelque peu demeur\u00e9 en arri\u00e8re, la t\u00e9n\u00e9breuse Albion\u2026 Mais aussi, et c\u2019est notamment l\u2019objet du dernier chapitre du livre qui fut le premier dans l\u2019ordre de la recherche, l\u2019examen de <em>La Temp\u00eate<\/em>, \u0153uvre inclassable qui dit de fa\u00e7on poignante, quoique crypt\u00e9e, la plainte de l\u2019exil\u00e9, la perte du premier langage, sa consolation par la fantasmagorie, et les m\u00e9andres douloureux du rapport g\u00e9n\u00e9rationnel\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les tourments de l\u2019exil hantent, \u00e0 fleur de texte, celui des <em>Sonnets<\/em> : sont-ils vraiment de la plume du lourdaud qui voyageait pour ses affaires de Stratford \u00e0 Londres, et ne sortit jamais de son \u00eele ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tassinari consacre des dizaines de pages \u00e0 chacune de ces questions. Une par une, m\u00e9thodiquement. Il ne discute pas \u00e0 coups d\u2019a priori, il exhume les dates de fabrication des textes qu\u2019il croise, il sait que la cr\u00e9ation consiste d\u2019abord \u00e0 beaucoup lire et \u00e0 plagier ; il retrouve au d\u00e9tour d\u2019une r\u00e9plique un mot de l\u2019Ar\u00e9tin, de Montaigne, de Bruno ou surtout de John Florio. Qui fut un personnage extraordinaire, beaucoup trop n\u00e9glig\u00e9 par la critique acad\u00e9mique. Plus vieux que \u00ab Shakespeare \u00bb d\u2019une douzaine d\u2019ann\u00e9es, il naquit \u00e0 Londres d\u2019un p\u00e8re Michel Angelo \u00e9migr\u00e9 d\u2019Italie, car protestant et d\u2019abord juif, pr\u00e9dicateur, \u00e9rudit en religions\u2026 Lexicographe, auteur de dictionnaires, polyglotte traducteur de Boccace puis Montaigne, pr\u00e9cepteur \u00e0 la cour de Jacques 1er, employ\u00e9 \u00e0 l\u2019ambassade de France\u2026, John (et son p\u00e8re ?) ne cess\u00e8rent de c\u00f4toyer les Grands, et de jouer les \u00ab passeurs \u00bb culturels dans cette Europe en formation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute cette enqu\u00eate se lit comme un haletant \u00ab roman de formation \u00bb ; pour peu qu\u2019on r\u00e9pudie la fable de la table rase qui pr\u00e9tend faire surgir de nulle part les cr\u00e9ations de l\u2019esprit, on voit enfin \u00ab Shakespeare \u00bb rendu \u00e0 sa richesse, \u00e0 sa complexit\u00e9 n\u00e9es notamment des souffrances de l\u2019exil, et du polylinguisme. Des influences capitales, celle de Bruno cotoy\u00e9 seize mois \u00e0 l\u2019ambassade de France qui l\u2019h\u00e9berge (on sait qu\u2019il finira sur le b\u00fbcher), ou de l\u2019Aretin se dessinent en clair (l\u2019index de la biographie d\u2019Ackroyd, champion des stratfordiens, ne leur consacre pas une seule entr\u00e9e !) ; mais surtout le dialogisme d\u2019une langue toujours surprenante se comprend mieux, et comme <em>in statu nascendi<\/em> : on a souvent remarqu\u00e9 l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de la langue de Shakespeare sans jamais faire l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019il pourrait \u00eatre \u00e9tranger, et venir du dehors\u2026 (Chauvinisme oblige ?)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec son acuit\u00e9 coutumi\u00e8re pourtant, Borg\u00e8s ici cit\u00e9 en exergue l\u2019avait pr\u00e9vu : \u00ab Shakespeare es \u2013 digamoslo asi \u2013 el meno ingl\u00e9s de los escritores ingleses. Lo tipico de Inglaterra es el understatement, es el decir un poco menos de las cosas. En cambio, Shakespeare tendia a la hyperbole en la metafora, y no nos sorprenderia nada que Shakespeare hubiera sido iatliano o judio, por ejemplo \u00bb \u2013 qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 juif ou italien par exemple\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Th\u00e8se renversante, inacceptable pour beaucoup et que Tassinari, \u00e0 petites touches, patiemment, tout en douceur (et en \u00e9rudition) finit par rendre tellement \u00e9vidente !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis, venant de lire son ouvrage, partag\u00e9 entre deux sentiments, d\u2019admiration et d\u2019indignation : je crois vraiment qu\u2019il a raison, et \u00e7a renverse tout ce qu\u2019on croyait savoir, \u00e7a remet tout \u00e0 l\u2019\u00e9chelle. \u00ab Imaginez, \u00e9crivait encore Borg\u00e8s dans <em>Fictions<\/em> (\u00ab Tl\u00f6n Uqbar Orbis Tertius \u00bb, je cite de m\u00e9moire n\u2019ayant pas dans cette maison de vacances le livre) que <em>L\u2019Odyss\u00e9e<\/em> et, disons, <em>Les Mille et une nuits<\/em> aient \u00e9t\u00e9 \u00e9crites par la m\u00eame personne, et r\u00eavez \u00e0 la psychologie de cet int\u00e9ressant <em>homme de lettres<\/em>\u2026 \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tassinari bouleverse le champ des \u00e9tudes shakespeariennes, et depuis qu\u2019il s\u2019y est attaqu\u00e9, lisant <em>La Temp\u00eate<\/em> (aux alentours de 2000), et se persuadant peu \u00e0 peu de sa th\u00e8se, voyant les visages du \u00ab Barde \u00bb et de Florio peu \u00e0 peu glisser l\u2019un vers l\u2019autre jusqu\u2019\u00e0 se recouvrir, notre chercheur a d\u00fb passer par des moments de transe, de jubilation et d\u2019excitation intenses, comme peu de th\u00e9sards en \u00e9prouvent \u2013 je l\u2019envie donc aussi pour cela ! Mais je le plains infiniment, au vu du maigre dossier de la r\u00e9ception de son ouvrage : sur le site qu\u2019il a ouvert, dix articles favorables en cinq ans (depuis la parution de la traduction anglaise d\u2019un ouvrage d\u2019abord \u00e9crit par lui en italien) \u2013 et qu\u2019il a publi\u00e9 \u00e0 compte d\u2019auteur ! A quoi s\u2019int\u00e9ressent donc les \u00e9diteurs ? \u00ab A quoi pense la critique ? Petite paresseuse, va ! \u00bb (Aragon, <em>Trait\u00e9 du style<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce d\u00e9dain, pour ne pas dire plus (incurie, censure, ostracisme\u2026) pose un probl\u00e8me m\u00e9diologique de fond, celui des conditions de naissance et de circulation d\u2019une <em>v\u00e9rit\u00e9<\/em>. \u00ab The end of a lie \u00bb, la fin d\u2019un mensonge, proclame fi\u00e8rement son bandeau de couverture. Lamberto, tu es loin du compte ! Le mensonge risque de survivre longtemps \u00e0 ses plus intelligentes r\u00e9futations, aux plus claires raisons de penser autrement. Le \u00ab stratfordisme \u00bb \u00e0 cet \u00e9gard semble un cas d\u2019\u00e9cole, car ces gens sont organis\u00e9s, puissants, \u00e0 la t\u00eate d\u2019une industrie (touristique, festivali\u00e8re, \u00e9ditoriale, \u00ab nationale \u00bb\u2026), ils ont pour eux la tradition et la raison d\u2019Etat, pourquoi se laisseraient-ils d\u00e9tourner de leur lucratif trafic par quelque th\u00e8se italienne forc\u00e9ment chauvine, biais\u00e9e\u2026 On est toujours dans cette histoire, le \u00ab chauvin \u00bb d\u2019un autre ; et c\u2019est ainsi qu\u2019un <em>stratfordien<\/em> ne daignera pas s\u2019asseoir face au conf\u00e9rencier Tassinari ni surtout l\u2019affronter, relever ses raisons, argumenter. Silence et m\u00e9pris sur toute la ligne !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je propose donc aux lecteurs de ce blog d\u2019\u00eatre les premiers en France \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 cette th\u00e8se, au moins \u00e0 l\u2019entendre et \u00e0 l\u2019examiner. La \u00ab v\u00e9rit\u00e9 \u00bb en cette mati\u00e8re ne peut na\u00eetre que d\u2019un d\u00e9bat loyal, sans arguments de principe ni d\u2019autorit\u00e9. S\u2019il fallut \u00e0 Lamberto Tassinari un courage immense pour entreprendre et soutenir contre vents et mar\u00e9es son ouvrage, il serait juste que celui-ci, chez nous, trouve quelque \u00e9cho. Bonne occasion, il me semble, de rendre au \u00ab plus grand dramaturge (et po\u00e8te) de tous les temps \u00bb un peu de sa chair, de ses langues et de sa vraie vie (qui fut moins simple qu\u2019on ne pense)\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Amis lecteurs,<\/em> et que je suppose amoureux de Shakespeare, qu\u2019en dites-vous ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pour aller plus loin :<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ecoutez l&rsquo;\u00e9mission de France Culture \u00ab\u00a0Tire ta langue\u00a0\u00bb anim\u00e9e par Antoine Perraud, avec\u00a0<span style=\"color: #4d4d4d;\">Lamberto Tassinari qui revient sur sa th\u00e8se controvers\u00e9e.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><iframe src=\"http:\/\/www.franceculture.fr\/player\/export-reecouter?content=4861828\" width=\"481\" height=\"139\" frameborder=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n<div class=\"LESliens\"><span style=\"color: #000000;\"><span class=\"TypeLiens\">&#8211;\u00a0<\/span><a style=\"color: #cc0000;\" href=\"http:\/\/www.johnflorio-is-shakespeare.com\/index3.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #000000;\">J<\/span><\/a><a href=\"http:\/\/www.johnflorio-is-shakespeare.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #000000;\">ohn Florio, the man who was Shakespeare, le site web de Lamberto Tassinari<\/span><\/a><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"><span class=\"TypeLiens\">\u00a0&#8211;\u00a0<\/span><a style=\"color: #cc0000;\" href=\"http:\/\/anonymous-movie.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #000000;\">Anonymous, le film de Roland Emmerich sur le comte Edouard de Vere, l&rsquo;un des auteurs pr\u00e9sum\u00e9s de l&rsquo;oeuvre de Shakespeare<\/span><\/a><\/span><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0On c\u00e9l\u00e9brait, il y a quelques semaines, le 450e anniversaire de la naissance du dramaturge anglais le plus jou\u00e9 dans le monde : Shakespeare. Vous avez dit \u00ab\u00a0anglais\u00a0\u00bb ? Dans&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/shakespeare-etait-il-un-migrant\/\">Lire plus &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":1472,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[55,35,39,37],"tags":[419,420,418,556,417],"class_list":["post-1471","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-debats","category-essais","category-litterature","tag-450e-anniversaire-de-naissance","tag-grande-bretagne","tag-john-florio","tag-litterature","tag-shakespeare"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1471","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1471"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1471\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1472"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1471"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1471"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.combats-magazine.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1471"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}